Lettre 941, adressée à Tilianos, consul <lo celte année
3. Eunape, Libnnios, p. 493, Didot : OCSe\; twv <rj) XsYêvtwv Aioav:» xal <T*jvou<yîa; à^itoOivrcov â;:f,>Osv a5r,xTo;, et tout ce qui suit.
878 GHAP. VII. — I/OniENT GREC AU IV* SIÈCLE
les institutions «le ce temps comportaient d'activité politique, il le déployait. Son crédit, encore naissant sous Constance, devint très grand pendant le court règne Je Julien, qui professait pour lui des sentiments cle véritable amitié *.Si Julien avait vécu, il eût été presque impossible que Libanios ne prit pas une autorité durable. Leurs idées et leurs sentiments s'accordaient en tout. Aussi la mort imprévue du jeune empereur fut-rlk' pour lui un coup des plus cruels: il le pleura comim' ami et connue défenseur de riiellénisnie- ; ses phb clières espérances disparaissaient aveclui. Toutefois, il ne cessa pas d'être en baute considération auprès de lu cour. 11 avait re(;u de Julien la dignité honoriiique A^ questeur; suivant Eunape, un de ses successeurs lui ollVit le tiln» de préfet du palais, qu'il refusa. Son inlluence et son renom lui suffisaient. D'ailleurs sa santé était médiocn»; des cbagrins ju'ivés attristaient sa vieillesse, et peut-être aussi un certain découragement. An au sentiment du déclin de ce qu'il aimait, le détournaitil de la vie active. Mais, de même qu'il avait patroniu- Antiocbe auprès de Julien irrité, il intervint encore, en 387, dans la crise terrible (jui faillit attirer sur elle h vengeance de Tbéodost».
Libanios avait beaucouj» écrit \: sa réputation se perpétua cbez les (irecs (b' Byzance et empêcha que ses u'uvres ne disparussent connue tant d'autres. >'ous en possédons encore une très jj;^rande partie.
Celles qui sont purement scolaires ne peuvent être que signalées ici ^ (le sont des Déclamations (MeXfTxi); des Modèles desenices jtréparatoires (IlfOY\i;/.vxr;;xaTWv
1. Voir, «liins la rorrrsp. de Julien, les lettres 3, 14, 27, 44, 7i, "4.
2. Disc. 17, ]). 5:20 H. : 'û oinXo-j 7:£v6ov; È|io"j, toCto |iàv tôv ^svùèx liîTa twv a/.Xojv Opr.voOvTo;, ToOto Vt tôv ixaîpôv te x«i ^tXov.
3. Disc. 11, I». 27;>, lleiske ; IlXîîaTa or, t(i»v vCv ovtcov crrfYypiiijjiata i:£îroir,xfo;.
4. Kilos foriufiit tout 1«' quatrième volume «le rédition de Reiske.
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TTxcx-j'^j'D.ji.xTx, fables, récits, chries, sentences e;xpliquées, éloges, blâmes, comparaisons) ; des Éthopées ( HOo-ouxt ou discours de personnages dans certaines situations dramatiques); des 0^5m/?/io/w('Ex(ppdcG8t(;). Rien de tout cela n'atteste une originalité quelconque. Au même groupe, on peut raltacber ses travaux critiques sur Démosthène, consistant en une Vie de l'orateur et en arguments ÇY-rzo^ict^^C) qui indiquent l'occasion et le sujet de chaque discours; écrits sans prétention, mais fort utiles, dont le mérite est surtout dedonner, sous une forme un peu sèche, des renseignements précis K
L'a»uvre oratoire de Libanios comprend soixante cinq discours, parmi lesquels un très petit nombre seulement roulent sur des sujets fictifs, quelques-uns sur des lieux communs de morale, tandis que tous les autres se rapportent à des événements contemporains. Entre les premiers, citons sans nous y arrêter V Apologie de Socrate (Disc. 52) et le Discours contre Eschine pylagore (Disc. G4), compositions qui rappellent la manière d'.Elius Aristide; puis les discours généraux Contre le bavardage, Sur favidiféy Sur la richesse, etc., simples amplifications d'école. Ce qui est vraiment digne d'intérêt, dans cette collection, ce sont les discours relatifs aux choses du jour. Les uns nous font connaître les mœurs des écoles, les rivalités des maîtres, les passions des disciples; d'autres nous donnent le spectacle de la vie; ils nous représentent quelques-unes des grandes villes grecques d'Orient, leur aspect, leur population, leurs agitations ; pres(|ue tous nous permettent de voir à l'o^u-
1. Ces écrits sur Démosthène ne se trouvent pas dans l'édition citée de neiske. Ils nous ont été conservés par les uiss. de Démosthène et figurent dans presque toutes les éditions de l'orateur. La Vif de Démosthène et h;s Arguments forniaient un tout, qui fut composé sur la demande d'un certain Montius, proconsul, et lui fut dédié (voir le déhut de la Vie: Westermaun, Bioypâçot, p. 293).
vre radrninistration impériale, et plusieurs éclairent assez vivement la physionomie de quelques-uns des empereurs de ce temps. Mentionnons surtout : VÉloge rf'i4w/ioc/fe (il* discours), pour la curieuse description qui en forme la dernière partie ; le IG' discours, sur l'offense faite à l'empereur Julien; le 17' et le 18', relatifs à sa mort (E-t 'loiiXixvû uovwSia, *E:TiTiçw>; £i:i louX'.avo)); le S** et le G.')*", où il répond à des criti(|ues personnelles (llpo? toÙ; ^xpùv aùrov xxXfeçavTa;, Ilpo; TO'j; et; 7:x'.Seîav ajTÔv àTroiicwTrTOVTa;) ; les 11)'' et 20* adressés à Théodose, à propos des désordres d'Antiochc; enfin le 28" (lUpl tôv (epàîv), dans lequel il proteste auprès du même empereur contre les destructions de sanctuaires païens, qu'il impute au fanatisme des moines. Toutes ces harangues sont de première importance pour l'histoire du iv' siècle ; mais, parmi celles que nous ne pouvons même nommer, il n'en est pas une (jui, à cet égard, n'ait sa valeur.
A cette série de discours, il faut joindre une ample correspondance, non moins curieuse *. Elle se compose de plus de seize cents lettres -,, adressées à des personnages de toute sorte, païens ou chrétiens, empereurs, préfets, rhéteurs, philosophes, évèques, et touchant à toute sorte de sujets. On y voit Libanios s'occupant des intérêts de ses amis ou de ses concitoyens, exposant leurs demandes, s'entremettant pour eux, donnant des avis, distribuant des éloges ou des remerciements. Et au spectacle de cette activité intéressante par elle-même, s'ajoute celui de la société contemporaine, qui revit là sous nos yeux.
1. Spécialement étudiée i ar L. Petit dans rouvrajçe cité plus haut.
2. Exactement IfiOT. On y joiî^Miait autrefois 400 lettres en latin, censées traduites du frrec, qui ont été reconnu»'S pour une invention de l'humaniste Fr. Zambeccari (R. Fœrster, Franc, Zambeccari unddie Briefe der Ubanius, Stuttgard, 1870).
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Soit dans ses discours, soit dans ses lettres^ Libanios se révèle comme un homme droit, obligeant, actif, qui aurait pu, dans un autre milieu, jouer un très grand rôle. Son malheur fut d'être en opposition avec le mouvement de son siècle. Celui-ci se détachait de plus en plus du paganisme, et, par une conséquence naturelle, le goût des études profanes y perdait de sa ferveur. Lui, au contraire, profondément imbu d'hellénisme dès son enfance, et tout adonné à l'admiration des grands écrivains grecs, ne pouvait comprendre qu'on ne trouvât pas en eux le meilleur idéal K S'il n'avait pas d'animosité contre les chrétiens eux-mêmes, dont beaucoup étaient ses amis, le christianisme, comme doctrine, lui semblait une impiété, et, comme forme de société, une demi-barbarie. Xon seulement il le voyait avec douleur renier les dieux que la plus noble portion de l'humanité avait adorés pendant tant de siècles, mais il s'inquiétait et s'afiligeait de cet ascétisme qui tendait à déprécier tout ce qui embellit la vie, l'art, la poésie, l'éloquence, et par conséquent les plus brillantes facultés de l'esprit humain. Les moines, dont le nombre grossissait sous ses yeux, lui étaient en horreur, comme des ennemis de la civilisation. D'ailleurs, son intelligence n'était pas assez étendue pour qu'il put saisir ni les causes profondes ni la force du mouvement dont il était témoin. Comme Julien, il l'attribuait à des circonstances secondaires, il croyait à l'efficacité des petits moyens pour le combattre, et il était d'autant plus attristé de voir les empereurs le favoriser. Le déclin des études le peinait tout particulièrement *. Mais il se sentait impuis-
i> Pour les idées reUgieuses de Libanios, consulter surtout Disc. J2 {FAç 'lou'Aiavbv aû-roxpaTopa ÛTcatov)» 13 (np09çaivT)Ttxb; 'lovXtavô»), 47('Eicl 'lo-jXiavcj) jiovwSta), et 28 (*rirèp tôv lepôiv).
2. Disc. 3, llpb; toù; véoy; «sp^ toû Xé^ou. 29, *Vïckp twv pT)T6pci)v. 32, j
IIpôc xi; Toû iraiÔaYœyo-j pXa<TÇTi|iîa;. 43, ncp\ tûv ffvivOr^xûv. 59, Ilpb; i
Touc v£ou; iccpl tov Tàinr;xo;. '
Hist. de la Litt. grecque. — T. V« 56 j
sant ; el son talent qui, en d'autres temps, se fût employé utilement à agir, se dépensait assez vainement à signaler le mal et à le déplorer. Du moins, il sut. même dans ces circonstances, se faire un noble rôle comme défenseur d'Antioche aujirès d(»s empereurs, comme patron des faibles, comme dénonciateur des abus *. En un temps où ceuxqui savaient parler n'usaient guère de la parole que pour se faire applaudir, cette activité sérieuse lui fait grand bonneur. Il eut le mérite, lui, païen et sopbiste de profession, de remplir ainsi roffice que ses collègues laissaient trop volontiers aux évèques; et l'autorité que ceux-ci devaient en partie à leur caractère ecclésiasti(|ue. il la revendiqua pour l'éloquence, au nom du droit et de l'bumanité.
S'il faut maintenant appréci(T cbez Libanios le talent littéraire, nous devons reconnaître d'abord que les vraies qualités de l'orateur sont médiocreg en lui. 11 ne sait pas dégager les grandes idées d'un sujet, il n'a ni dialectique vigoureuse ni passion soutenue, il n'est ni entraînant ni émouvant. Él(»vé dans l'école, il demeure sophiste dans les causes les plus sérieuses -. Il s'attache aux détails, se plaît aux menues inventions, et fait valoir ses grâces avec une coquetterie fastidieuse, beaucoup moins sans doute que tel do ses contemporains, mais beaucoup trop encore pour notre goût. Ce sont lîi» chez lui, les défauts du temps. Il en a d'autres plus personnels : sa phrase, trop chargée, capricieuse, devient parfois embarrassée; ses expressions, prétentieuses et d'une composition affectée, sont loin d'élre tou-
1. Disc. 15, IlpeaoS'jTixb; itpb; 'lovXiav6v ; IG, npb; *AvTio-/éa; rspl rr,; Toû 3aTi>.éti); ôpyr,; : 19, Ilpb; HeoSdatov [iaTiXca irepi tf,; <rcdt<XE<û;. etc., pt encore : 4*>, n£p\ twv 6Ea(ia)?ôiv ; 47, Ilepi tûv TcpodTxatcùv ; 49, n£p\ Tâ)v âY70cpeiâ)v ; 51, Kaxk twv TrpoTeSpeuôvtcuv toîç ap^ovxrt ; 53, Kaxà t«#» •laiôvTwv ; oî), Ilepl Tùv àp'/tôv.
2. Il avait une admiration particulière pour .Eliur Aristide, qui fut toujours un ilo ses niudéles préférés. Voy. Disc. 63.
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jours claires; ses périphrases, ses allusions, ses prétendues élégances, qui consistent à éviter le mot propre ou à orner des choses qu'il juge trop simples, augmentent Tobscurité de sa pensée *. Mais, en faisant la part très large à la critique, on ne peut nier qu'il n'ait do Tesprit, de l'imagination, des idées fines, des inventions ingénieuses, et même, on beaucoup de passages, une incontestable sincérité d'accent. Dans la satire, il ne manque ni de franchise, ni de trait; dans l'éloge, lorsqu'il est inspiré par le patriotisme ou par l'amitié, il sort parfois de la banalité. Sa grande connaissance des auteurs classiques lui donnait en outre une réelle autorité d'écrivain -. Nul ne connaissait mieux que lui Démosthène et les orateurs attiques. Il avait étudié, avec un goùl presque aussi vif, les poètes, les historiens, les moralistes ^ et, grâce à cela, sa langue paraissait à ses contemporains offrir le spectacle d'une richesse, d'une variété de nuances, et en même temps d'une pureté qu'ils admiraient.
Celte admiration a subsisté à travers toute la période byzantine. Libanios demeura pour les (irecs du moyenâge un des représentants de l'éloquence classique. Personne, à coup sur, ne pourrait songer aujourd'hui à le maintenir en ce rang. Mais, parmi les païens de ce temps, c'est encore un de ceux dont l'étude offre le plus d'intérêts
1. Photius, cod. [)0 : lloX/à pisv èuKTXOTtl^wv iiapevôr,xat;, tvia Ô* àçaipicii xai toù àva^xaisy,
2. Pliotius, ibid. : Ta o* aXXa sv TO\itoi; xavtiv è<TTi xai (rriÔpir, Xdyou àrnxo'j.
3. Eunap»' (Libanios) note des emprunts à l'ancienne comédie.
4. il nous manque encore une édition critique de Libanios, qui» une fois pul)liéo, pourra donner lieu A diverses sortes de travaux.
Cette éloquence, médiocre en somme, est encore supérieure à l'historiographie du même siècle. Car celle-ci a les mêmes défauts, qui sont plus contraires à sa vraie nature qu'à celle de l'éloquence, et elle n'a pas les mêmes qualités.
Les grandes actions de Constantin semblent avoir été un des sujets préférés des historiens rhéteurs. Praxagoras, d'Athènos, Kémarchios, de (lésarée enCappadoce, avaient raconté sa vie * ; un autre Cappadocien^ Ëustocbios, raconta celle de son fils aîné Constant ^. Après Constantin et ses (ils, Julien eut aussi ses panégyristes, tels que Magnus de Carrhes, Eutychianos de Cappadoce ', et enfin Eunape de Sardes, le seul d'entre eux qui mérite d'être distingué ici *.
^'é vers 34G ^ Eunape fut en Asie, dans sa jeunesse, le disciple du philosophe néoplatonicien Chrysanthios. que Julien fit grand pontife de Lydie en 362. Sous son influence sansdoute, se développaTattachement passionné (fu'il ne cessa de professer pour le polythéisme, et aussi sa dévotion étroite et superstitieuse. De 362 à 366, il
1. Photius, cod. ni; C. Mullor, Fragm, HisL Gr,, IV, î. — Suidas, BT)(Aâp*/to;.