PYRRHON
moin : dans la pratique^ Pyrrhon se conduisait, comme tout le monde^ à Taide de ses sens et de sa raison ; seulement il ne se croyait pas ainsi en possession de la vé rite. Dans ces limites, le pyrrhonisme se ramène à une sorte de positivisme : il consiste à croire que nous ne pouvons savoir «t le tout de rien. » Les sophistes du V* siècle, et notamment Gorgias, avaient déjà fait quelques pas dans la même voie, mais quelques pas seulement : car leur scepticisme ne portait ni sur l'idée de Tutile ni sur les choses pratiques. Pyrrhon ne croit pas plus à une science véritable de Tutile qu'à une science de la nature. Et il a en outre cette originalité d'accepter avec joie cette ignorance totale, et de voir, dans l'impuissance radicale de Tesprit à connaître les choses, la meilleure garantie du bonheur de Thomme, si celui-ci sait pratiquer comme il convient la a suspension du jugement », la fameuse éico^fy).
Ces théories répondaient à une tendance très générale chez les esprits cultivés du m® siècle, car elles trouvèrent de l'écho. Non que le pyrrhonisme se soit organisé à proprement parler en école, comme le stoïcisme ou l'épicurisme : nous ne connaisssons guère à Pyrrhon que deux ou trois disciples directs tout au plus; le scepticisme d'Enésidème, qui se rattache au sien à certains égards, en est séparé dans le temps par un intervalle de deux siècles. Mais ses idées s'infiltrèrent dans les écoles voisines, et l'Académie platonicienne tout entière se pénétra de son esprit.
Parmi ses disciples directs, on cite Nausiphane de Téos, qui conciliait cependant ses doctrines avec celles de Démocrite*, et l'historien Hécatée d'Abdère. Mais le seul qui mérite, comme philosophe, une place dans l'his toire littéraire, c'est Timon, le a sillographe. »
i. Diog. L., rX, 64 et 102.
Timon était né à Phlionte, vers la fin du iv® siècle *. On raconte qu'il fut d'abord danseur. Il entendit ensuite Stilpon à Mégare, puis Pyrrhon à Élis. Il devint philosophe et sophiste. Son existence fut longtemps très vagabonde. Comme les sophistes^ il donnait des séances pour de l'argent. Il séjourna successivement à Byzance, à Chalcédoine, en Macédoine, à ThèbeS;, probablement aussi à Alexandrie, enfin à Athènes, où il passa la plus grande partie de sa vie. Il fut en relations avec beaucoup des écrivains célèbres de son temps. Les rois Anligone Gonatas et Ptolémée Philadelphe lui témoignèrent de la bienveillance. Il eut une grande réputation, et mourut à quatre-vingt-dix ans, dans la seconde moitié du iii* siècle *.
Il avait laissé de nombreux ouvrages en prose et en vers. On ignore à quel genre appartenaient ses ouvrages en prose. Parmi ses poèmes, il y avait des tragédies, des drames satyriques, des iambes', un ouvrage intitulé Python^, et surtout deux poèmes très célèbres, les Silles (SiXXoi, railleries) et les /wa^es ('IvSaXjxoî), où il louchait à la philosophie. Il nous reste quelques vers seulement des Images, mais cent quarante des Silles, et nous pouvons nous faire quelque idée du poème, dont Diogène nous donne le plan ^
Les Silles étaient une revue de tous les systèmes philosophiques, tournés en ridicule dans une sorte de
1. Diog. L., IX, 109-116, Fragments dans Mullach (Didot), Pragm, Phil, Graec, I, p. 83 et suiv. ; et dans Wachsmuth, Sillogr, Graec., Reliq.^ Leipzig; 1885.
2. Sur son âge, v. Diog. L., IX, 112. On croit qu'il survécut à Arcésilas et à Gléanthe, parce que, dans les Silles, il les met aux enfers (Susemihl, p. 114). Mais cela ne semble ni certain ni concluant.