QUIXTUS DE SMYRNE, ETC
de Rhodes; toutes ses expressions, tous ses tours de phrase viennent de ses modèles. Sa versification se rapproche surtout de ceHe des Alexandrins ; il multiplie les dactyles: il recherche la césure trochaïque du troisième pied, sans toutefois s'assujettir encore à la rigueur des lois métriques de Nonnos, notamment en ce qui concerne Télision et Thiatus. Cette préoccupation de hien versifier dénote un certain goût de la perfection. Tout chez lui est bien fait : ce qui manque à son a>uvre, c'est le génie.
Le poème est sagement ordonné dans ses diverses scènes, sans surcharge, sans digression; tout y est clair, simple, proportionné; le goût des développements sophistiques s'y fait assez peu sentir, soit dans les descriptions, soit dans les discours. Mais il n'y a rien qui attache. liCS personnages se succèdent comme des ombres; aucun n'a de relief ni même de substance dramatique. Au lieu de peintures morales, des comparaisons trop nombreuses et des sentences à profusion. Les situations sont plutôt indiquées que vraiment décrites, avec une pauvreté de couleurs qui dégénère en sécheresse. Le poète n'a rien de ce qui fait la force et la vie. On est étonné surtout qu'il ait pu mettre si peu de lui-même dans son ceuvre. Véritable poésie d'école, sans contact avec la réalité.
Quelque chose des préoccupations d'art de Quintus se manifeste aussi dans les fragments de deux épopées contemporaines, qui ne nous sont pas parvenues en entier. — L'une est une Gigantontachie du poète Claudien, dont il nous reste soixante-dix-sept vers K C'est encore une question non résolue que de savoir si ce Claudien est le même que le poète latin, contemporain d'Honorius et
1. Eud'icir AuyusLr, ProcU Lycii, Claudiani canninum grxcorum reli^ quiœ, rec. A. Lu'.hvich, Lipsiye, 1891 (Bibl. Toubner).
auteur de V Éloge de Stilicony des invectives Contre Bu fin et contre Euirope, de V Enlèvement de Proserpine et de diverses poésies, parmi lesquelles figure une autre Gigantomachte en latin *. Quoi qu'il en soit, les quelques fragments do la Gigantomachie grecque dénotent une imagination éprise des hyperboles jusqu'à la puérilité et docile au mauvais goût du temps '. — L'autre épopée, dont quelques fragments ont été découverts en 1880 sur un papyrus égyptien, était une Guerre contre les Blémyes (Bîie(i.uo(i.a)^(x) *. Il nous en reste un peu moins de quatrevingts vers mutilés, qui ne permettent même pas de décider avec certitude si la guerre racontée était, ainsi qu'on l'admet en général, une expédition des Romainâ contre la peuplade éthiopienne des Blémyes, ou une guerre mythologique. La facture semble indiquer que l'auteur doit être placé entre Quintus de Smyrne et Nonnos, c'est-à-dire, sans doute, comme Claudien, tout à la fin du iv® siècle *.
A cette épopée du iv* siècle, se rattachent probablement par la date quelques-unes des poésies conservées dans le recueil orphique *. Deux méritent une courte
i. Voir la notice do A. Ludwicli, clans l'ôdit. citée, p. 161. Suidas (KXa'jSisv^O place Claudicn sous Ârcadius et Honorius, ce qui s'accorde bien avec les dates de la vie du poète latin. Mais Évagrios, J, 19, le met sous Théodoso II. Il me parait plus probable que le poète grec est à distinguer du poète latin.
2. Neuf épigrammes de Tanthol. palatine portent aussi le nom de Glaudien. Une scolio qui y est jointe dans le manuscrit du Vatican nous apprend qu'il avait composé en outre des poèmes sur l'histoire dit plusieurs villes : Tarse, Anarzabe, Bérytos, Nicée.
3. Éditée par Ludwich djjns le même volume que la Gigantotnacfiie de Glaudien, p. 183. Voir les Prolégomènes, pour l'histoire du texte et sa date. L'auteur renvoie à une dissertation publiée par lui (Index lect. hibern. Academ. Albertinœ Regimont. 1892, p. 26- 31).
4. Pour cette raison, il parait impossible d'attribuer ce poème, comme on a voulu le faire, à Kyros de Panopolis, dont nous parlerons au chapitre snivant. Bûcheler, Rhein. Muséum^ 39, 277.
5. D'autres poésies orphiques dont nous n'avons rien dit ont pa