‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 459 sur 605 · ÉLIEN · texte numérisé non relu

ÉLIEN

au fond un pauvre esprit. Incapable de penser par luimême sur les grands sujets, il se fit une spécialité de recueillir partout des historiettes, phénomènes naturels, prodiges, merveilles de toute sorte, pour les grouper, en guise de démonstration, autour de certains thèmes, qui constituaient pour lui des croyances. Ainsi furent composés ses deux traités perdus Sur la Providence (riepl Tcpovoiaç) et Sur les Évidences divines (Ilepi Oetwv evacye'.ûv). Autant que nous pouvons en juger par une trentaine de fragments, c'étaient deux sériel de petites histoires dévotes, prises un peu partout, particulièrement sans doute chez Chrysippe, acceptées d*ailleurs sans critique et assemblées sans discussion. L*auteur y racontait avec une satisfaction naïve les châtiments des incrédules, et il s'en donnait à cœur joie d'apostropher et d'invectiver les Épicuriens, ses ennemis personnels.

C'est bien le même homme que nous retrouvons dans les dix-sept livres du traité conservé Sur les animaux (Hcpl Çwciïv). Comme il nous le dit dans sa préface, il s'y est proposé de montrer qu'il y a de la sagesse, de la justice, de l'afTection, du dévouement, et aussi de la jalousie, de la haine, de la cruauté chez les animaux. Voilà le point de vue d'où il les juge. Les bons et les méchants défilent devant nous, appréciés comme ils le méritent par le narrateur. On admire tour à tour le philhellénisme du héron, la tempérance du grondin, l'humanité du lynx, la fidélité conjugale du poisson aetnœos, qui, nous dit-il, ne change jamais de compagne, « sans être retenu pourtant ni par l'appât de la dot ni par la crainte des lois de Solon » *. On apprend avec quel scrupule les fourmis s'abstiennent do sortir le premier du mois. Et, d'autre part, on est invité îi frémir d'horreur, en

!• Sur les animauxy 1, 13.

776 GHAP.VI.- DE SEPTIME-SÉ VÈBE A DIOGLÉTIEN

voyant les jeunes serpents dévorer leur mère pour venger sur elle le meurtre de leur père, scandale qui arrache à l'auteur ce cri d'une ironie pathétique : « Que sont, à côté de ces animaux, vos Orestoset vos Alcméons, chers auteurs de tragédies? * » 11 est vrai qu'il oublie quelquefois son dessein principal ; et, s'il ne dépouille jamais le bel esprit, il cesse du moins par instants de moraliser. On rencontre donc dans son gros recueil des faits simplement curieux ou même intéressants. Mais ce qui en fait surtout le prix, c'est qu'on y trouve, sous forme d'extraits plus ou moins arrangés, bon nombre de fragments empruntés à des livres perdus de naturalistes, de géographes, de voyageurs, en particulier à la savante Histoire des Animaux et au Recueil de merveilies d'Alexandre do Myndos, écrivain du i®*" siècle de notre ère, qui semble avoir été sa principale source *. Au reste, sous prétexte de variété, Élien s'est abstenu de composer son livre'; il a tout jeté pêle-mêle, au hasard de ses lectures. Son public ne lui demandait que des historiettes racontées dans le style à la mode; les qualités auxquelles il a visé sont l'invention poétique et le style * ; il estimait qu'il avait réussi pleinement en cela, et ses contemporains semblent avoir été de son avis, car Suidas nous apprend qu'il fut surnommé MeliyltùiGoç « Klien à la langue de miel ^ »

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