De V arrangement des mots, c
timido et, pour ainsi dire^ négative : elle n exclut pas les extrêmes; elle les unit harmonieusement; elle est à la fois gracieuse et forte, naïve et savante, spirituelle et passionnée, mais tout cela Gnement, légèrement, sans appuyer sur les détails, qui sont entraînés dans un mouvement facile et doux.
Finissons par une traduction, celle de Tode même que cite Denys à Tappui de son jugement, et qui est certainement en effet, par la grâce spirituelle du tour, par le mélange de fmesse et de naïveté, par la sobriété harmonieuse de la composition, un parfait exemple de Télégance do Sappho :
Déesse au trône éclatant, immortelle Aphrodite, fille do Zeus, habile aux ruses, ne laisse pas, je t'en prie, 6 déesse, mon cœur succomber sous les calamités et les souffrances.
Viens ici, comme cette autre fois déjà où, docile à mon appel, tu quittas les parois d'or de ton père et descendis vers moi :
A ton char étaient attelés de beaux passereaux rapides, et au-dessus de la terre obscure leurs ailes battaient Tair à coups pressés, t'en traînant du ciel à travers l'espace éthéré;
Ils arrivèrent aussitôt. Et toi, ô bienheureuse, souriant de tes lèvres immortelles, tu me demandas ce que j'avais, et pourquoi je t'appelais.
Et quels vœux formait mon cœur en délire : « Qui souhaitestu de persuader? Qui veux-tu gagner à ton amour? Qui te fait souffrir, ma Sappho?
Celle qui te fuit, bientôt te cherchera; elle refuse tes présents, elle t'en donnera; si elle ne t*aime pas, elle t'aimera bientôt, môme malgré elle K »
Viens donc aujourd'hui encore; tire- moi de mes durs soucis; accomplis les souhaits de mon cœur et accours toimômo à mon aide 2.
A côté de Sappho, les anciens citaient quelquefois les
i. Je lis xcoûx êOIXoi<ra, avec Bergk, et non xoiCix ê6éXot<rav. 2. Fragm. i.
noms d*Erinna et de Damophyla, dont ils faisaient ses élèves et ses amies. — On racontait qu'En nna ^ était morte à dix-neuf ans, après avoir composé des chansons à Timitation de Sappho ^, des épigrammcs, et surtout un poème intitulé La Quenouille^ « en trois cents vers dignes d'Homère. » Le peu qui nous en reste ne nous permet plus d'apprécier le mérite littéraire du poème; nous en ignorons môme le sujet; tout au plus peut-on conjecturer, d'après un vers de l'Anthologie, qu'elle se représentait comme obligée de Piler la laine malgré elle, par crainte de sa mère, et qu'elle prenait sa quenouille pour conGdente de ses rêves poétiques. Mais on voit encore, par les fragments, que le poème était écrit dans un dialecte semi-dorien. Cela semble indiquer qu'Erinna, dont on fait quelquefois une Lesbienne, était plutôt née, comme on le disait aussi, à Télos, pelite ile dorienno voisine de Rhodes. Il faut en outre noter qne la tradition qui la met en relation avec Sappho n'est nullement certaine. Eusèbe la fait vivre au iv® siècle : celte sorte do petit poème épique en miniature, de trois cents vers seulement, semble en effet mieux convenir à une époque peu ancienne \ Il est fort possible que la tradition qui fait d'elle une élève do Sappho soit née seulement de l'habitude d'établir entre les œuvres de ces deux femmes des comparaisons analogues à celle qu'on trouve dans l'épigrammo de TAnthologie. — Quant à Damophyla, c'était, dit-on, une Pamphyliennc, à laquelle on attribuait des chansons amoureuses et des hymnes *.