Phyllis de Délos, dans Athénée, XIV, p. 636, B
4. Aristoxéne les considérait comme d'origine étrangère. Cf. Athénée, IV, p. 182, F.
rapidement, seinble-t-il, que pour l'élégie. En ce qui concerne celle-ci, ce n*est guère qu'avec Phocylide qu'on trouve des vers élégiaques certainement destinés à la simple récitation. Pour la poésie iambique, cette transformation s'accomplit presque aussitôt après Ârchiloque, au moins partiellement : parmi les vers de Simonide d'Àmorgos, beaucoup n'ont certainement jamais été ni chantés ni même déclamés musicalement.
La poésie iambique présente, parmi les autres formes de la poésie grecque, un caractère assez particulier : c'est d'avoir été, à ce qu'il semble, le bien propre d'une seule des trois grandes races qui se partagent la littérature avant la suprématie de Tatticisme. Tandis que l'élégie et toutes les autres branches du lyrisme, sans parler de l'épopée, ont été cultivées, quelque fût leur lieu d'origine, au moins par deux de ces races grecques sinon par toutes les trois, l'iambe au contraire ne fleurit que chez les Ioniens : en dehors de l'Ionie, Athènes seule, à notre connaissance, a produit des poètes iambiques proprement dits (car les poètes dramatiques, même quand ils se sont servis de l'iambe, ne sont pas de véritables poètes iambiques) : or, Athènes elle-même est étroitement apparentée à rionie. Il est difficile d'expliquer d'une manière satisfaisante ce fait singulier, qu'on a peine pourtant à considérer comme dû simplement au hasard '. Au reste, il est à noter que Tiambe, destiné à tenir une si grande place dans la littérature sous la l'orme dramatique, n'a qu'une histoire assez courte comme genre distinct : après avoir
1. A moins que celto absence de poètes iambiques doriens ne soit surtout l'elTet des ravages du temps. Epicharme, dans un fragment de son Aoyo; xai Aoyiwa;, désigne un certain Aristoxène comme étant son prédécesseur. Il e^t probable que cet Aristoxène avait fait quelque chose comme des comédies en vers iambiques; mais cette comédie primitive imitait sans doute d'assez près les railleries des mystères éleusiniens, et peut-être ressemblait-elle plus à la poésie d' Archiloque qu'à celle d'Ëpicharme lai-môme.
176 CHAPITRE IV. — POÉSIE lAMBIQUE
atteint d'emblée à la perfection grâce au génie d'Archiloque, il décline presque aussitôt, et il ne remonte qu'une fois, avec Solon, jusqu'aux sommets de Tart, avant le moment où le drame s'en empare et le transforme.
Inventée en lonie, cultivée surtout par des Ioniens, la poésie iambique ne pouvait parler d'autre dialecte que celui de son pays d'origine. Le dialecte ionien des poètes iambiques n'est d'ailleurs ni celui d'Homère ni celui d'Hérodote : c'est un langage intermédiaire, plus strict et plus voisin de la prose que le premier, plus bref et plus énergique que le second, et en somme assez voisin du langage attique : ce qui est d'accord avec cette affirmation des grammairiens grecs que l'ancien dialecte attique était peu différent de l'ionien du même tetnps. L'imitation d'Homère y est d'ailleurs sensible, comme dans toute la poésie grecque.
Pour le style, l'iambe prend tous les tons, depuis la familiarité souriante jusqu'à l'éloquence indignée, depuis la moquerie la plus grossière jusqu'à la Gertc la plus noble. Avant tout, il est libre, sincère, personnel. Tantôt le poète appelle les choses par leur nom, sans reculer devant le terme propre, peignant la réalité telle qu'elle est, ou telle que la passion la lui montre, avec les mots du langage journalier; tantôt la hardiesse de son vocabulaire est extrême. Nulle part, le génie propre de l'écrivain ne se montre plus à découvert, en dehors de toute tradition, dans sa vérité naïve et spontanée. Aucun genre ne soutient moins peut-être un poète médiocre; aucun ne permet davantage à un artiste de déployer au gré de son humeur ou de sa fantaisie la richesse de sa verve. C'est pour cela sans doute qu'il y a tant d'inégalité entre les différents noms que nous présente l'histoire de la poésie iambique.
ARGHILOQUE 177
Le premier par ordre de date est celui d'Archiloque *. C'était aussi le premier en mérite, sans comparaison. Il y a peu de pertes plus regrettables, dans le grand naufrage de l'antiquité, que celui des poèmes d'Archiloque. On le mettait à côté d'Bomère : Héraclide avait fait un ouvrage intitulé Homère et Archiloque '; ce qu'était, dans Tordre de la poésie grave et idéale, ou, comme disait Âristotei de la « tragédie », l'auteur de VIliade, c'est-àdire le modèle incomparable et inimitable, Archiloque Tétait à sa fagon pour la poésie qui se moque et qui flagelle, pour le rire sonore et sain de la comédie : il avait la grâce et la force, l'éclat et le mordant, l'ampleur et la légèreté. Quintilien dit de lui : « Son style est d'une vigueur admirable ; sa phrase est robuste, brève, vibrante; il est tout sang et tout nerfs; par son génie, il n'avait peut-être pas de supérieurs ; s'il en a, c'est la faute des sujets qu'il a traités ^ » De toute cette poésie si vantée, nous n'avons plus que des fragments, et le plus long ne dépasse pas dix vers. La plus grande part de son génie évidemment nous échappe ; et cependant le peu qui reste suffit à nous faire comprendre le jugement de Tantiquité : parmi ces fragments si courts, quelquesuns sont de vrais joyaux ; on devine ce que pouvait être
!• Sar Archiloque, cf. Welcker, Archilochos (dans le t. I de ses Kieine Schriften) ; Deuticke, Archilocho Pario quid in Grmci* litUrit Ht iribuendum, Berlin, 1877 (progr.).