Ion, p. 536, B
8. MoUach, Fragmenta phitosophorum gnecorum, 1 1, p. 156 (Didot).
MUSÉE — LINOS — ORPHÉE 451
coup plus complètement; mais il y a tout d'abord à leur sujet une distinction capitale à établir. Tandis que les poèmes apocryphes de Musée remontent tous assez haut, le recueil des poèmes orphiques, au contraire, n*a pas cessé de s'accroître durant des siècles, à cause de la persistance de la secte, qui a duré jusque vers les premiers temps du christianisme. Aussi le recueil, dans son ensemble, présente-t-il des œuvres de provenance et d'époque très différentes. Uapparence en est fort disparate: les unes forment des poèmes qui semblent à peu près intacts ; les autres sont réduites à l'état de fragments. L'intérêt d'ailleurs en est fort inégal. Les poèmes intacts (Hymnes ou Épopées) sont malheureusement les moins intéressants : ce sont des œuvres de très basse époque, où quelques vers plus anciens peuvent seulement avoir été enchâssés *. Les fragments ont parfois plus de valeur, quand ils sont cités par des écrivains de quelque autorité ^. Mais il y a toujours quelque doute, et chacun d'eux a besoin d*être examiné de près \ Au point de vue littéraire d'ailleurs, il n'y a pas lieu de s'y arrêter, car les seuls qu'on puisse rapporter avec certitude à une époque un peu reculée sont de valeur médiocre.
A côté d'Orphée lui-même, à qui l'opinion populaire
1. Les poèmes dits orphiques ont été publiés par Q. Hermann {Orphica, Leipzig, 1805).
2. Les fragments ont été recueillis par Lobeck, Aglaophamus, Kœ* nigsberg, 1829 (livre II) ; puis, de nouveau^ plus amplement, par Mullach, dans les Fragmenta philosophorum grœcoruniy t. I, p. 166 et sulv. (1860, Bibl. Didot), et enfin, plus complètement encore, par Àbel, Orphica et Pvocli hymnos, etc., 1885.
3. Parmi ces fragments orphiques, deux sont rapportés par Platon {Cratyle, p. 402, B, et Philèbe, p. 66, G) ; cela suffit pour établir l'existence au v« siècle d'un recueil orphique, mais non pour permettre do distinguer ce qui, dans nos fragments, appartenait à ce recueil et ce qui était de date*plus récente. Sur toutes ces questions, cf. Otto Gruppe, ouvrage cité, p. 553-558 et 612-675. Cf. aussi 0, Kern, De Or^ phei, Epunenidis, Pherecydit Theogoniis, Berlin, 1888.
attribuait en bloc tous les écrits dits orphiques S des critiques plus érudits ou plus précis distinguaient d'autres personnages auxquels ils donnaient une certaine part soit dans la rédaction, soit dans la publication des ouvrages généralement attribués à Orphée. Un mot seulement sur ces collaborateurs do l'Orphisme.
Le plus connu est Onomacrite d'Athènes. On sait qu'il fui le principal auteur de la rédaction des poèmes homériques ordonnée par Pisislrate ^ Au temps d'Hipparque, il fut chargé d'opérer un travail analogue sur les œuvres attribuées à Musée. ITérodote raconte comment T^sos d'ITermioné le surprit à introduire un oracle apocryphe parmi ceux qu'on prêtait à Tantique chresmologue et comment cette découverte le fit exiler d'Athènes. Il se réfugia en conséquence à la cour du roi de Perse. Un peu plus tard, il y retrouva les Pisisiralides, chassés à leur tour d^Atliènes, se réconcilia avec eux, et, à leur instigation, continua son métier de chresmologue peu scrupuleux en mettant sous les yeux du Grand-Roi des prophéties qui devaient le décider à jeter un pont sur la mer pour envahir la Grèce : quant aux prophéties défavorables, il les passait sous silence '. On ne sait quand il mourut.
Onomacrite se livra sans doute, sur les poésies orphiques, à un travail de collection et d'arrangement analogue à celui qu'il avait fait pour Homère et pour Musée. On le considérait parfois dans l'antiquité comme l'auteur de plusieurs poèmes du recueil ; on lui attribuait notamment les Oracles et les Initiations ^. Il semble aussi résulter d'un passage de Pausanias qu'on le regardait
i. C'est ainsi que Thucydide attribue à Homère tous les écrits ho« mériques, et notamment THymne à Apollon.