‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 54 sur 605 · RHETORIQUE, HISTOIRE, ERUDITION, ETC · texte numérisé non relu

RHETORIQUE, HISTOIRE, ERUDITION, ETC

Sommaire.

Introduction. — I. L'éloquence et la rhétorique. Démétrios de Phalêre. Démocharès. Charisios. Hégésias de Magnésie. Hermagoras de Temnos. — II. L'histoire, â. Mémoires politiques et militaires : Fioléméa ; Pyrrhus; Aratos de Sicyone; Annibal. B. Recueils de matériaux: Cratéros ; Démétrios de Scepsis ; etc. G. Chroniques et annales : Ëuméne de Gardie et Diodote 4'Érythrée; Béton et Diognéte; Amyntas ; ouvrages analogues de Sosibios, Ëratosthéne, Douris, etc. Les Atthides : Androtion, Philochoros, Istros* Bérose et Manéthon. D. Biographies politiques : Idoménéi) de Lampsaque. E. Histoire de la civilisation : Dicéarque. F. lïistoire générale : cycle d'Alexandre (Aristobule, Gharés, Onésicrite, Callisthène, etc.); cycle des diadoques et de Pyrrhus (Ginéas, Proxéne, Nymphis, Hiéronyme de Gardie) ; cycle de Tltalie ; cycle de la Grèce et de la Sicile (Diyllos, Démocharès, Douris, Phylarque, Timée de Tauroménium). — III. La géographie. Descriptions et voyages : Néarque. Mégasthéne, Pythéas, Timosthèms Dicéarque, Agatharchos do Gnide, Polémon, Scymnos. Géographie mathématique : Ératosthéne. — IV. Histoire des Sciences. Héraclide du Pont, Ghaméléon, Gtésibios, Hermippos, Satyros, etc. ; Antigone de Garyste ; Sotion. — V. Philologie et grammaire. Zénodote. Gallimaque. Ératosthéne. Aristophane de Byzance. Aristarquede Samothrace.Gratés de Mallos. — VI.Tech- Qoiogie. Musique et rythmique : Arlstoxéne de Tarente. Mathématique et physique : Euclide, Aristarque de Samos, Archimôdo,

ApoUonios de Perga, Héron d'Alexandrie, Philon do Byzance. Médecine : Hérophile, Érasistrato. Histoire naturelle. — VII. La littérature semi-romanesque. Hécatée d'Abdére. Évhémére de Messine. Les Lettres apocryphes. Contes Milésiens. — VIII. Littérature gréco-judaïque. Les Septante, Aristobule. Pseudo-Orphée, Pseudo-Phocylide. Oracles sibyllins.

Si la philosophie grecque, durant les cent cinquante années qui suivent la mort d'Alexandre, fait encore assez bonne figure, il n'en est pas de même des autres genres en prose. Et la raison n'en est pas seulement dans ce fait accidentel que la plupart des œuvres ont péri. Elle est plus grave et plus profonde : elle est dans un ensemble de circonstances qui condamnaient ces œuvres à la médiocrité. Mettons à part les sciences matliématiques et physiques, qui comptent alors des recherches originales, mais qui sont en dehors de la littérature proprement dite. Dans tout le reste, le meilleur est de second ordre. On y trouve souvent une érudition curieuse et diligente, une certaine finesse de jugement, une louable indépendance d'esprit. Mais les qualités essentielles font défaut, et no pouvaient pas ne pas faire défaut. L'érudition, à cette date, est trop neuve encore pour être vraiment méthodique. L'éloquence n'a pas grand'chose à dire, et l'histoire ne sait plus ni la politique ni la guerre. Dans ces conditions, des hommes même bien doués no pouvaient créer des chefs-d'œuvre ; h plus forte raison la foule des médiocres qui, à cause de la diffusion générale de la culture, se tournent alors vers les lettres.

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L'éloquence est. de tous les genres, celui qui a le plus souffert de cet état de choses K Denys d'Halicarnasse, dans la préface de ses Jugements sur les orateurs anciens. dit que la mort d'Alexandre marque pour l'art oratoire le début d'une période de décadence lamentable et que c'est seulement la gravité romaine qui devait faire revivre le goût classique.

Au seuil de cette période, nous rencontrons un personnage que Quintilien appelle le dernier des orateurs atliques ^, mais qui est aussi le premier de la décadence, et qui d'ailleurs, par la variété de ses écrits, par son érudition, par sa philosophie, par sa vie elle-même et par ses mœurs, est un très curieux exemplaire de l'esprit du temps : c'est Démétrios de Phalère. On le range souvent parmi les philosophes; à vrai dire, il fut surtout un polygraphe; mais c'est peut-être comme orateur qu'il a eu le plus d'originalité. Do toute façon, personne ne relie mieux (|ue Démétrios do Phalère la philosophie aux autres formes de la littérature et n'ouvre plus, convenablement l'étude de ces genres divers en prose qu'il a tous pratiqués ^

1. Sur rcnsomble «io cette p/jriodo, cf. Blass, Die griechiscke Be- Ttdsamk. in dem Zeitraum von Aiex. bis Auff., B'irliii, 1865.

t. Quintilien, X, 1, 80.

3. Vie dans Diog. L., V, 75-85. Cf. Ostermann, De Demetrii Phalerei vita, rtbuft tjestis et scriptorum reliquiis, en deux parties. Hersfeld et Fulda, 1847-1857. — Les fragments de Démétrios sont réunis dans Mûller (Didot), Fragm,, Hi$t, graec, U II, et Fragm. Oral, graec, t. U. Cf. aussi, pour les fragments oratoires, Sauppe, Oratores gratci, append., p. 344-346, Fragments épistolaires dans Horcher (Di'iot), Epistotographi graeci.

Démétrios, du dème de Phalèrc, était fils de Phanostrate, ancien esclave de la famille de Conon, mais devenu citoyen, et riche sans doute; car le jeune Démétrios reçut une éducation soignée. Il suivit renseignement de Théophraste et se tourna vers la politique. Il fit ses débuts^ dit-on^ dans la vie politique, vers le temps de Tafiaire d'IIarpale (324) ^ Il avait sans doute alors de vingt-cinq à trente ans. Partisan de Phocion et ami de la Macédoine, il fut mêlé aux négociations qui suivirent la guerre Lamiaque (322 )'. Après la mort d*Antipater, en 319, le triomphe momentané du parti national, qui mit à mort Phocion, força Démétrios à chercher son salut dans la fuite; mais, dès Tannée suivante, l'intervention de Cassandre remit Athènes sous la main de la Macédoine. Démétrios fut alors choisi par les Athéniens et agréé par Cassandre en qualité de régent. Cette régence dura dix ans '. Durant ces dix années, Démétrios, avec des formes libérales, fut le maître de la cité, qui lui éleva trois cent soixante statues *. En 307, il fut renversé par Démétrios Poliorcète, et se retira à Thèbes, où il vécut une dizaine d'années. En 397, il se rendit en Egypte, auprès de Ptolémée Soter. Il y prit une grande influence et fut, dit-on, l'initiateur des projets relatifs à la fondation de la célèbre bibliothèque. Exilé par Ptolémée Philadelphe dans un des dèmes de l'Egypte, il y mourut, de la piqûre d'un serpent ^ vers 280.

Ses écrits étaient plus nombreux, dit Diogène, que ceux d'aucun autre Péripatéticien •. Ils étaient très variés. On y trouvait des dialogues philosophiques, des

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