Socr., HiiL ceci., IV
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des exposes de la doctrine ortlioJoxe, qui avait triomphé au premier concile œcuménique de 323 et qui allait sacliever dans le second, de 381. — Ses autres discours sont relatifs soit à des l'êtes religieuses, soit à des points de croyance ou de morale clirétienne.
Les Lf'ttres. au nombre de 2i3, appartiennent presque toutes à la période de retraite (383 à 390), par laquelle se lermine la vie de Grégoire. Elégantes et courtes, ellt'S se rapportent en général à des incidents privés; et par là même, si elles ne nous apprennent que peu de chose sur l'histoire du temps, elles sont du moins de •rrand intérêt pour la connaissance de l'homme.
(l'est aussi dans ses dernières années que Grégoire composa la plupart des Pofisies qui forment environ la moitié de son œuvre. Dans une pièce Sur ses propres vers (Livre II, sect. i, 39\. il nous apprend qu'en h^s écrivant, il s'était proposé d'olfrir aux jeunes gens des poèmes moraux et religieux, alin que les chrétiens n'eussent rien à envier aux païens. Sans nier cette iiUention, puisqu'il l'aflirme, il parait dil'licile de croire qu'il n'ait pas eu pour hut, avant tout, de se satisfaire lui-même, ayant le goût de méditer et la démangeaison d'écrire en vers. Les poèmes propnMuent dits, au nond)re de cent quatre-vingt-cinq, ont été divisés par les éditeurs modernes en deux livres. Poèmes t/irologiques et Poèmes hision'ques, auxcjuels s'ajoutent cent vingt-neuf Epitaphes ( K-'Txoia) et quatre vingt-quatorze petits morceaux gnoniiques ou Épifjrammes ('E7:'.ypx[JL7-xTa). Les plus intéressantes de ces compositions sont les poèmes historiques, c'est-à-dire <*eux où Grégoire parle de lui-même, notamment le poème Sur sa propre vie, sorte de biographie, précieuse par les faits <ju'elle note, et quelquefois attachante par les sentiments qu'elle exprime. Humaniste exercé, Grégoire a employé dans ses vers la plupart des mètres classiques, hexamètres, distiques, iambes.
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i()iii<|iies majeurs et brist'îs. etc. Dans Jeux morceaux seiileinent. rouipaiiL avt'c la Iradilioii, il s'est essayé à la vrrsilicalioii «liliî a rythrniqut' », «jui est fondée, non sur la ({uantitr des syllabes, mais sur leur lutiiibre et sur la plare des aecenis ( V[tvo; éTTTcavi;, Pof'mes, I. I, seol. I, Z'l\ cl ILô; 7:3c:0£vov 7:acxiveTL/tô;. 1. I, s(»ct. 2. l\.
Pour ajiprécier le i:énie de (irégoire Je Naziaii/.c. nous d<îVons, luut de suilf et résnlument, faire bon marché lie celle prélemlue pnrsic*. Non (ju'il n'y «Mit en lui un rétd insliucl d<* poète. Son àuK', pensive el recueilli*', aimanle et mysliipie. sa sensibilité vive, sou iuia^j^inalioD lirillanle. auraient pu. si elles eussent pris de bonne lieure cetttî direction, s'exbaler en méditations barnionieuscs. Mais lt»s habjudes de sa pensée et de son style, f<u*niéc5 pai'l'arl oratoire el lalbéolo^ne. résistaient àrinspiralioii. Sa |)brase, nette, [U'écise, aniitbélique. n'avait ni l'élan, ni la mollesse, ni la liberté (|ui convirnnenl au rêve. Quand le sujet demandait le laisseiraller^ l'abandon de la [lensée entraînée par les imafres^ l'indérision charmante et fugitive des impressiiuis, Toraleur qui était eu lui tendait aux i'ornmles impérieuses, le moraliste aux insl met ions i-irconstanciérs, le tbéolo{jien aux ciislinrtions abstraites et subtiles. Dans les passages où sa poésie (;st religieuse, elle a le tort de rappeler de trop près les canons des conciles; dans ceux où elle est personnelle, elle liésite entre la cbroniqut» séclic el le sermon.
C'est donc à ses discours, uniquement, qu'il y a lieu de s'arréler. Kt sur ce sujet mémo, disons d'abord que, malgré son titre de (( Ibéologien », (îrégoire, fùl-ce dans ses ex|)0sés de tbéologie, ne montre pas plus que Basile celte originalité forte du penseur qui crée des idées neuves ou transforme les anciennes par desa[)ert;us propres. Comme pliilosoplie, il n'a été qu'un disciple et un défen-
1. Villi?iiiaiii l'ii siiif^uliLTiMuoiit surfaite dans l'ouvrage déjà cité.
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seiir de la tradition. En lui, l'orateur seul a son originalité incontestable.
Son éloquence est moins simple que celle de Basile: mais elle a plus d'ampleur et plus d'éclat. Basile s'oublie lui-mcnje, il ne songe qu'à son sujet et au bien de ses auditeurs. Grégoire, chrétien tout aussi convaincu et prêtre aussi zéfé, était pourtant par nature bien plus a homme de lettres », et il n'a jamais cessé complrtement de l'être. On seul, en l'écoutant, qu'il cherche à plaire, quelle que soit d'ailleurs l'élévation et la sincérité de son intention générale. Qu'il en ait conscience ou non, il y a toujours quelque coquetterie dans son art. Il aime Tanlithése ingénieuse et brillante, il se sert volontiers des figures qui font de l'elfet, il conduit ( t organise sa phrase en artiste, pour l'oreille en même temps que pour Tintell igence. Le développement facile ne lui déplaît pas, alors même qu'il a plus d'agrément que de solidité. Trop charmé par l'élégance superficielle, il combine adroitement ses mots, conune il versifiait, par un goût naturel pour la symétrie ingénieuse. Volontiers aussi, il orne son expression : il la veut poétique, sonore; il est amoureux des images, des belles comparaisons, qu'il demande, s'il le faut, à la mythologie. Ce sont là des petitesses qui laissent trop voir en lui le disciple d'IIimérios ; mais s'il importe de les signaler, il serait fort injuste de méconnaître ce qu'il y a de puissance naturelle et de génie sous cette forme un peu apprêtée.
Grégoire était une àme sincère, éclairée par une belle et lucide intelligence. Comme il a les défauts de son tempérament, il en a aussi les grandes qualités. Son Eloge funèbre de saint Basile ^ qui est peut-être son chefd'œuvre, est vraiment un discours admirable. C'est un panégyrique, et pourtant l'orateur y parle avec son cœur. S'il ne craint pas de rappeler les quelques griefs qu'il a contre son ami, s'il no peut lui pardonner complètement,
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même après la mort, de Tavoir nommé évoque de Sasima, comme il l'aime et comme il l'admire néanmoins ! Avec quel charme il rappelle leurs communs souvenirs d'Atlienes! Et s'il parle volontiers de lui-même, quel homnjage il rend cependant à la supériorité do caractère qu'il sentait chez Basile! Les détails familiers et précis abondent^ mais les grands traits sont en pleine lumière. Il raconte avec grâce, avec sentiment : et, quand il a fini de raconter, il juge de haut.il dégage les qualités maîtresses avec la sûreté d'un historien et Témotion d'un ami. Ses dernières paroles ont été imitées par Hossuet dans son Oraison funcbre du prince de Condé, et elles méril aient de l'être. L'appel adressé à tous ceux auxquels Hasile avait fait du bien est d'une ampleur et d'une jilénitude remarquables; et il y a quelque chose de singulièrement touchant dans la façon dont Torateur éteint ensuite volontairement l'éclat de sa parole, pour finir sur une prièi'e attendrie. Citons ces quelques lignes qui donnent assez bien l'idée de l'éloquence de Grégoire:
« Réunissez-vous tous ici, compagnons de Basile, ministres des autels, serviteurs du temple, et les citoyens et les étrangers; secourez- nous pour achever son éloge, chacun de vous racontant une de ses vertus, s'attachant à un trait de sa vie. Regrettez tous, les grands un législateur, le peuple un guide, les savants un maître, les épouses l'appui de leur vertu, les simples un conducteur^ les esprits curieux ime Imniére, les heureux un censeur^ les infortunés un consolateur, la vieillesse un soutien, la jeunesse une règle, la pauvreté un bienfaiteur, la richesse un dispensateur des aumônes. 11 me semble que les veuves doivent célébrer leur protecteur, les pauvres Tami des pauvres, tous, enlin, celui qui se faisait tout à tous, afin de gagner toutes les âmes. »
« Uerois cet hommage d'une voix qui te fut chère, d'un homme ton égal en Age et en dignité. Si mes paroles approchent de ce qui t'est dû, c'est grâce à toi: c'est par confiance en ton secoure «lue j'ai entrepris cet éloge. Si je suis resté beaucoup audessous, pouvait-il m'airiver autre chose dans l'abattement où
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m'ont mis la vieillesse, les maladies et le regret de ta perte? Mais le Seigneur agrée ce que nous faisons selon notre pouvoir. Pour toi, regarde-nous du haut des cieux, âme heureuse et sainte * I »
Ces mêmes qualités se retrouvent, à des degrés diTcrs> dans tous les discours de Grégoire. Son éloquence est personnelle et pourtant très religieuse. Nui ne mêle plus volontiers ses souvenirs et ses impressions à tous les sujets qu'il traite : et alors même qu'il ne parle pas direc* fement de ce qui le touche, il ne s'en abstrait jamais d^une manière complète. Le méditatif qui était en lui avait pris Thabitude de la vie intérieure, de l'entretien avec soi-même, et les idées qu'il avait à exprimer sortaient de son âme toutes pleines de tout ce qui faisait sa personnalité. Mais, comme, en se repliant sur luimcmc. il y cherchait Dieu et l'y trouvait, c'étaient des impressions toutes religieuses qu'il en rapportait *. Voilà pourquoi les choses du dehors l'attirent médiocrement. Il est peu observateur des hommes en société, il ne peint guère leurs manières d'être, il ne fait pas do la satire morale; on cliercherait en vain, dans ses discours, ces tableaux de genre qui ont fait le sucoès d'autres prédicateurs. Sa psychologie est tirée de son expérience personnelle ; elle est simple et juste, plutôt solide que fine ou varice. En général, elle s'attache peu aux détails. 1/csprit de Grégoire se concentre sur quelques pensées qui lui suffisent et qu'il développe avec une abondance de textes, de raisonnements et d'images. La dialectique se mêle en lui au lyrisme. Il se complaît dans le dogme,
1. Grég. (le Naz., t. I, p. 372-73, Morel. Tradnction de Fialoji, Saint Basile, p. 283.
2. Disc. 29, Sur rimlitution des éveques, t. I, p. 486, Morel : Owfiàv ydtp jioi 5ox£Ï TO'.O'jTO otov |iv<Tavta -rà; ai<x6r,ffei;, ?Çw aapxb; xal x69|iou Tf£v<S(Xîvov, p.r,6£vb; tc7)v àv6pa)7c(vb)v i:po<Ta7rTÔ|Uvov ô ti |ir, -sÎTa .iviXYxr,, lavTw TcpoffXaXo-jvia xa\ to) 6sÔ), :;f,v uiiàp xà ôpwfjLeva, etc.
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qu'il sait traduire on formules simples et neuves, ou ordonner en déductions bien liées: mais il v met,, iii outre, do l'amour, de l'imafrination, quelquefois de la graee el de la grandeur. Dans rexhortalion chrétienne, il a une chaleur, mêlée d'onction, qui lui donne une forer singulière. Son imagination lui représente les cliusos dont il parle, surtout cellesde lafoi, de telle façon qu'elles deviennent comme présentes. Mais il excelle particulièrement dans le développement très larjre des thèmes les plus sinjples, où. sur un fond de pensées essentielles, surgissent des sentiments dont il varie les nuances à[>ro- . fusion sans se lasser. La péroraison de son Discours tfadieu, prononcé quand il quitta Constantinople, a élccil»e avec raison [)ar Villemain comme pleine « d'une émotion et d'une grâce infinie* ». tl'est un des plus beaux exenïples de ces épanchemcnls. à la fois lyriques el oratoires, où l'Ame de celui qui parle semble vouloir se donner tout entière.
Par le style, (irégoire diffère aussi de Basile^ tout on lui ressemblant. Ses expressions sont plus poétiques, sa phrase est plus ample el plus balancée. II donne plus à Timagination, il a plus de souci de la sonorité et de l'éclat. Les éléments essentiels sont pourtant les mêmes de part et d'autre, mais chez Grégoire les couleurs sont plus vives.
Au-dessous de ces A^nx grands noms, se place celui d'un des frères de liasile,, Grégoire de Xysse. Théologien plus qu'orateur ou écrivain, s'il a une importance notable dans l'histoire ecclésiastique, il n'en a qu'une beaucoup moindre dans l'histoire littéraire. Nous pouvons nous contenter, en ce qui le concerne, de quelques indications sommaires ^.