PHILOSTRATE L'ATHÉNIEN 7G
Les moindres de ses personnages sont de grands hommes à ses yeux. Malgré cela, il s'applique à donner des ranjrs, à noter le fort et le faible de chacun. El Ion voit par ses jugements combien la critique était alors aiguisée dans ce monde de sophistes et d'amateurs de sophistique. On lui pardonnerait bien des défauts, si du moins il se piquait de précision. Tant s'en faut : comme biographe, il est vague, superficiel; rarement, il trouve le détail qui révèle l'homme; et, quand il le trouve, son style poétique et prétentieux se prête mal à le mettre en vah»ur. Tout au plus peut-on dire qu'il peint le maître dans son école, Toraleur sur son théiitre; l'homme lui-même lui échappe.
N'insistons ni sur le traité de la Gt/mnastique ni sur les Lettres. — Le premier est une étude historique et théorique; en un livre, sur les exercices des athlètes, composée probablement sous Klagabale ou sous Alexandre Sévère*. On y trouve des renseignements sur le régime des athlètes, sur les qualités spéciales qu*exigeaient d'eux les divers genres d'exercice. L'auteur s'intéresse à son sujet, mais il le traite en sophiste, plus préoccupé de briller que d'instruire. — Le recueil de Lettres comprend 73 morceaux. Les Gi premières lettres sont des exercices d'école, simples variations sur des thèmes amoureux, empruntés à la comédie nouvelle, à l'élégie alexandrine. ou purement imaginaires -. Les neuf dor» nières semblent provenir d'une correspondance réelle. Ce sont des billets très courts, quelques-uns condensés en un simple trait satirique, d'autres enfermant un éloge ou une recommandât ion en quelques lignes, qu'un agencement savant fait ressembler aux vers d'une épigramme.
1. Il y est fait mention, (ch. xlvi) du l'athlctu Hélix, côlèbre sous Élagabale (Dion Gassius, 79, 10).
2. On a vu plus haut quo la « lettre » était une des formes d'amplification en lionnour parmi les sophistes.
Histoire do. la Litt. grecque. — T. V. 49
770 GHAP.VI.— DE SEPTIME-SÉVÈRE A DIOCLÉTItN
La 72* lettre est un reproche à Caracalla assassin de son frère Géta : c'est assez dire (ju'elle n'a jamais été envoyée à son destinataire. La 73*. la plus longue de toutes^ est adressée à l'impératrice Julia : l'auteur y défend les se phistes^ décriés par un certain Plut arque. Tout cela se réduit en somme à un recueil de jeux d'esprit et de pointes, sans intérêt historique et sans valeur réelle *.
ï*hiloslrate de Lemnos ne se distingue guère de son oncle que par un tour d'imagination plus poétique et une certaine affectation de simplicité dans le style -.
Une tendance analogue à celh^ qui avait inspiré à Philostrate l'Athénien la Vu* d' Apollonios de Tyaiie se laisse deviner dans V Héroïque ou Dialoc/ue sur les Héros ( '1 Ifwîx6;), qui fut écrit par lui prohahlemont sous Alexandre Sévère ^ Le mysticisme rêveur du temps avait besoin tle songeries surnaturelles; et les habiles gens qui savaient écrire en tiraient prolit. Voici le sujet. A Eléonte, sur les bords de l'IIellespont, un vigneron accueille un marchand phénicien : assis avec l'étranger dans sa vigne, sous les grands arbres, non loin du tombeau de Protésilas, il l'entretient de ce héros, lui apprend qu'il se montre à lui fréquemment, qu'il s'intéresse à ses travaux. De propos en propos, il en vient à lui parler de
1. On peut en dire autant de deux fragments qui accompagnt'nt ce recueil de lettres. L'un est une définition des qualités propres au genre épistolaire : il est iduisant d'y voir l'auteur recommander, en ternies d'ailleurs prétentieux, la simplicité et la clarté. L'autre est un pur développement sophistique sur rexposition et la conciliation de la nature et de la coutume. Suidas attribue à Philostrate un recueil de AiaXéUi; î ce second fragment doit provenir d'une de ces amplifications.
2. Ménandrc (Hh, Gr., Spengcl, t. III, p. 190): 'E^ffeXt*.. à«Xov<r- Tepa.. xal à^t\t<rcipoL, oia r, ZevoçûvTo; xal ^iXooTpaTou toû tùv 'Hpft>r* x<5v TTiv èÇi^Y^i^'^ **i fôt; Etx6va; ypi^'^^'^oÇi âppijijiévTj xai dtxaToioxeuo;.
3. Héroïque, II, 6, mention de l'athlète Hélix, dont il a été parlé plus haut.