LES SEPT SAGES
série complète, essayer de remonter par là jusqu'au passé le plus loiataia (dùt-on pour cela recourir aux apocryphes), c'est déjà presque un souci d'historien.
Deux autres signes, vers le début du vi® siècle, annoncent Tâge de la prose : c'est d'abord la renommée des Sept Sages, ensuite celle d'Ésope.
Les Sept Sages, sur la désignation desquels on s'accordait d'ailleurs assez mal, sont des personnages fort différents les uns des autres à beaucoup d'égards : les quatre premiers, en effet, qui se trouvent sur toutes les listes, sont Thaïes, Bias, Pittacos et Solon ; mais ils ont un trait commun : c'est d'avoir été, aux yeux de la Grèce, d'excellents maîtres de la vie pratique, des hommes à l'esprit clair et judicieux qui ont laissé de côté les histoires merveilleuses des héros pour tourner toute leur attention vers le bon emploi de l'heure présente. Il y eut dans l'antiquité toute une légende des Sept Sages. On avait fini par se les représenter non seulement comme des contemporains, mais comme une sorte de confrérie libre, d'Académie amicale, dont les membres se voyaient et se réunissaient de temps à autre ^ Delphes en particulier les recevait volontiers. On leur attribuait une foule de proverbes, de maximes, de préceptes moraux, comme le célèbre rvôOi aeaurov ou le non moins fameux MyiSèv ayav 2. A quelle date s'est formée cette légende ? Elle a dû, à vrai dire, se compléter et se modifier continuellement. Mais, déjà au temps de Platon, ce groupe des Sept Sages est constitué avec ses traits caractéristiques ^ La
1. Voir lo Banquet des Sept Sages, attribué à Plutarque. Le festin a lieu chez Périandre, et Ésope y assiste.
2. Diogène Laërce ouvre ses Vies des phitosophes par la biographie des Sept Sages.
3. Platon, Protagoras^ p. 343, A. Il nomme Thaïes, Pittacos. Bias, Solon, Gléobule, Myson et Chilon. D'autres remplaçaient quelqu'un dos derniers noms par ceux de Périandre, du Scythe Anacharsis» d'Épiménide, etc.
Hist. de la Litt. grecqae* — T« IT« 30
466 GHAPITRl!: IX. — PHILOSOPHIE ET HISTOIRE
légende a peut-étro pris sa forme définitive à Delphes, où on lisait sur les murs du temple un choix de maximes morales attribuées par la tradition soit à Tun, soitàTautre •des Sept Sages : le rapprochement de ces préceptes sur une môme paroi conduisait à rapprocher aussi par la pensée les noms des auteurs. En tout cas, cette légende ne peut guère être antérieure au début du v* siècle. A la prendre au pied de la lettre, elle est très fausse ; car elle groupe artificiellement des personnages dont la plupait ne se sont à coup sûr jamais rencontrés, et elle leur atlribue sans raison des maximes dont le vrai caractère est d'être anonymes *. Mais elle renferme pourtant une idée vraie : c'est que le début du vi® siècle, où elle place la vie des Sept Sages, se dislingue des âges précédents par un esprit nouveau, par un goût plus vif des choses réelles, de ce qui va devenir la science et enfanter la prose.
La légende d'Ésope peut être rapprochée de la précédente. On attribuait à Ésope de petits récits familiers, d'un caractère allégorique et moral, où les animaux jouaient le principal rôle. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui des fables. On faisait d'Esope un Phrygien, un esclave, et on plaçait l'époque de sa vie au temps de Crésus. Hérodote le mentionne déjà comme un personnage fort connu ^ Une rédaction en prose de ces fables circulait peut-être à Athènes au temps de Socrate '. Ce qui est sûr, c'est que ces petits récits étaient alors fort goûtés, et que Socrate lui même en versifia quelques-uns *. L'origine des fables ésopiques était évidemment très variée. Quelques-unes étaient aussi vieilles que la race grecque,
\. Les maximes des Sept Sages sont recueillies dans les Fragmenta philosophorum grœcorum de Miillach (Didot), t. I.
2. Hérodote, II, 134 : AIo-wtco'j toO XoYoïtoioO. ' 3. Le mot XoY07cot(Sc, employô par Hérodote, semble Tindiquer.