‹ Histoire de la littérature grecque (volume 2)Chapitre 580 sur 605 · ÉLOQUENCE RELIGIEUSE ET EXÉGÈSE · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE RELIGIEUSE ET EXÉGÈSE

gèse^ créaient vraiment des genres nouveaux, ou portaient les anciens à leur perfection. Au v* siècle, les mieux doués ne font plus que continuer des traditions, que suivre des exemples ; ils n'ont plus et ne peuvent plus avoir ni le même essor ni la même originalité créatrice. D*ailleurs, la situation est moins favorable littérairement. Le paganisme n'a presque plus d'existence sociale, plus de force de résistance ouverte. Les discussions se resserrent entre orthodoxes et hérétiques. De plus, elles perdent en importance réelle, bien qu'elles excitent toujours les mêmes passions. La tendance rationaliste qui pcr<;ait encore sous l'Arianisme est définitivement vaincue. Il ne s'agit, dans le Nestorianisme ou l'Eutychianisme, que de vues théologiques particulières, qui, acceptées ou rejetées, ne peuvent changer le caractère essentiel de la croyance. L'enseignement même de la morale chrétienne n'a plus les mêmes stimulants ; car le christianisme élimine peu à peu de la vie sociale Tôlément païen, de telle sorte que la contradiction latente diminue chaque jour. Enfin, les thèmes d'enseignement moral sont constitués, comme aussi ceux de la dévotion. On n'a donc plus les mêmes eflbrts à faire, et, comme il arrive en pareil cas, dès que l'intelligence cesse de créer, elle s'aiïaibiit, en raison de ses ressources mêmes.

Deux noms seulenient surlent du commun au v® siècle, dans Téloquence, la polémique, ou l'exégèse religieuses: ce sont ceux de Théodorct et de Cyrille d'Alexandrie. Montrons brièvement ce qui fait leur supériorité ; nous grouperons ensuite autour d'eux tous ceux qui n'ont qu'une importance secondaire.

Cyrille naquit probablement à Alexandrie vers 380 ^

1. Nous n'avons pas i\v nolic».' sur Cyrille. Voir Photius, coJ.

Nous ne savons rien do précis sur sa famille ni sur sa jeunesse. En 404, nous le trouvons, en qualité de diacre, aux côtés de son oncle, le patriarche Théophile d'Alexandrie, qu'il accompagne à Constantinople : il l'assiste au conciliabule du Chêne, qui dépose Jean Chrysostoine. A la mort de Théophile, en 412, Cyrille lui succède comme patriarche d'Alexandrie,, après une élection qui semble avoir été violente. Socrate le représente comme dur et autoritaire; il l'accuse d'avoir trempé dans l'assassinat d*iiypatie en 415. Nous ne sommes plus en mesure ni de vérifier ses assertions, ni de les réfuter. La dureté de Théophile à l'égard de Chrysostome laisse au moins planer sur Cyrille, associé à lui. un soupçon d'intolérance. II ne consentit lui-même qu'en 417 à recevoir le nom de l'illustre banni dans les diptyques de son église.

Dans les quinze ou seize premières années de son patriarcat, il paraît surtout occupé à combattre les Novatiens, les Juifs et les Ariens. Puis, en 429, éclate la fl^rande dispute théologique duNestorianisme. Nestorios, patriarche de Constantinople, développant les enseignements de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste, afiirme qu'il y a en Jésus-Christ deux, personnes distinctes, Tune divine, l'autre humaine. Une partie des évoques d'Orient, notamment Théodoret et Jean d'Antiorhe, se rallient à son opinion. Cyrille se fait le défenseur ardent du sentiment contraire. Nestorios est condamné au concile de Rome, en 430, et Cyrille reçoit du pape Célestin mission de représenter l'orthodoxie au concile d'Kphèse, en 431. 11 y porte douze anathèmes. où il a formulé la doctrine à condamner, et il les y fait

49 et 169. Son rôle public est raconté par les historiens ecclésiastiques ; consulter aussi ses lettres. — J. Kopallik, CyriUuê von AUsan' firlen, biographie d'après les sources, Mayence, 1881. Voir Bardenhewer, Patro/., | 59.

sanctionner, malgré Topposition des amis de Xestorios. Ceux-ci résistent encore. Cyrille tantôt les presse d'arguments, tantôt négocie avec eux. En 433, il leur fait signer une formule d'union qui met fin officiellement au schisme. Malgré cela, il continue à combattre ce qui peut subsister de résistance avouée ou inavouée, consciente ou inconsciente. Son rôle en face du Xestorianisme est fort analogue à celui qu'Athanase avait tenu au siècle précédent en face de TArianisme ; avec cette grande dilférence, toutefois, que Cyrille, appuyé par l'autorité impériale, n'a point d'exils à redouter, point de persécutions à subir. Tout entier à sa tache, il la poursuit pendant dix ans encore après la réconciliation do 433, et meurt en 444, ayant occupé le siège épiscopal d'Alexandrie pendant trente-deux ans.

Ses écrits très nombreux, bien qu'aujourd'hui incomplets*, peuvent se répartir en trois groupes, selon la nature des sujets qu'ils traitent; i^ apologie générale de la religion chrétienne ; 2° discussion des opinions hétérodoxes, en particulier du Nestorianisme; S** exégèse, prédication et correspondance.

Le premier groupe est représenté pour nous par la Défeme du Christianisme contre Julien, que nous avons eu déjà l'occasion de mentionner. Cette défense comprenait trente livres, dix pour chacun de ceux qu'il réfutait. Nous n'avons plus que les dix premiers, correspondant à un seul livre de Julien. C'est une œuvre d'argumentation serrée, savante, toujours ingénieuse, alors même qu'elle élude l'attaque, et loyale en ce sens qu'elle n'affaiblit pas les objections pour en triompher. Son plus grand tort logique est de recourir sans scrupule

1. La seule édition comprenant toutes les œuvres est oncoro celle (lu chî»noino Aubert, 7 vol. in-folio, Paris, 1038. EUe a été complétée par A. Mai et reproduite avec ces compléments dans la Patrol, grecque de Migne, t. LXVIII-LXXVII.

Hist. de la Litt. grecque. — T. V. G7

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