DIODORE; THÉODORE DE MOPSUESTE
reste malheureusement rien de Touvrage mentionné par Suidas sous ce titre : Différence de t interprétation spirituelle et de V allégorie (Ti; Sta^popi Oeidpia; xai XKktcrx^ pia;); on ne peut guère douter que Diodore n'y eût exposé les principes de sa méthode. La tendance rationaliste, qui en faisait le fond, l'amena à formuler, sur la distinction de la divinité et de Thumanité en Jésus- Christ, des idées qui furent plus tard développées dans le Nestorianisme et condamnées par les conciles.
Après Diodore, le grand nom de l'école d'Antioclie est celui de Théodore de Mopsueste *. >ié à Antioche vers 350, il y suivit d'abord, dans sa jeunesse, les leçons de Libanios, avec des vues toutes profanes. Puis, son condisciple, Jean Chrysostôme, l'ayant attiré vers la vie ascétique, il se retira à vingt ans dans le cloître qu'avait institué Diodore et v étudia sous sa direction. Rentré quelque temps dans le monde, il en fut arraché de nouveau par son ami. En 383, il était ordonné prêtre : en cette qualité, il enseigna lui-même à Antioche pendant dix ans. En 392, il est appelé àl'évéché de Mopsuestia, en Cilicie, où il réside désormais, pendant trente-six ans, jusqu'à sa mort en 428.
Écrivain fécond, comme son maître Diodore, Théodore avait composé, comme lui, une série de commentaires sur l'Ecriture, et, de plus, divers ouvrages de controverse théologique, dont un grand traité en quinze livres Sur l'Incarnation. 11 ne nous reste de tout cela, outre les titres, que des fragments en grec, et un certain nombre de traductions latines ou syriaques. Le rôle propre de Théodore, celui qui lui mérite une place, non seulement dans Thistoirc des dogmes, mais dans celle
1. Suidas, 0£6Gtopo;; PlioUus, cotl. 4, 5, 6, 38, 81, 77, etc. ; Ghrysosl.. Ad Theodorum lapsuf/iy ot, en outre, lettre 112. — 0. Fr. Fritzsche. De Theodori Mopsuesleni vita et scripUa commentatiOt Ilalœ, 1836; Burdenhewer, I 50; BatitTol, p. 296-300.
de la littérature, c'est d'avoir développé, avec logique et hardiesse, les principes d'exégèse et la tendance critique de son maître. Dans un écrit perdu, dont le titre même n'est pas sur, il avait traité de l'opposition entre l'inlerprélation allégorique et rinlerprétation historique (De allegoria et historia contra Origenem, dans Facunilus, Patroi./at.. LXVII, G02).Nuln'aét6 plus résolument opposé que lui aux chimères de l'exégèse par allégories. Mais son rationalisme ne s'en tenait pas là. Il eut le jugement assez hardi pour nier qu'une grande partie des psaumes eussent en vue le Messie; il discuta l'inspiration de certaines parties des Krritures : il voulut même distinguer en Jésus-dhrist deux personnes, pour éviter d'avoir à admettre qu'unf? personne divine eût pu souffrir el mourir. Il fut ainsi l'initiateur direct du Xeslorianisme. et les conciles qui condamnèrent Nestorios le frappèrent en même ten)ps d'anathème après sa mort. Pour les Nestoriens d'Orient, Théodore do Mopsuesto est resté « Texégète » par excellence; et, pour la critique moderne, sa hardiesse fait de lui un des personnages les plus intéressants de ce temps.
Inférieur certainement en originalité et en étendue d'esprit aux deux docteurs d'Antioche, Kpiphane e;>t peut-être plus connu, grâce à ses ouvrages subsistants ^ Né en Judée vers 313, il se rendit savant dans les langues de l'Orient. Après un séjour en Egypte, il dirigea à Eleuthéropolis, non loin de Jérusalem, de 323 environ à 3G7, un cloître dont il iit un foyer d'études. Appelé en 307 à l'évéché de (lonstantia (rancienne Salamine) dans 1 ile de Cypre, il y résida jusqu'à sa mort en 403. 1/Origénisme n'eut pas, au iv* siècle, d'adversaire plus acharné que lui. Ardent à en poursuivre la trace,
1. s. .Tt^rômo, De vir. ilL, 114; Suidas, *Eiri?avto; ; Pholius, cod. 12i et li3. Bardenhower, Ç 54; lîalilTol, p. 301. Voir aussi Ang. Thierry, 5. Jean Chrysoslôme.