‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 101 sur 467 · Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

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buste; dans les longs morceaux, les idées s'enchaînaient ivec aisance; les maximes alternaient avec le raisonnement; sur un fond ferme et sobre, se détachaient çà et là un mot expressif, une image vigoureuse ou délicate, un cri de passion éloquent.

Théognis avait conscience d'être un artiste. Il le disait dans ses vers à Kyrnos, et il écrivait lui-même son nom dans le prologue pour qu'on ne fût pas tenté de les lui dérober K Dans une autre pii'ce, il promet la gloire à son ami et il le lui dit en beaux vers :

Je t'ai donné des ailes pour voler sur la mer immense et sur toute la terre, mollement soulevé; dans toutes les fAtes, dans tous les banquets, tu seras présent, volant sur les lèvres des hommes; avec la flûte aiguë, dans les aimables festins*, la jeunesse lechanterad'uno voix belle et harmonieuse. Et quand tu seras descendu dans les retraites sombres de la terre, sous la demeure lamentable d'Adès, même alors la mort n'éteiïidra pas ta renommée; mais toujours présent au souvenir des hommes, gardant un nom immortel, ô Kyrnos, tu pnrcourras et la Grèce et les îles, à travers les flots inféconds de la mer poissonneuse, non porté sur les flancs des coursiers, mais conduit par les illustres présents des Muses à la couronne de violettes. Partout où l'art des chants, même dans les siècles à venir, sera honoré, tu vivras, aussi longtemps que dureront la terre et le soleil 3.

On ne peut quitter Théognis sur un plus fier, plus poétique et plus pénétrant adieu.

Phocylide de Milet, dont la vie est d'ailleurs tout à fait

2. Je lis avec Bergk : èv xw{jloi; èpaToï;. Welcker lisait : evx6(r(A(i>; ipoLXoi.

3. V. 237-252. C'ost après ces vers que Théognis ajoutait un dernier trait qui est un roprocho, et qui, par l'admirahle mouvement de tout le morcoau, prend un relief saisissant : « Et de toi, pourtant, je ne puis obtenir môme un pou d'honneur; tes paroles me trompent comme si j'étais un petit enfant. »

inconnue, a laissé quelques vers et un souvenir durable. Son nom est souvent associé à celui de Théognis par les anciens. Tous deux, selon Suidas S étaient contemporains. Tous deux avaient composé des vers où la Grèce trouvait condensée, en formules faciles à retenir, une riche substance morale. Il y a pourtant entre eux une différence essentielle. Théognis avait composé des élégies proprement dites, c'est-à-dire des poèmes d'une certaine étendue qui se chantaient avec un accompagnement musical, Phocylide au contraire n'avait pas composé de poèmes véritables. 11 s'était borné à enfermer des observations morales et des préceptes dans des vers ou dans des distiques détachés : très rarement sa pensée avait eu besoin de plus de trois vers ^. J'ai dit que Théognis n'était pas du tout un Pibrac grec; Phocylide, au contraire, en est un, et nulle comparaison ne peut mieux le définir. C'est un versificateur plus qu'un poète. Beaucoup de ses maximes s'exprimaient en un distique élégiaque, et par là il mérite d'avoir sa place dans le chapitre; mais il avait usé aussi volontiers de l'hexamètre, et les vers qui nous restent de lui sont presque tous des hexamètres. Par une préoccupation assez singulière, il avait mis son nom en tète de chacune de ses sentences; elles commençaient presque toutes par ces mots : Kal toSs 4>a)x\jX{Se<o. Cela semble indiquer un vif souci de la gloire littéraire; mais, d'autre part, ce n'est guère là un procédé de poète et d'artiste; ce malheureux hémistiche, très monotone, resserre encore la place laissée à l'idée morale, et celle-ci, enfermée presque toujours en un vers et demi, ne peut guère se prêter qu'à un seul genre de mérite littéraire, la brièveté précise qui grave la formule dans le souvenir. Evidemment de pareils vers n'ont jamais été chantés, quoi-

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