Fragm
4. Il y a quelques doutes, peu importants, sur la manière exacte d'écrire ces deux vers. Je donne le texte de Bergk.
5. Schol.f Pind. Olymp., X, i; Schol. Aristoph., Oiseaux^ 1764, et Acham., 1230.
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tes expliquent assez sottement cette particularité en racontant qu'Archiloque avait été forcé d'imaginer ce refrain faute d'un cithariste qui pût l'accompagner : il est clair que le poète, en inventant son célèbre T-ryùXoL (si souvent cité depuis), agissait dans sa pleine liberté d'artiste et ne se bornait pas à réparer un accident imprévu. Pindare insiste d'une manière remarquable sur l'éclat sonore de ce chant. Il y avait évidemment là un effet qui nous échappe en partie; mais on peut deviner la pensée du poète: il avait trouvé dans quelque chant populaire le modèle de celte espèce de ira la la; il en avait goûté la saveur originale, la franchise et Téclat ; avec sa hardiesse ordinaire, il l'introduisit dans la musique savante et dans la littérature. La tentative fut heureuse, en ce sens du moins que Tœuvre même, si elle ne suscita pas beaucoup d'imitations, resta classique, puisqu'elle était encore chantée couramment au temps de Pindare et d'Aristophane.
Mais le grand titre de gloire d'Aristophane, c'étaient "' ses iainbes, d'abord sous les deux formes principales du ' trimètre iambique et du létramètre trochaïque, ensuite associés avec d'autres mètres dans les épodes. Otfried Mûller suppose que ces poèmes ont dû être récités d'abord dans les fèlcs de Dcméter, à la faveur des libertés qu'autorisaient certaines parties de ce culte. L'hypothèse est peu probable. Que l'origine de l'iambe doive être cherchée là, c'est ce que nous avons dit plus haut; mais les iambes d'Archiloque ont un caractère trop personnel, et d'ailleurs sa vie fut trop ballottée de côté et d'autre pour qu on puisse supposer qu'il resta fidèle à ce premier emploi du genre iambique. Son originalité fut justement sans doute de tirer l'iambe du sanctuaire, comme firent pour l'élégie les Calliiios et les Tyrtée, et d'en déployer les ressources en tous sens. Il est probable que beaucoup de ses poèmes iambiques furent récités et chantés dans
iS8 CHAPITRE IV. — POÉSIE lAMBIQUE
des festins. Toute sa vie se déroulait dans ses vers au jour le joilr. Il touchait à tout et à tous avec une liberté de paroles, une verve, une abondance d'idées et d'images, une force de style admirables.
Le danger auquel s'exposent les satiriques, c'est d*6tre tendus oX monotones; le rire, quand il devient affaire de métier , tourne facilement à la grimace. Archiloque échappe sans peine à ce péril : le rire, chez lui, n*a jamais rien d'une manie ou d'une prétention; il est avant tout naturel; on sent qu'il jaillit d une âme sincère, et capable d'ailleurs de no pas rire toujours. Archiloque, dans ses iamhes, prend tous les tons. S'il descend parfois jusqu'à Tobscénité la plus impudente, il s'élève aussi jusqu'à l'expression des plus nobles idées morales; il est tour à tour véhément, gracieux, ironique; il blesse à mort ou il égratigne; il est terrible et charmant. La variété de ses procédés est inépuisable : il met en scène ses personnages et les fait parler * ; il en interpelle d'autres; il cache sa pensée sous un apologue ^, ou bien il la crie sur les toits. Mais surtout il est un admirable écrivain. Nous avons déjà parlé du style de ses élégies : celui des iambes est analogue, avec plus de liberté encore et une diversité de ton plus marquée. Il a le mot vif, net, expressif, et la phrase ailée. Point de périphrases, point de noblesse épique, sauf en quelques endroits où la pensée s*élève : presque toujours, c'est le style prompt et mordant de la conversation la plus familière et la plus spirituelle. On dirait de l'Aristophane ^ Il est bien remarquable que, sur tant de fragments simu-
1. Fragm. 25 et 74; dans Aristote, Rhéi., III, 17, p. 1418, b.
2. Le Renard et TAigle, fragm. 86 ; le Singe et le Renard, fragm. 89.
3. Aussi les rapsodes de la période attique continuaient-ils encore à réciter les vers d'Arohiloque aux applaudissements du public (Platon, /o/i, p. 531, À).
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tilésy si misérablement pulvérisés, et dont les trois quarts sont cités par les anciens non pour leur beauté, mais pour une particularité quelconque de grammaire, de métrique ou d'histoire, il y en ait si peu qui soient tout à fait insignifiants. Par malheur, si Ton peut traduire une idée, il est difficile de traduire un style très délicat.
Trois ou quatre fragments se rapportent à la beauté de la fille de Lycambès, Néobulé, et Timage de la jeune fille nous apparaît dans sa grâce ionienne un peu molle et sensuelle :
fille aimait à se parer d'une branche de myrte ou d'une belie fleur de rosier, et sa chevelure ombrageait ses épaules et son dos<.
Les cheveux et le sein parfumés, elle eût donné de l'amour à un vieillard *.
Est-ce Néobulé encore dont il est question dans ces vers charmants :
La grande force de l'amour dont son cœur était plein répandit sur ses yeux un brouillard épais et déroba le sentiment à sa poitrine délicate 3.
A maintes reprises, Archiloque exprime sa douleur amoureuse avec une éloquence poignante.
Misérable, consumé de désir, je suis sans vie ; la cruauté des dieux me perce d'atroces douleurs jusque dans la moelle de mes os *.
Le désir, 6 ami, me dévore et me dompte ^