Fragm
entrer ici dans une discussion qui ne saurait être que minutieuse et longue \ ce qu'il est du moins permis d'affirmer, c'est que les pièces dont rauthenticité est tout à fait certaine ou très vraisemblable sont en nombre suffi- Bant pour que Ion puisse se faire une idée nette de leur auteur. Le nombre même des pièces attribuées à Simonide prouve la réputation de ses épigrammes ; il est intéressant de chercher à voir ce qui, aux yeux des Grecs du commencement du v® siècle, constituait la perfection d^une épigramme.
Quand on parcourt un recueil d'épigrammes grecques, on est frappé de la difficulté qu'offrait souvent au poète la nature des indications qu'il avait à faire entrer dans ses vers. Je ne parle pas seulement des noms rebelles au mètre et avec lesquels on rusait comme on pouvait '. Mais il y avait des dates, des chiffres, des faits même qu'il fallait rappeler et qui étaient prosaïques par nature. En pareil cas, le poète se faisait quelquefois un jeu de la difficulté et s'amusait à être d'autant plus précis que cela semblait plus malaisé ; on ne peut donner par la traduction aucune idée de ce genre d'épigrammes, qui sont plutôt d'ailleurs des curiosités de versification que des chefs-d'œuvre de poésie ^ Mais d'ordinaire le poète y mettait plus de simplicité : il subissait bravement la loi
1. Je me borne à renvoyer sur ce point à la discussion de Bergk contre Junghahn et Kaibel, dans ses Poelœ /yrici graeci, t. III, p. 4i7-448 (4« éd.).
2. Simonide lui-môme avait coupé en doux le nom d'Aristogilon pour le faire entrer dans un distique (fragm. 131). Une inscription métrique d'Olympia (Rœhl, Inscr, gr, anliquiss., 41) nous montre, à propos de deux noms, des licences encore plus surprenantes : deux o> sont considérés comme brefs.
3. Par exemple cette épigramme attribuée à Simonide (fragm. 153) :
'Iff6t&ia xa\ IIuBoT Aïoçûv 6 ^iXcdvoc èvUa, âXt&a, ico$(i>xetT)v, $ivxov, àxovra, icocXt^v.
Cf. fragm. 154, 168, 199.
L'ÉPiaRAMMB 165
du gonre, et ne visait à être ni plus spirituel ui plus poétique que le sujet ne l'y obligeait : beaucoup d'épigramines votives en particulier n'ont d'autre mérite que celui de l'exactitude et de la simplicité, môme parmi celles qui sont attribuées à Simonide ^ ; sa gloire ne vient pas de là. Plusieurs, au contraire» sont vraiment belles, à des degrés différents.
Quelques-unes sont surtout élégantes par l'ingénieuse justesse de la pensée, par l'équilibre aisé de la phrase :
Souhaite que tes dons, ô Kytôn, plaisent au dieu fils de LétOy roi de l'Agora aux be.iux chœurs, autant que les habitants de Coriûthe et ses hôtes te louent de la gloire dont tu couronnes la cité '.
D'autres s'élèvent plus haut. L'épitaphe de la fille d'Hippias, Archédiké, enferme en deux distiques, avec les indications généalogiques nécessaires, à la fois brèves et magnifiques, un éloge moral délicat sur lequel s'arrête la pensée ; elle est d'ailleurs à peu près intraduisible, à cause de l'inversion du premier vers, qu'on ne peut ni négliger sans affaiblir l'effet ni reproduire littéralement sans offenser la langue française; c'est dans l'original qu'il faut suivre les élégantes sinuosités de cette phrase précise et pleine :
'Ittttîou *Ap;^e<ytxuv ^^e xéxsuOe xôviç • ïi no^rpà^ X8 x«i àv^pàç OL^ik^êôv x^ outra, rupoéwcav iraî(^&)y t\ ovx rjpOin voûv cç àrao^aXîijv 3.
En voici le mot à mot :
Née d'un homme qui fut le premier de PHellas en son temps,