ORIGINES DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE
Pasteur tlHeniias, présonlenl naturellement un intérêt très supérieur, du moins pour qui cherche plutôt des anies que des dogmes : on y sent vivre tous les sentiments et toutes les passions, les espérances, les craintes, le mysticisme ardent et naïf, qui s'agitent alors dans la conscience chrétienne. Mais rien ne vaut, pour la nouveauté de l'inspiration, pour le charme, la beauté morale., les récits variés dont le type le plus achevé se trouve dans les Kvangiles. (]*est là que le christianisme apparaît vraiment dans sa grâce primitive, qui a conquis le monde.
Si l'on réunit par la pensée toutes ces formes diverses, il est possible d'en dégager certains traits dans lesquels se résume ce qu'on peut appeler la nouveauté littéraire du christianisme.
D'abord quelque chose qu'on est fort en peine de définir et qui est proprement « évangélique ». Une sorte de puissance douce, faite de simplicité populaire, de certitude pieuse, de détachement et de tendresse, associés dans une vision permanente d'idéal. Germe fécond qui est la vertu même du christianisme, son élément divin, celui qui procède directement de son fondateur. Une fois la période primitive passée, quand le christianisme grec deviendra raisonneur et théologien, cet élément se cachera souvent, dans les œuvres littéraires, sous la véhémence des passions et sous le jeu subtil des idées ; rarement néanmoins, il disparaîtra tout à fait : et ce qui en restera visible ou sensible sera justement la goutte précieuse de myrrhe que le christianisme aura versée dans le rationalisme antique.
Mais, par ses antécédents, le christianisme est juif, et, e*n conséquence, il jettera aussi dans le courant de la pensée grecque bien des éléments de provenance judaïque. On peut en distinguer surtout trois, dont l'importance sera capitale. Vax premier lieu, un élément popu-
lairo, auquel les évangiles donnent une autorité durable, et dont l'influence se fera sentir chez tous les écrivains grecs chrétiens. Ensuite, un élément rabhinique; car plusieurs des apôtres, et Paul principalement, ont subi fortement l'empreinte de la science des docteurs juifs; et de là, une sorte de dialectique particulière, une méthode didactique qui n'est pas grecque, rt qui passera en partie des épîtres à toute la littérature chrétienne. En troisième lieu, un élément prophétique emprunté à l'Ancien Testament : images hardies, brusquerie des tours, apreté du ton, comparaisons et paraboles, parallélisme de la phrase, expressions violentes ou lyriques, transformation de la prose en une sorte de poésie par l'oubli ou le mépris des qualités rationnelles, sacriGées aux formes de l'inspiration.
Ces éléments nouveaux, mis en œuvre par des hommes de talent, vont apporter un supplément de force à Tart hellénique déclinant. Mais ils étaient, par leur nature, trop différents de ceux dont cet art était fait pour s'y associer harmonieusement. 11 y aura donc invasion plutôt que fusion intime; et de cette perturbation puissante, nous verrons peut-être sortir quelques grandes œuYres, mais non des œuvres achevées.
C'est par le genre apologétique que s'établit, dans le premier tiers du second siècle, le contact entre la littérature chrétienne et l'hellénisme*. Les apologistes chrétiens sont presque tous des hommes sortis des écoles grecques. Plus ou moins initiés à la philosophie et même à la rhétorique, dans leur jeunesse du moins, ils gardent, sous les habitudes nouvelles de leur pensée, quelque
1. Pour la l>il)liographi«î g»''néral<; des Ai>ologist»'S, voir ci-dessus, p. 037. On troiivtTu, «lans le Ioiikî IX du Corpus Apohgelarum d'Otto, unci ôtud».' générale de doui Marraii sur les apologistes du second siècle.