‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 486 sur 605 · DIOGÈNE LAERCE · texte numérisé non relu

DIOGÈNE LAERCE

flueiices il travers les relations et les dissidences des écoles, était une entreprise qui vùl demandé un esprit supérieur. Il n'avait, lui. que la patience et les aptitudes d'un compilateur, et il n'a fait qu'une compilation.

l/d forme exacte de son nom est douteuse. 11 s'appelait pinit-ètre Diojjène Laertios, mais plus probablement Diogèniî tout court, originaire de Laerte en Cilicie *. Xon seulement sa vie nous est entièrement inconnue, mais nous ne savons pas même sûrement en quel temps il a vécu. Ce qui paraît autoriser à le placer au commencement du m" siècle, c'est que, d'une part, il conduit This toire du scepticisme jusqu'au premier successeur de Sextus Empiricus dX, IIG), et que, d'autre part, il ignore entièrement le néoplatonisme. Il semble avoir été épicurien, du moins de tendance. Son ouvrage s'adressait h une fenune df? liant rang, curieuse de philosopbie I III, 47), dont le nom n'a pas été conservé. Le dessein en est des pi us superficiels rénumérerles principaux représentants de cliaque école, résumer leur biographie, en y faisant entrer le plus possible d'anecdotes et de bons mots, donner ensuite une liste de leurs ouvrages et un aperçu de leurs théories, voilà tout ce qu'il a eu en vue. 11 paraît avoir cru que c'était là l'histoire de la philosophie.

Son exposé comprend dix livres. Les deux premiers traitent des Sept Sages, des premiers philosophes, de Socrate et de ses disciples, à l'exception de Platon. Celui-ci occupe à lui seul tout le m'' livre; l'Académie, le iv«. Le V' nous fait connaître Aristoteet ses disciples; le VI®, les Cyni(iues; le viT, les Stoïciens. Au viii« livre, nous revenons à Pythaprore et à son école. Dans le ixS nous trouvons, péle-méle, Heraclite, les Kléates, Leucippe et Dcmocrite, d'autres encore, et enfin les Scepti-

1. Kl. de Byz., GO.i, 7, Aio^évr,; 6 AaspTîfv;. Mais il l'appeUe ailleurs (239, lo) AaépTto; Aïoylvr,;.

820 GHAP.VI.— DE SEPTIMK-SÉVÈRE A DIOGLÉTIEN

ques. Le x® est tout entier pour Epicure et les Epicuriens. Daiis tout cela, ni plan réfléchi, ni pensée philosophique; et nul mérite, ni d'écrivain, ni de critique. Diogène a dépouillé d'autres ouvrages, c'est tout son rôle *. La valeur de son livre consiste dans la grande quantité de faits qu'il nous a conservés. S'il a droit de figurer parmi les œuvres littéraires, c'est donc seulement en raison du dessein qui l'a inspiré et de l'influence qu'il a exercée : tout imparfait qu'il est, il a contribué à établir que la philosophie doit avoir son histoire, et il a suggéré à d'autres l'idée de l'écrire.

Le seul effort de création vraiment original qui ait été fait par l'esprit grec au ni* siècle,, c'est celui des Néoplatoniciens 2.

Depuis longtemps, quelque chose en fait de philosophie se préparait. Les vieilles doctrines s'étaient peu à peu rapprochées; elles tendaient à se fondre les unes dans les autres, en absorbant ce qui subsistait des anciennes religions helléniques et en attirant certains éléments des croyances nouvelles. Une synthèse était nécessaire, mais elle se faisait attendre. Elle avait apparu, imparfaite, timide, confuse encore, chez un Philon, un Plutarque, un Nouménios. Au commencement du in*

i. Les deux ouvrages dont il parait s'être le plus servi sont r 'EitiîpojjiTj fiXoffértov de Dioclés de Magnésie, écrivain du4i««" siècle av. J.-C et la wavToîairn loropta de Favorinus. Voir Fr. Nietzsche De Laertii fontibus, Rhein. Mus., t. XXIII, XXIV, XXV ; V. Egger', De fonlihus Diogenis Laerlii, Bordeaux, 1881.

2. J. Simon, Hist, de l* École d' Alexandrie, 2 vol., Paris, 1845 • Vacherot, Hi$i. de VÉcole d'Alexandrie, 3 vol., Paris, 1846, 1851 * Zel- 1er. PhiL d. Griechen, t. V, p. 418 et suiv ; Chaignet, /it»/. de ia b«vchol. des Grecs, 5 vol., Paris, 1893 ; le tome IV est consacré à la psychologie de Plotin.

LE néoplatonisme; PLOTIN 821

siècle, nous la retrouvons toujours iiésitante, toujours dominée par des questions particulières, chez le péripatéticien Alexandre d'Aphrodise, qui nous a laisse d'abondants et précieux commentaires sur plusieurs traités d'Aristote *. Tout cela avait son prix; mais ce n'était pas là cette pleine et profonde appropriation de l'hellénisme aux besoins du jour qui, seule, pouvait lui permettre de durer encore -. Elle ne se produisit que vers le milieu du siècle, aux heures les plus sombres de l'anarchie; et elle fut l'œuvre de Plotin. Il est vrai que, si la place de celui-ci est grande dans l'histoire des idées, elle est en somme petite dans celle des lettres ; et par conséquent, au point de vue qui est le nôtre, un simple aperçu de son œuvre devra suffire. Mais il faut essayer au moins de marquer en quelques traits ce qui fait sa valeur conmie penseur et de faire entrevoir, à travers l'imperfection de ses ouvrages, la vigueur de son génie.

Né en 204 à Lycopolis d'Iigypte, et mort à 66 ans, en 270, Plotin fit tout ce qui dépendait de lui pour vivre cachée Son enfance et sa jeunesse se passèrent à Alexan-

1. Nous avons de lui des commentaires sur les Analytiques, sur les Topiques, sur la Météorolo(/ie, sur W traité De la Sensation, sur un«i partie <l>i la Métaphysique, et en outre plusieurs écrits indépendants, dofit le Ihpi EÎjiapiiévT);, dédié en 211 à Septime-Sévére et à Caracalla. Les commentaires, souvent édites séparément, doivent être réunis dans la grande édition des Commentaria circa AriS" toteleni de l'Académie de Berlin. Les Scripla minora ont été publiés par Bruns, SnppL in Ari.stoteL, t. II.

2. Nous ne nous arrêtons pas ici aux ouvrages sans intérêt. On rapporte au ilie siècle le lexique de P/aton, du sophiste Timée, que Ruhnken a tiré «l'un ms. de la Bibîioth. de Saint-dermain. Cf. Photius, cod. 151. Édition de Ruhnken, Leyde, 1754 et 1789. Gfe lexique est joint à plusieurs éditions de Platon, notamment à celle d'ilermann, dans la Bibl. Toubner, t. I\^ p. 397. Il n'y a rien à en tirer ni p<mr la philosophie, ni pour la philologie.

3. Nous sommes surtout renseignés sur la vie de Plotin par la Biographie «{u'a écrite Porphyre. Cf. Suidas, IlXutivo;, et Ëunape Vie des Soph., Plotin.

d>2 «JHAP VI — Oï SEPTlMt-^EVEEtE A ÛIOCLÊTIEN

Jrk*. tf fui li ijii».' U.*< It'i-Mïis •rAiHiimnios Sa»:ca5 lui n'-vélèrriil la pliilti-'»[»liit.» ". Il ]*'< >ijivit [.•»:-n»l;i!it nnze an>, •le 232 îi 213. Kii 2ï'i, «l»}>ir»iix «le s initit r à la >a^»*s5o n:*noiiiiii»-».' *ir< l'»T>t.'s ♦^t «l^rs hhlivn^. il aocMiupa^na i'oiiipf^reiir <iMn!i*-ii III il:in> >»>n ♦•x[i»'iliti«.»n oi.»ntre Ctèsipli'»n r\ faillit jit;rir .tn [iiili»-ij ilu ilf;>.i>lr»* *lv l'arnu-e. Il put sVt?liîippf r. 'j.iL'iia Anti'n'li»'. puis vint s't'-tabiir à Home, en '2ii. smii'» le r»\rnf:- •!•• Pliilip[>«' l'Arabe. •*'»=^t là qu'il vi'i'ut pfMi'Iant >»'5 \ inL't->i\ «It-rnières année», enhiuré iliin '•t-irU* tl»' ili^riplf-'». «'ttMUt absorbé pars«3D enseiirDeiii»-iif , i|iriiiir' inspirai i< -n ilivin^ <*-nililail animer. La profunJfur «b* ^f:"* peii>^»*>. la pureté Jr- >4ju caractère; plus que <*ji\ Idltiit «b-parnle. lui attiraient des auditeurs nombreux, jjarmi l^^'^quf-ls «les sénateurs et plusieurs femmes iJistiiijué#.*>. L*»»mpereiir «iallien 260-268 • et sa femme, rimpéritri*:»* S.ilnnin»', lui ténitûsnèrent une constante faveur -. Mais l.i >im[»licité d^ sa vie n'en fut pas altt/rée.Il l"!ii|iait àieiii»- .t la virille<se. lorsqu'il mourut en Campanie, pr»-^ Je I*'»uzzij1»<. tlans un lieuoù il sf: rendait fréqueinm».'iit en él»!-.

Plotin a éorit prn«lant («nite sa vie. sans se soucier un seul instant d»* l>i»'ii ♦'.■rir».'. .lainiis. umus dit F'orpliyre. il n»: >e reli-.iil; il ii».- ^' tlî i'-liait qu'à la valeur de la pen^é»*. et ne <»* pr».»":cM[»ait ni de ^^tvlt*. ni nième d'ortli»»jraplie ^ Ce j-n.-!rii».-r jrt '-tiit il ailleurs le résultat «l'un»:- mé'litati«.':i iu<^i pn.'f'.'nd».* qu'aboi ndaute.

1. A'—L^ ^-z.tvS .'îa.'-^ t"î .^.-.-.'•. .». ■ j. -s. ri-ri: -j.'rit. ^^r* r-.-Lr: ;i ctc tout pLiIo5-jj Li ;u-: : i. :.'y a ;.:. : .:.•:'.:.- r^is.;. i-r l'r 'dir-j fiçurer dans 'iLr Li=t'.ir-: li:-.vi-.t:r- . l:' •:.'. :?<. ? - ; i-!-3 ne noas sont pas iiî z '.■oniia'rs i-our [^ -'^ •. u.?? y iis-.-'rrntr s-'irement ce

«lui -ss: i" lui rt Cr: :Llr PlO'.l- V .i a .Ul- .

i. Tr-..'. P...11.L;. o : »'., chi. ::. r'.r!>.jr. r.t\ :\,t:-,' .\'. de Plotin, 15) qu'il :\i: lu--?*.: :. •:.:.-. -.ui 1. :';r. ir - »: ti: t .ill-t une cit-î- sur 1j mcMl-ïl: i- :-:i;- ::■ PialoL. Eli. i-viii: s'art-rln-r Platonopoiis. U est Urr!::!. i- .:-:i Ur r^^.Arïi.^: 'yn'i'l i-jl-ï roint un tel f rcj- 1 •.:;:: .-■!ri-."j.T. :■: la [ .-.t: ir 1 tl::.i t.--. ur.

3« Vie ai Plot.:', "*.

PLOÏIN 823

I.es |)eiisé('s se pn^ssait»nt dans son esprit; il ne prenait pas le temps de les exprimer. 11 fallait, en le lisant, deviner ce qu'il avait voulu dire, à travers un enchevêtrement de phrases incomplètes et incorrectes. L'espèce d'enthousiasme intellectuel que provoquait en lui le travail de la pensée, loin d'attrnuer ers défauts, les aggravait plutôt, en rempèchant de sVn rendre compte '.

(le sont ces notes, jetées ainsi au jour le jour, sans plan précon<;u. sans titres distincts, et puhliées par traités isolés à [Kirtir de 2o3. que Por|»hyre, sur l'invitation de son maître, recueillit, classa, organisa de son mieux, et qu'il nous a transmises -. 1/ouvrage ainsi constitué fut nonuné^ par lui les Emiéades (^EwexSe;), c'est-à-dire les Xriwaifies, parce qu'il avait groupé ces dissertations par séries d(î neuf livres. Le tout forme cinquantequatre^ livres, six neuvaines. En rassenddant ces morceaux détachés, Por|>hyre a essayé d'y mettre quelque ordre, et lui-même nous a exposé son plan^. La première eiméade se rapporte principalement à la morale; la seconde et la troisième, au monde et à la manière dont il est gouverné: la (juatrième. à l'àme ; la cin(|uième, à la raison; la sixième, àcertaines (piestions sur la nature de l'être. Dans cha(pie ennéade, les dissertations se suivent selon l'ordnî dans lequel elles ont été composées. Mais ce phui est plus apparent que ré(d ; car, en fait, il y a de tout dans chacune des parties de l'œuvre, et la faute n'enrst pas à l'ordonnateur : ces méditations complexes lit* pouvaient être assujetties à aucun arrangement vraiment organi(|ue.

Si un tel ouvragr peut séduire les initiés, il semble fait pour repousser les simples lecteurs. Et pourtant, en tant (ju'il révèle et (ju'il éclaire profondément certaines

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