KoLxvjxotl, Cf. fragm
la plus importante, la plus nouvc, la plus célèbre à tous égards de son œuvre était certainement le groupe des chants de victoire, des thrènes, des encaniia de toute sorte. C'est aussi celle à laquelle appartiennent les fragments les plus considérables. Dans les poèmes de ce genre, Simonide n'a pas seulement mis en œuvre des procédés inventés par d'autres, il a été vraiment créateur. Ceci demande quelques explications.
Vencomion est proprement le chant du comos, c'està-dire de cette partie finale du repas où les convives, rassasiés, se mettent à boire du vin, à causer et à chanter. L'étymologie du mot, par conséquent, n'indique que le temps et le lieu où Tencomion s'exécutait : elle n'en dit pas le caractère essentiel : ce caractère consistait à célébrer l'hôte qui donnait le repas. Par extension, le nom d'encomion fut appliqué à tous les chants qui célébraient ainsi un homme, en quelque circonstance qu'ils fussent exécutés, et cette appellation générique s'opposa au mot hijmne^ réservé de préférence (mais non d'une manière absolue) aux chants destinés à célébrer les dieux. Tel est le sens du mot encomion dans l'usage ordinaire des écrivains classiques. C'est à certains poèmes de Simonide que ce nom est pour la première fois appliqué, et Simonide passe en conséquence pour l'inventeur du genre. Mais il est aisé de comprendre comment cette invention se rattache aux genres antérieurs. L'encomion sort de l'hymne : c'est un hymne d'actions de grâces adressé à une divinité à l'occasion de quelque événement heureux arrivé à l'hôle; la partie élogieuse et humaine, suivant une loi commune à tous les genres du lyrisme grec, no tarda pas à y prendre la première place. Déjà l'hymne amoureux d'Ibycos offrait un exemple frappant de cette déviation. L'encomion est quelque chose d'analogue, avec plus de variété dans le fond et d'ampleur dans la forme. Les circonstanccs*extérieures fawrisaicnt
le dévcloppomont de co genre nouveau. Vers la (in du vi® siècle^ il y eut en Grèce un accroissement do richesses qui amena non plus seulement les tyrans de Thessalie ou de Sicile, mais souvent aussi de simples particuliers opulents, à suivre l'exemple de ces fôtes lyriques brillantes inaugurées dans les générations précédentes par les Périandro et les Clisthène. Avec Tencomion proprement dit apparaissent Vépinicie ou ode triomphale, qui célèbre les victoires remportées dans les grands jeux publics de la Grèce, et le thrène, sorte d'ornison funèbre lyrique, rattachée par son nom au vieil usage populaire de pleurer les morts, mais dont la composition musicale et le caractère littéraire font bien plutôt songer à Tart savant de l'hymne élogieux qu'aux lamentations des pleureuses homériques. En réalité le thrène et Tépinicie no sont que des variétés de l'encomion proprement dit. Comme lui, ils furent cultivés par Simonide et portés par lui à la perfection.
Le premier trait de tous ces genres est cet emploi brillant du mythe qui, depuis Stésichore, est de règle dans le lyrisme d'apparat. Enchaîner la légende et la réalité, partir du fait présent qui est l'occasion du poème lyrique et remonter bien vite jusqu'à la région héroïque et divine où se meuvent dans leur éternelle jeunesse les belles images chères à la poésie, agrandir et prolonger, pour ainsi dire, l'humain par le divin, l'éphémère par co qui ne vieillit ni ne meurt jamais, c'est la loi do tout le lyrisme d'apparat, et en particulier de l'encomion. Cette loi est déjà appliquée par Simonide. Les fragments en sont la preuve, et l'anecdote légendaire de sa préservation par les Dioscures sufGrait à le démontrer. On coonait la légende : Simonide, dans une ode en l'honneur des Scopades, avait chanté les Dioscures, disait-on, plus que les. Scopades eux-mêmes. Ceux-ci, en conséquence, ne voulurent pas payer le poète : c'était aux Dioscures à s'ae-
quitter. Los Dioscurcs s'acquittèrent on le préservant de la mort qui atteig^nit peu après les Scopadcs, écrasés sous la chute de leur maison. L'anecdote, quel que soit le fond de réalité qui ait pu lui donner naissance, est évidemment une invention récente en ce qui concerne au moins la querelle faite par les Scopadcs à Simonide : au commencement du v* siècle, il n'y avait pas un Grec qui ne dût trouver fort naturel que les Dioscures eussent la première place dans un poème lyrique consacré à celui que leur protection avait rendu victorieux. Il ne faut donc retenir de ce récit que la confirmation mémo de ce fait que Simonide, dans ses éloges, usait des mythes très largement.
Suivant quelles règles en usait-il ? Avec quel art savait-il choisir, dans le trésor des mythes nationaux, ceux qui se rapportaient le plus directement soit à l'occasion de son poème, soit à la famille de son héros, soit à ridée générale qu'il avait prise pour thème de ses développements lyriques? Comment s'y prenait-il pour laisser subsister, à travers la variété qui résultait de cette association de la réalité et du mythe, l'unité fondamentale do sujet et d'impression qui est la loi de tout Tart grec et, on peut le dire, de tout art vraiment digne de ce nom ? On voit clairement, par l'exemple de Pindare, qu'il y avait de certaines sources marquées d'avance et comme consacrées, où le poète devait puiser : les mythes de la famille, ceux de la cité, ceux des dieux qui avaient présidé à la fortune du héros ou qui lui avaient servi de modèle, voilà le fonds oii le poète devait chercher ses matériaux: c'était une loi (Oecji-oi;) suivant Pindare, de les prendre là. Il n'est pas douteux que cette loi, établie par la force même des choses et par les convenances nécessaires du sujet, ne remont&t jusqu'à Simonide, le premier représentant illustre du genre; sur ce point, nulle hésitation. Mais il y avait bien des manières de faire ces
emprunts traditionnels; on pouvait les rattacher d'une manière plus ou moins étroite, plus ou moins habile et souple, à ridée même qui faisait Tunité du poème lyrique. C'est là une question d*art au premier chef; de là résultait en partie la beauté de la composition. Malheureusement, en ce qui concerne Simonide, la question est insoluble; dans l'état de mutilation où les poèmes nous sont parvenus, toute cette partie do son art nous échappe \ Quand nous en serons à Pindaro, le problème se présentera dans des conditions toutes différentes et il sera possible de le résoudre; pour Simonide, nous ne pouvons que l'indiquer. Les seules choses qui apparaissent encore avec une sorte de clarté dans les fragments, c'est, d'une part, l'esprit même de sa poésie et le caractère fondamental de sa pensée; de l'autre, les traits les plus généraux de son style.
Simonide était un homme de réflexion et de pénétrante observation morale. Il avait beaucoup vu les hommes et beaucoup pensé. Un certain nombre de ses apophthegroes étaient célèbres ^ Il y avait assurément dans ses vers bien plus de philosophie que ciiez les Stésichore et les Ibycos : on sentait en lui l'héritier des grands élégiaqucs; poète élégiaque lui-même, il avait pris, dans la pratique de ce genre de poésie, le goût de penser souvent par sentences ; ses fragments lyriques sont remplis de maximes générales ^ On voit par les dialogues de Platon que les poèmes de Simonide étaient de ceux où les esprits cultivés d*Athènes aimaient à chercher la formule déGnitivede la sagesse usuelle :on citait Simonide, dans une
1. Dans le fragm. 46. il s'agit, semble-t-U, do la liberté avec laqaelle la Muse du poète recueille les mythes pour les enchâsser dans ses poèmes : la portée exacte de celte indication reste naturellement fort incertaine.