Proclus (ap. Phnt.), Chreslum
SUCCESSION CHRONOLOGIQUE DES GENRES 4b
table, simple chanson à Lcsbos, devient chez Pindare un hymne clioral à grand apparat ; que le dithyrambe, après avoir enfanté la tragédie, a subi à son tour Tinllucncc dii genre sorti de lui, et est devenu dramatique sans se confondre avec la tragédie proprement dite. Il ne faut donc pas s'attacher avec trop de rigueur à des classifications qui, s'appliquant à des choses vivantes, ne peuvent jamais correspondre avec une exactitude absolue à la réalité. Mais, à prendre les choses d'un peu haut, elles sont assez exactes pour guider l'esprit et Torienter.
L'histoire du lyrisme grec, c'est Thistoire de l'avénement successif de ces divers genres, jusque-là populaires et anonymes, au grand jour de la perfection littéraire, et le récit des modifications graduelles qui les mènent ensuite, à travers des tâtonnements et des péripéties, jusqu'à ce vif éclat final qui précède de peu le déclin.
L'ordre à suivre dans cette étude ne saurait être ni purement chronologique ni exclusivement fondé sur la distinction des genres. C'est la chronologie qui doit en faire le fond, mais avec quelque liberté qui ajoute à la clarté de l'exposition sans altérer les rapports vrais des choses.
La poésie religieuse monodique est la première qui sorte de l'obscurité indistincte des créations populaires ou tout à fait archaniues pour mettre en lumière des noms et des œuvres. Le nome s'organise d'abord. Torpandre, Clonas, Olympos, d'autres encore, sont les principaux de ces vieux musiciens-poètes à qui la Grèce du v^ et du !V® siècle rapportait les plus anciennes œuvres lyriques qu'elle eût conservées. Ils sont fort mal connus. On ne trouve guère à recueillir sur leur compte que des traditions dont beaucoup sont vagues ou contradictoires. Quelques-uns peut-être ne sont que des noms, des personnages mythiques. L'œuvre de cette première période, plus musicale que poétique, et exclusivement religieuse,
n'en a pas moins exercé une grande influence sur toul ce qui a suivi. C'est par elle qu'il faut commencer.
Après ces débuts, si Ton ne regardait qu'à l'affinité do l'inspiration et à l'influence directe des talents les uns sur les autres, il serait peut-être naturel de passer à l'histoire de la grande poésie d'apparat. Mais la poésie personnelle doit d'abord attirer nos regards, pour deux raisons : elle arrive plutôt à la perfection, et elle se fixe presque d'emblée dans ses traits définitifs. Tandis que la grande poésie épidictique va sans cesse se développant et s'enrichissant, l'élégie, Tiambe, la chanson amoureuse atteignent presque du premier coup une forme parfaite et ne se modifient plus que selon la diversité accidentelle des génies individuels, mais non par suite d'une évolution intime et continue du genre lui-même. Nous étudierons donc, aussitôt après la période archaïque du nome, d'abord l'élégie, puis l'iambe, puis l'ode amoureuse et légère, en rattachant à chacun de ces chapitres tous les noms qui, depuis le vu'* siècle jusqu'au début du v«, méritent en chaque genre do retenir l'attention.
Nous reviendrons alors aux débuts de la poésie épidictique proprement dite, presque toute chorale, mais si variée, si libre d'allure, si brillante, et qui, de Thalétas à Àlcman, d'Alcman à Stésichore, deStésichore à Pindare, suit une voie de progrès ininterrompu. Ces quatre noms marquent les phases principales de cette histoire. La première est celle des débuts encore obscurs et surtout religieux; la seconde, celle des premières œuvres durables; la troisième, celle de la maturité commençante; la quatrième enfin, celle de la perfection la plus haute à laquelle la poésie lyrique grecque se soit élevée : elle brille surtout dans lencomion, et spécialement dans l'épinicie, où s'unissent à la fois tout l'éclat d'un art en pleine possession de ses ressources et la hauteur de génie des plus grands poètes.