CHAPITRE VIII
LA FIN DE l'hellénisme
d'argadius a HÉRAGLIUS
BIBLIOORAPUIE
Les indications bibliographiques relatives aux auteurs très nombreuK de cette dernière période, ne pouvant être données que sommairement, seront mieux placées dans les notes au bas des pages.
SOMMAIRE
I. Gomment se manifeste à partir du v« siècle le déclin de Thellénisme. — II. Grammairiens. Lexicographes : Orion, les Elymologica, Hésychios d'Alexandrie. Scoliastes. Ghrestomathies et Florilèges : Stobéo. Gnomologes ; Parœmiographes. — III. La rhétorique. Aphthonios. Syrianos et Sopatros. L*école de Gaza : Ghorlkios. Suite et fin du roman sophistique : Achille Tatios, Ghariton. Genre
épistolaire : Aristénéte. — IV. La poésie. Poésie officielle. Éftop^l mythologique, Nonnos : les Dionysiaques. Poètes secoodairvi: Tryphiodore, Kyros, Colouthos, Musée; lin de recelé de Noniw. — V. Suite de la poésie. L'épigramme : Agathias de Myrinid les poètes de la cour de JustiDien. L'anthologie de CoDStaotà Képhalas et ses destinées. Recueil des poésies dites AnacréoBtiques. Les Oracles Sibyllins. — VI. L'historiographie profane. Caractères généraux. Zosime; historiens secondaires du t« siéfie. Historiens du vi* sièrle : Procope, Agathias, Ménandre. Cbros^ graphes. Érudition historique : Jean Laurentius. Les dermen géographes : Marcion, Agathcuière, Etienne de Byzance. —VU La philosophie au début du v* siècle : Hypatie, Olympiodore. L'École d'Athènes : Plutarque, Hiéroclés. Syrianos. Proclos: sa vie; ses écrits; son rùlc et son inlluence. Le Néoplatonisme tpra Proclos. Dainaskios et Siiiiplicius; Olympiodore le jeune; fin de la philosophie hellénique. Mathématiciens et médecins. — MIL Synésios de Cyrène. Sa vie ; son talent. Ses discours et ses lettres. -— IX. Littérature chrétienne. L'historiographie ecclésiastique « v« et au vi« siècle. Socrate, Sozoméne, Théodoret, Évagrius. Le» chronographes — X. L'éloquence et l'exégèse religieuses. Cyrilk d'Alexandrie ; Théodoret. — XI. Décadence de toutes les formes de la littérature grecque chrétienne. Commencements de la poésie rythmique. Le byzantinisme. Conclusion.
Xous sommes arrivés à la période extrême de Thellénisme. Les causes décisives de son déclin ont été indiquées au début du chapitre précédent. Plus on avance dans ces derniers siècles, plus leurs effets s'accusent. Dans un empire alfaibli et désorganisé, sans cesse menacé, souvent envahi par les barbares qui se pressent aux frontières, sans vie politique, sans visées sociales» les études libérales, qui n'ont plus de but, et qui d'ailleurs supposent 1 aisance, les loisirs et la tranquillité, vont se dépréciant de jour en jour. De plus, Torganisme ecclésiastique, avec ses préoccupations propres, tend à prévaloir dans la société sur Torganisinc civil. Que-
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relies théologiques^ conciles, excommunications et anathèmes, voilà désormais la grande affaire du monde. I^es esprits actifs, les caractères ambitieux et énergiques se jettent dans cette mêlée et s'y perdent. Au milieu de ces clameurs et de ces disputes subtiles, le sens du beau s'oblitère, le goût désintéressé du vrai disparait.
Vaine agitation d'un coté, retraite et mysticisme ascétique de Tautre. Ceux que rebute ce tunmlte se donnent au rêve, à la solitude. Païens, ils compulsent les vieux livres, ils les commentent, sans dessein précis, sans ambition intellectuelle, parce qu'on a fait ainsi avant eux, parce qu'il faut bien faire quelque chose, parce qu'ils y trouvent encore plaisir et repos d'esprit; quelques-uns, comme Proclos et les siens, continuent la méditation abstraite du néoplatonisme, qui ne mène à rien, qui n'ouvre pas d'horizons à la recherche, mais qui les rattache à un admirable passé et qui les console du présent. Chrétiens, ils se font moines, ils habitent par l'esprit et par le cœur dans une région surnaturelle, ils travaillent à l'anéantissement de ce qui est proprement humain.
L'hellénisme se réduit donc de jour en jour dans cette société, où il est supplanté par un christianisme éristique ou ascétique. L'exposé sommaire de cette lento extinction est le sujet do ce dernier chapitre. 11 nous sera permis, pour observer la proportion générale de notre composition, de passer ici très vite sur bien des choses. Nous ne dressons pas un répertoire de noms, nous essayons d'écrire une histoire.
Par suite aussi, nous ne nous sentons pas obligés d'aboutir à une date précise, ni de dire au juste en quelle annéeet à quel jour finit riiellénisme. En réalité, personne ne saurait dire quand finit dans l'humanité une certaine forme de culture intellectuelle et morale, ni même si elle finit absolument, ce qui en soi est peu vraisemblable. L'hellénisme a disparu peu à peu, s'il a disparu; mais
nous n'avons pas à le suivre ici dans les consciences iodividuellcs ; nous ne le considiTons que dans la littérature. 11 prend fin pour nous lorsqu'il cesse de produire do œuvres qui comptent. Or les œuvres où on le sent présent et agissant sont encore assez nombreuses au v* siècle, elles deviennent plus rares et plus médiocres au vi*. elles cessent vers le milieu du vu*. C'est donc sur ces \m siècles que nous avons à jeter un coup d'œîl, en nous arrêtant un peu plus au premier des trois et en nous contentant d'un simple aperçu pour les deux derniers'.
C'est par la philologie, sous ses diverses formes, que l'hellénisme déclinant se relie le plus expressément a l'hellénisme des grands siècles, puisque la philologie s'attache de propos délibéré aux grandes œuvres du passé pour les interpréter, les commenter et les juger. La faiblesse intellectuelle de ces derniers siècles s'y manifeste comme partout.
Nous ne citerons ici que pour mémoire les quelques hommes qui représentent alors la théorie grammaticale. Depuis Apollonios Dyscole et Hérodien, rien d'intéressant ne s'était fait en ce genre; la même stérilité caractérise les siècles dont nous nous occupons. Les quelques grammairiens de ce temps dont les œuvres sont venues jusqu'à nous-. Théodose d'Alexandrie (fin du iv* siècle), Georges Chœroboscos qui enseignait à Constan-
i. Sur la démarcation à établir entre la littératnre grecque propremcnt dite et la littérature byzantine» voir les réflexions très justes do Krumbacher, Gesch. d. byzantin, Litieratur, Introd., | 1.
2. Théodosc d'Alexandrie ; Commentaires sur la gramnHiir e de Dt' nys le Thrace {Theod. Alexand, Grammatica, éd. Gôttling, Leipzig*