Athénée, XIV, p. 619, D; fragm. 43 de Stésichore
mariage;; dédaignée» par Évalhlos^ elle se précipitait du roeher de Leuca^ç. Rhadinéf aimée d*ua tyran de Co^ rinthe, lui avait, été livrée; son cousin, qui laimait aussi, >^nait la chercher à Gorinlho, mais le tyran les faisait périr l'un et l'autre et renvoyait leurs cadavres à Samos, leur patrie; puis, pris de repentir, il les faisait revenir pour leur donner la sépulture. Ce sont là, comme on le voit, de véritables romans d'amour, du genre do ceux qui firent plus tard, sous la forme prosaïque, les délices de la Grèce. Slésicliore les avait racontés sous la forme lyri-* que. Pour le fond, ces poèmes étaient assez différents des hymnes héroïques. S'ensuit-il qu'il faille y voir fiutre chose que des hymnes? Ce n'est pas certain. Le poète qui avait eu l'idée de transporter dans l'hymne. l'épopée héroïque avait peut-être fait un pas de plus et placé dans le même cadre une sorte d'épopée romanesque et familière*: c'était son Odijssée après son Iliade. Les anciens qui parlent de ces poèmes les appellent simplement des chants, des odes. Si ce n'étaient pas des hynines (en un sens, nouveau et plus large de ce terme), on ne voit guère à quel aulrc des genres classiques et définis cette sorte de récits pouvait mieux convenir. Les titres de ces ouvrageç, formés d'un nom propre comme pour r^feVène, le; Kyaios ouïe Cerbère, conduisent à la mêmç conclusion. Athénée dit que le poème de Kalycé était chanté par des femmes. Nous ne savons pas à quelle occasion : ^e dénouement funeste semble exclure l'idée de toute fête relative à un mariage; mais on peut imaginer plus d'une , circonstance (peut-être quelque fête d'Aphrodite) où ce genre de récit eût été de mise. Quant à la source de ces récits, elle était sans doute dans la tradition orale. Pour l'histoire do Daphnis, qui appartient à la mythologie locale et populaire, c'est de toute évidence. Pour les au treà, c'est très vraisemblable : les aventures de Rhadiné et de Kalycé ont l'air de ces vieux contes qui se
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répètent do bouche en bouche, mais qui risquent de disparaître sans laisser de tracer, si quelque artiste rie les ipcciicille et ûe les rend immortels *. — .Quelle que soit, au point de vue d'une classification rigoureujsé, là place exacte de ces chants lyriqueâ daj)s l'ensemble des poëmecr de Stésichore, on voit qu'ils complètent d'une manière intéressante l'idée que nous devons nous îaîfè de son génie. Ciétait un amateur do beaux récits, un curieux dé légendes ^e toute sorte. Il né s*én tient pas aux mythes' héroïques : il aime à se rapprocher -dé là vie quotidienne et familière. Les sentiments tendres, les souffrances d'amour ont pour lui un vif attrait^. Jene^sais-si Athénée avait raison de dire qu'il était de nature très amoureuse ' : en tous cas, il fut le premier après Alcmao à donner droit de cité dans le lyrisme chôral.à de longs» récits fondés sur ce thème. . . î
La gloire de Stésichore fut grande. Le vers de Simonide cité plus haut, où son nom est mis à côté de celui d'Ho-: mère, suffirait à le prouver. Athènes le lut beaucoup ; des morcQaux de ses poèmes étaient chantés dans lesrepa& en guise de scolies ^; Euripide s'inspirait de ses récits ^^ et Ari$tophanc le parodiait*; Polygnotc, dans ses pointures de la Lesché, reproduisait des scènes do la prise d'Ilion ^ Enfin, jusque dans la décadence de l'antiquité, la
i. Comparer dans Alhén^ {loc. cit.), Thistoire d*ÊriphanÔ8 et de Ménalque, et le poème pastoral oCi Ëriphanès chantait ses douleurs. Ce poème était sans doute une chanson populaire fort ancienne et anonyme; comme on n'en savait pas Tauteur* on l'attribuait à ËrjLphanès lui>iïiôme. -
2. M. Sittl (p. 306) remarque justement que* sur les douze titrfes* d'hymnes héroïques, quatre rappellent des noms de femmes et des histoires d'amour (Europie, Eriphyle, Hélène^ Skylla), *
3. Athénée, XIII, p. 601, A ; Ou (jieTpta); èpcoTixb; Yev^piîvoc.