‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 15 sur 467 · Gevaôrt, t. I, p · texte numérisé non relu

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être la plus grave do Tun des trois modes nouveaux. Do telle sorte que chaque octave comprenait deux modes complémentaires Tun do l'aulrc, pour ainsi dire : un mode ancien et un mode nouveau. Par exemple, dans le tétracorde dorien primitif, la note la plus aiguë (dont les Grecs faisaient la tonique) était le /a; ce la forma la note la plus grave de l'un des nouveaux modes, le mode éollen, qui s'appelait aussi, pour cette raison, hypodorien *. Le modo phrygien fut complété d'une manière aaaloguo par le mode hypophrygion ou ionien, et le mode lydien par Thypolydien '.

Ce qui associe ensemble dans le lyrisme la poésie, la musique, et parfois la danse, ce qui est Tamo pour ainsi dire de ce corps formé d'une triple matière, c'est lo rythme. Qu'est-ce donc que le rythme, et à quelles lois était-il soumis dans le lyrisme grec?

Les Grecs déCnissaient lo rythme une suite régulière de temps ^ Les temps du rythme, rigoureusement mesurés, se distinguaient les uns des autres, pour les Grecs comme pour nous, par des oppositions, par l'intensité plus ou moins grande des mouvements ou des sons qui correspondaient à chacun d'eux : c'étaient comme des alternatives de lumière et d'ombre. Le temps /or^ s'appelait

1. Nous dirions plutôt hyperdorien, mais nous devons nous rappeler que les Grecs appelaient hautes les notes que nous considérons comme basses, et réciproquement. Les modes étant entre eux dans le rapport que nous venons d'indiquer, on comprend pourquoi Platon n'appelle jamais le mode éolien que dorien {Hep., m, p. 399 A; Lâchés, p. 188 D; etc.)i et pourquoi Pindare appelle lyre dorienne la lyre sur laquelle il chante dans le mode éolien (Olymp. i, 18 et 105). Cf. Aristote» Polit., vin, 7, où la môme confusion est faite.

2. Voy. Gevaôrt, t. I, p. 150 et suiv. — Aristote {Polit., iv, 3), cite et parait approuver Topinion de certains musiciens qui n'admettaient que deux modes fondamentaux, le dorien et le phr>'gien.

3. Xp6vti)v TK^i; àçwpKTjiévr, (Aristox., Fr. Hhylhm., p. 272, éd. Morelli). — Le mot fu6|i6ç (do fiw), exprime proprement le courant régulier, l'écoulement des temps successifs. — Sur les rythmes grecs, ▼oy. (jevaërt, t. II, l'« partie.

80 CHAPITRE ir — ORIGINES DU LYRISME

en grec Osgi; et le temps faible ap^i; *, parce que le pied du musicien batlaul la mesure s'abaissait sur l'un et s'élevait sur l'autre %

La mesure du rythme se marquait ordinairement avec force. Il y avait à cet égard une différence assez notable entre les habitudes des Grecs et les nôtres. Ce qu'on appelle aujourd'hui mélodie contintie était tout à fait étranger à leurs habitudes. Il y a de nos jours des œuvres musicales très savantes et très belles dans lesquelles le rythme n'est guère, pour ainsi dire, qu'un cadre abstrait où le génie du musicien répand librement des mélodies souples et ondoyantes. La Grèce antique n'avait que des rythmes nets et bien marqués, des rythmes de danse> comme on dit maintenant. Non seulement la mesure se marquait avec netteté, mais encore le pied du musicien était parfois armé d'un brodequin de bois destiné à frapper le sol avec bruit sur chaque temps fort. Une suite alternante de temps forts et de temps faibles formait le rythme.

Chacune de ces oppositions forme comme un couple indissoluble qui est la véritable unité, la véritable m^^</r^ du rythme. Ce couple, fait d un temps fort et d'un temps faible, s'appelle un pied. Tous les pieds d'un même rythme sont égaux entre eux.

• On distinguait plusieurs sortes de pieds rythmiques, et par conséquent plusieurs sortes de rythmes. Les dif-

1. Les métricioDS latins, et à leur exemple la plupart des modernes, intervertissent le sons des deux mots avsis et ihesis. Je les prends, ainsi que Ta faitWostphal, dans leur antique acception grecque. — Aristoxèno, au lieu du mot Oé(Tt;, emploie pâo-i;, ô xaro) *xf>6vo;, et il appelle quelquefois ràpdi;, par une locution analogue, ô àvw -/P'Svo;.

2. C'est ce que les Latins app( laient scawicre. Quant au rythme, ils l'appellent ordinairement numerits (nombre). C'est le rythme, en effet, qui rend sensible dans la durée le nombre et la mesure, d'où résulte la beauté. Aristotc déjà disait avec précision (Hhét.t III, 8, 3) : ToO «T/r,{xaTo; tr,; /é^a); àpiO(io; pvÔ(io; àattv...

férences qui séparaient les pieds rythmiques les uns des autres résultaient soit de leur grandeur totale, soit du rapport de grandeur de leurs deux parties, soit de la place relative occupée par ces parties, soit enfin de la vitesse avec laquelle on les exécutait.

La grandeur d'un pied se déterminait par son rapport avec Tunité de temps. Il est inutile d'y insister.

Une différence beaucoup plus importante est celle qui résultait du rapport entre la durée du temps fort et celle du temps faible. On peut dire que c'est là, pour les Grecs, la différence fondamentale, celle qui a le plus d'influence sur l'effet du rythme, sur son caractère sensible et expressif.

Ce rapport * pouvait être : ou un rapport d'égalité, ou un rapport du double au simple, ou enfin un rapport sescuple {ratio sescuplex), c'est-à-dire égal au rapport de 1 V2 à 1» (ou, ce qui revient au même, de 3 à 2 -). Ces trois rapports, les seuls qui parussent à l'oreille des Grecs agréables et faciles à saisir, étaient les seuls par conséquent qui fussent considérés comme rythmiques ^ Ils donnaient naissance à trois genres de pieds, qu'on appelail le genre dactylique, le genre iambique et le genre péonique, parce que le dactyle, Tiambe et le péon étaient les pieds les plus usités de chacune de ces trois catégories. Dans le genre dactylique, le temps fort et le temps

i. Aoyoç.

2. Aoyoç îo-oç, X6yo; StTcXâdio;, Xôyo; rjfjiioXio;. — Je ne parle pas du rapport triple (3 ; i) ni du rapport épHrite[k : 3), assez souvent mentionnés, mais qui n'étaient pas des rapports rythmiques proprement dits. Ou ne formait pas avec ces rapports des ryllimes suivis (o-jvexrjç py6{ioT:oiîa). Ils n'étaient les uns et les autres que des accidents, des combinaisons plus apparentes que r/'elles résultant de la poOjxoTto-.ia, c'est-à-dire de la forme concrète et sensible du rythme, et qu'une analyse plus méthodique aurait fait évanouir. — Je ne parle pas non plus i\o l'àXoyîa, qui me semble être ^ peu près dans le même cas.

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