‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 100 sur 467 · I -— t jl «-^ <;* ir · texte numérisé non relu

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163 GHAPITHli III. — POÉSIE ÉLÉGIAQUE

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THÉOGNIB 153

qu'il n'ôte pas aux buveurs toute leur raison. Si les vens adressés àSimonide sont de lui, comme c'est probable, jamais poète n'a chanté avec plus de grâce Ti vresse décente d'un buveur homme d esprit ^ — Ce qui rappelle pourtant, ici encore, le misanthrope et le pessimiste, c'est la facilité avec laquelle l'idée de la mort s'associe chez lui aux peintures de la joie et de la jeunesse. Il parle volontiers de la mort, presque toujours avec une vigueur d'expression à la fois triviale et éloquente.

Je me joue dans la douceur de ma jeunesse; car longtemps ensuite sous la terre, quand j'aurai perdu la vie, je resterai couché comme une pierre sans voix, loin de Taimable lumière du soleil; et alors, quoique bon, je ne verrai plus rien '.

Jouis de ta jeunesse, ô mon âmel Bientôt vivront d'autres hommes, et moi, étant mort, je ne serai plus qu'un peu de terre noire 3.

Mon désir, ce n'est pas d'être couché après ma mort sur un lit royal; c'est pendant ma vie que je veux du bonheur. Quand on est mort, une natte, pour s'y coucher, vaut un tapis; qu'importe alors que le lit soit dur ou moelleux *?

On saisit dans ces passages l'une des qualités du style do Théognis, celte sorte de réalisme vigoureux qui est tout à fait original. Je ne parle pas de son dialecte qui est à peu près celui de tous les élcgiaques \ Mais son style proprement dit est très personnel. Les purs ornements poétiques sont rares chez Théognis; le fond de sa langue

2. V. 567-570. Des éditeurs, bien entendu, n'ont pas manqué d'attribuer ces vers àMimnerme. Pourtant leôxrts XtOoc «ïÔoyto? et le iaXoç itov sonnent bien comme du Théognis. Mais il est convenu qu'on donne à Mimnerme tous les vers où il est question de la jeunesse.

4. v. 1191-1194. Le texte du dernier vers est altéré. Je lis (sans ôlre sûr de la yraie leçon) : Tî ÇvXov ei axXr.pbv yi^yexaii ^ (i«>«x6v;

5. Sauf quelques mots doriens (Xf,;, (Aro(r6a() et peut-être çà et là des formes comme (S(ji(jitv et àfipie (pour i^(aTv et rifiaç) ; encore ces dernières soQt-oUes douteuses.

est simple, tout voisin du vocabulaire de la prose; il a moins de formules homériques que les élégiaques antérieurs; il y a dans son style très peu de cette ima<i:ination brillante et sereine qui n'est que le jeu d'une fantaisie d'artiste; mais on y trouve beaucoup de cette imagination forte que la passion met en branle, et qui se rencontre par exemple chez un grand orateur véhément, chez un Démosthène. Sa langue, essentiellement vraie, manifeste avec justesse et avec force tous les mouvements de la pensée. JîUe est brève, nette, exacte, quand il s'agit de formuler un précepte ou une vérité morale; énergique jusqu'à la violence dans la passion; capable aussi de grâce et de délicatesse ; serrée dans la dialectique, et toujours d'une saveur pénétrante, parce qu'elle traduit une pensée très réfléchie et très intense, même dans l'expression des idées générales. A cause du caractère sentencieux de cette poésie, la phrase s'y limite peut-être plus souvent que chez les élégiaques antérieurs à la mesure exacte du distique; pourtant, dès que la pensée cesse d'être une maxime, elle excède sans scrupule le pentamètre et déborde : elle se répand alors de distique en distique avec une liberté d'allure qui témoigne d'un art encore ancien; ni les Alexandrins ni plus tard les Romains, leurs disciples, ne garderont ce laisseraller. La versification même, quoi qu'en dise Athénée \ ne paraît pas être chez Théognis beaucoup plus rigoureuse que chez un Mimnerme ou un Solon : les abréviations par l'hiatus, les césures à toutes les places, les coupes très libres du vers y abondent; tout cela n'est pas d'une métrique méticuleuse et moderne; la vieille liberté de la poésie chantée s'y montre à chaque instant. Dans l'ensemble, une élégie de Théognis, à en juger par les fragments, devait être quelque chose de vif et de ro-

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