INTRODUCTION
des nomes ; mais Terpandre, joueur de cithare et poète, compose des nomes citliarédiques, c'est-à-dire chantés avec accompagnement de cithare; Clonas et Olympes sont des flûtistes : l'un compose surtout des nomes aulédiqucs, c'est-à-dire où la flûte soutient la voix d'un chanteur; l'autre des nomes aulétiques, c'est-à-dire pour la flûte seule. Tous trois vivent à peu près en même temps. Ensemble, ils personnifient la révolution qui, vers la fin du VI !!• siècle et le début du vu®, amène le nome, sous ses trois formes principales, à la vie littéraire et artistique. Il est clair que toute cette histoire est en partie légendaire et que l'imagination grecque, ici comme partout, a introduit dans le tableau du passé plus de simplicité, plus de symétrie et plus de netteté que la réalité n'en comportait; trois ou quatre noms résument une foule de faits. Pour l'historien moderne, il s'agit de démêler ce que résument ces noms, dont la signification est en partie symbolique, même quand ils se rapportent à des personnages réels. C'est là une étude difficile et obscure. Les faits positifs sont rares et les œuvres manquent. Il ne reste que des traditions douteuses, des combinaisons édifiées par les anciens eux-mêmes sur des fondements parfois fragiles, el des systèmes qui se contredisent. Au milieu de tant de confusions et d'incertitudes, on ne peut viser qu'à présenter un tableau d'ensemble où les grandes lignes ne s'écartent pas trop de la réalité probable, mais il serait tout à fait vain de chercher une précision que la nature même du problème rend impossible à atteindre et qui, suivant une profonde remarque de l'historien Ephore, serait, en des matières si antiques, une marque d'erreur plutôt que de vérité *.
1. En dehors des chapitres très étendus consacres au lyrisme dans les histoires générales soit de la littérature grecque (Bernhardy, O. MiiUer, Bergk, Sittl, etc.)* soit de la poésie grecque (Ulrici, Bode), on pourra consulter deux travaux d'ensemble sur le lyrisme : celui
El (rabt-rcJ, quest-cc que le nome?
Le uorne (v6[i.o;) tirait son nom, suivant l'opinion la plus généralement adoptée dans Tantiquilé, de la régularité de sa structure : « Dans chaque nome, en effet, dit Fauteur du De Musica S on gardait jusqu'au bout le même rythme; do là vient le nom du genre. » Cette explication est encore celle qui prévaut aujourd'hui. Elle n'en vaut pas mieux pour cela. Ce n'est probablement qu'une interprétation arbitraire et fausse du mot v6[jlo; *. A Tépoque où ce terme fut mis en usage, la régularité rythmique et mélodique n'était évidemment pas une exception et ne pouvait être la marque distinçtive d'un genre^ Ensuite vooo;, pendant fort longtemps, a plutôt signiOé coutume que loi. On pourrait être tenté de croire que ce nom servit Ji désigner l'hymne accoutumé, traditionnel, par où s'ouvrait la cérémonie du sacrifice. Mais il est probable que le sens du mot est plus vague encore et plus général, et qu'on entendait simplement par v6(i.oç, à l'origine, une « manière de chanter », un air *. Le
de M. Flach, Geschichte (fer Griech. Lyrik (Tiibingen, 1884), ouvrage i^avanl et personnel, avec trop de hardiesse à imaginer ; et la consciencieuse étude de M. Nageot te, //w/oir<? de la poésie lyrique grecque ^ 2 voL.Oarnier, 1888-1889.
\. l*iut., de Mus., c. 6. Cf. Proclus, Chrcstom., 14 (dans Photius, Bibli'ïUi., p. 319) ; Suidas, v. N6|io;.
2. Citons pour mémoire une autre opinion rapportée par Proclus {ibid. 13) d'après laquelle le nome tirerait son nom d'Apollon N(S|iio;; et aussi la fantaisie étymologique qu'on trouve dans les Problèmes d'Aristote (XIX, 28) : ôti wp\v èuîo-TadOai Ypd(|i|jLaTa r,5ov xoù; v6|jLoy;
3. Westphal (t. II, p. 211) dit que ce nom de v6|io; adù venir de la forme régulière qui distinguait cet hymne poétique et musical du langage ordinaire et familier. L'explication ainsi amendée est plus acceptable, mais elle est encore plus que douteuse.
4. N/j|xo; me parait être un mot dont le sens a subi des altérations analogues à celles du mot grec Tp6iroct « manière d'être » et « mode