HERMIAS
que pour les convaincre de leur imiuiissanoe à la trouver; la vérité est dans l'imitation de Dieu, qui consiste elle-même essentiellement dans l'amour du prochain et dans le détackement. De telles pages ne peuvent être lues avec indifférence. Elles ont en elles-mêmes une beauté qui tient à la sincérité passionnée de l'auteur et à l'élévation de son idéal. L'art hellénique, sous une forme un peu raide sans doute, mais vigoureuse, se plie ici, pour la première fois dans le christianisme, aux besoins d'une âme d'orateur, qui se l'approprie,
11 suffit de mentionner le Persiflage des philosophes païens (Aixoipaô; tûv îÇct) çiÎ^to^ciiv) qui nous est parvenu sous le nom d'Hermias, philosophe *. Moquerie facile et sans portée, sur les contradictions et les systèmes des penseurs helléniques. A vrai dire, nous en ignorons entièrement la date, et il n'y a aucune raison probante pour rapporter cet écrit au second siècle *. 11 a d'ailleurs trop peu de valeur pour que la question soit vraiment importante.
Toutes les œuvres dont nous venons de parler sont plus ou moins des écrits do circonstance. Nulle entreprise intellectuelle de longue haleine; de courts traités, des apologies, des satires, partout la préoccupation d'un résultat prochain à atteindre, plutôt que celle d'un large enseignement à organiser. Un grand pas restait donc à faire. La pensée chrétienne, sous peine d'infériorité éclatante, devait se montrer capable de ces conceptions étendues, de ces vastes et fécondes synthèses qui avaient été Thonneur de l'hellénisme païen, (^est grâce à l'école catéché-
4. OUo,Corpuii, t. IX. Diels, Doxof/raphi, p. 6*9, Ij:jrlin, 1879.
2. Ilarnack, Gesch. d. Altctir. Lil.,i. l, |». 78i; liardeiilit'Wer, | 20.
tique (rAlcxandrie et à son premier grand roprésenlani, Clément, qu'elle ébaucha enfin, à la fin du second siocle, ce travail, d'où dépendait son avenir.
Titus Flavius Clemens * était probablement athénien (Épiphane, Hérésies, 32, 6). Il dut naître aux environs de 160, Tout ce que nous savons de sa jeunesse, c'est qu'il voyagea d'éc«)le en 6cole, en Grèce, en Italie, en Syrie, en Palestine, en Egypte, cherchant partout un enseignement qui le satisfît*. Il le trouva enfin à Alexandrie, où il dut arriver vers 180, au début du règne de Commode, période de paix pour le christianisme'. Dans ce milieu savant, l'église chrétienne avait hérité naturellement des méthodes et de l'esprit de la communauté juive d'où elle était sortie. On a vu plus haut, dans l'étude relative à l*hilon (p. 422). ce que les Juifs hellénistes d'Alexandrie avaient fait de Texégèsc biblique, sous l'influence de l'hellénisme. De bonne heure, les chrétiens, à leur tour, semblent avoir développé, selon leurs vues propres, cette exégèse allégorique et philosophique *. En môme temps, ils s'appropriaient, sans plus d'esprit critique que leurs prédécesseurs, l'érudition, de bon ou de mauvais aloi, que ceux ci avaient mise au service de leurs idées. Ainsi s'était constitué
1. Nous n'avons pus do notice; compl«Ue sur Clé m ont d'Alexandrie. Ce que nous savons du lui provient des rensciguements dispersés dans ses propres ôcrils et dans ceux d'Origcne. d'Épi* phane, d'Eusèbe, etc. — Principaux écrits sur Clément : Beinkens, De Clémente^ presbylero alexanilrino, hotnifu^ scriplore, philosopha, theo- /o^o //Aer, Vratislaviœ, IS.'JI ; E. Freppel, ClémetU (V Alexandrie» V^ris, 18C5. Gh. Bigî?, The Chrislinn Platonists of Alexandria, Oxford, 1886. — Nous ne citons pas ici les nombreux ouvrages où Clémeot est surtout considéré au i>oint de vue du doyme. Voir la bibliographie donnée par Bardenhfwor, PalroL, 28, 7.