‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 3 sur 467 · FORMES PRIMITIVES ET POPULAIRES · texte numérisé non relu

FORMES PRIMITIVES ET POPULAIRES

devait assurément beaucoup, par la perpétuité des idées morales, par Temploi même des mythes et par l'imitation de certaines formes ; mais, tout compte fait, les différences aussi étaient frappantes et son caractère original est évident.

Ces nouveautés sont en partie inventées alors, mais en partie seulement. Les genres littéraires vraiment vivants oe naissent guère tout d un coup, armés de toutes pièces. La Grèce fit alors pour le lyrisme ce qu'elle n'a cessé de faire pour tous les genres depuis Tépopée d'Homère jusqu'à l'idylle de Théocrite : elle puisa dans le trésor des inspirations populaires, de l'art anonyme, plus spontané que réfléchi ; là, elle trouva le lyrisme déjà organisé, mais à l'état embryonnaire, pour ainsi dire. Elle le cultiva, le fit profiter des progrès de. l'épopée, l'enrichit par des greffes successives, et lui donna une vigueur, un éclat, une beauté qu'il n'avait pas encore; si bien qu'il devint, pendant deux siècles, la grande voix poétique de la pensée grecque et l'image brillante de toute cette période.

La poésie chantée, sous les formes les plus diverses, a certainement existé en Grèce de toute antiquité. 11 n'est même pas douteux que la race grecque, lorsqu'elle se détacha du rameau ethnique auquel elle appartenait, n'ait apporté dans son nouveau pays des chants traditionnels antérieurs à la séparation. D'autres chants ont pu et dû lui venir de ses voisins par importation. Mais surtout il est évident que la race elle-même, à la juger par ce que nous voyons d'elle dans les temps historiques, n'a pu manquer d'avoir de bonne heure une aptitude et un goût marqués pour les manifestations musicales et rythmées de ses sentiments.

Dans l'école de Platon et dans celle d'Aristote, on avait essayé de raconter l'histoire des progrès et de la décadence de la musique grecque. Mais les auteurs de

14 CHAPITRE 1". — ORIGINES Dïl LYRISME

ces recherches, dit Plutarque, ne s'accordaient pas entre eux ^ Quelques-uns faisaient remonter l'invention do la musique à Apollon. C'était ne pas dire grand'chosc. D'autres, essayant d'être plus précis, mettaient en avant les noms d'Amphion, d'Orphée, de Linos, de Musa308, d'Eumolpos, d'Olen, d'autres encore. Ces noms mythiques sont obscurs et vagues. Nous avons essayé précédemment' de dégager la part de vérité historique qui se cache sous les légendes attribuées à ces personnages : il y a là le souvenir confus d'une poésie religieuse primitive, issue d'origines diverses, mais toujours attachée aux sanctuaires, aux cérémonies du culte, et qui a produit des hvmnes.

On a vu ' par quelles transformations ces hymnes aboutirent peu à peu à des chants narratifs dont l'épopée devait sortir. Mais un genre littéraire peut donner naissance à un autre genre sans épuiser pour cela sa vitalité propre. C'est ainsi que plus tard le dithyrambe, même après avoir donné naissance à la tragédie, continua de vivre d'une vie distincte : seulement, par un effet imprévu, il subit à son tour Tinfluence du genre qu'il avait créé, et devint de plus en plus dramatique. Il arriva quelque chose de semblable aux hymnes. Après que l'épopée s'en fut détachée, ils continuèrent d'exister comme un genre à part; mais l'épopée réagit sur eux, et les hymnes dits homériques sont des hynmes évidemment fort différents de ceux qu'on avait pu chanter à Delphes ou à Délos avant la formation de Y Iliade et de VOdyssée. Cette forme primitive des hymnes ne disparut pas d'ailleurs pour cela tout entière. On chantait encore à Délos, au temps d'Hérodote, dos hymnes fort anciens attribués

1. Plutarquo, ou plutôt Taulour inconnu du De Musica placô sous son nom (c. m, p. 1131 F).

Page 1