‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 135 sur 467 · Plutarque, Dé Bim,, c. XXVIII. Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

Plutarque, Dé Bim,, c. XXVIII. Cf. plus haut, p

nie elle-môme n'y arrive qu'avec Anacréon. Il y a certainement dans ce fait autre chose qu'un hasard. La gravité dorienne s'accommodait mal de cette poésie légère et passionnée. Quant à l'Ionie, elle avait eu de bonne heure riambe et l'élégie, qui lui suffisaient : sous ces deux formes, elle avait exprimé des sentiments analogues à ceux de la chanson, mais avec une nuance ou de généralité philosophique ou de raillerie maligne qui allait bien à la nature de son esprit; quand elle se servit à son tour de la chanson, ce fut pour y porter un ton de badinage élégant et mondain qui tenait sans doute en partie aux circonstances ainsi qu'au génie propre d'Ânacréon, mais où le caractère ionien n'est pas sans avoir laissé sa trace. Il était naturel que l'ode amoureuse arriv&t pour la première fois à la perfection dans cette tle éolienne de Lesbos, célèbre par ses citharèdes, étrangère à Tiambe et à Télégie, et dont la population, moins longuement civilisée que celle de l'Ionie, était à la fois plus ardente et plus naïvement sensuelle. Après les poètes de Lesbos et Anacréon, l'ode légère subit une longue éclipse : sauf le scolie, toujours cultivé (mais avec des transformations notables), ce genre de poésie lyrique ne produit plus d'œuvres marquantes. Ce n'est pas sans doute que la Grèce ait cessé de chanter le plaisir; mais trop d'autres genres littéraires, mieux appropriés à une civilisation plus complexe et plus agissante, attiraient alors les esprits. A défaut de la naïveté lesbienne, il fallut, pour remettre en honneur cette forme de poésie, la curiosité savante et les studieux loisirs d'Alexandrie, en attendant que l'art des Romains s'essay&t à la faire revivre en langue latine.

Les caractères techniques qui distinguaient l'ode légère des autres formes du lyrisme sont faciles à déterminer.

D*abordy à la différence de l'élégie et de Tiambe» cotte

AGGOMPAQNEMENT MUSICAL 203

Dde est véritablement chantée, dans toute la force du terme ^ L'instrument qui accompagne la voix du chanteur est d'ordinaire le barbitos, dont on attribuait l'invention tantôt à Alcéo', tantôt à Terpandre', ce qui veut dire que c'était Tinstrument national des Éoliens de Lesbos *. Anacréon, à qui l'on en rapportait aussi quelquefois l'invention S l'avait simplement emprunté à ses maîtres, les Lcsbiens. Il est encore souvent question de la magadis et de la peclis de Lesbos. On discutait déjà dans l'antiquité sur la nature exacte de ces instruments, qui semblent être tombés d'assez bonne heure dans Toubli . D'après le témoignage autorisé d'Âristoxène, ces deux noms désignaient une seule et môme chose ^ C'était un instrument à cordes dont on jouait sans plectre, avec la main ^ Le barbitos, au contraire, se jouait avec un plectre. Mais le barbitos et la pectis (ou magadis) étaient évidemment très semblables. Suivant Pindare S la pectis était d'origine lydienne , et c'est en l'entendant résonner dans les banquets des Lydiens que Terpandre inventa le barbitos. 11 est plus que probable que les mots pectis^ magadis et barbitos se prenaient poétiquement l'un pour l'autre, comme ceux de cithare, de phorminx et de lyre, et que lorsqu'un de ces noms apparaît dans les fragments des poètes lesbiens, c'est toujours du barbitos qu'il est question •. —

\ . Sur la chanson ôolienne, ôtudiée au point de vue musical et technique, cf. Gevaert, op. cit,, t. II, 2* p., p. 393-404.

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