LES RAGES ET LES ÉCOLES
est alors aussi serré, mais aussi vide de réalité, qu'un raisonaement mathématique. Au milieu de ces tentatives, la pensée cependant se fortifie et s'assouplit ; la prose acquiert peu à peu le sentiment des qualités dialectiques et vigoureuses qu'elle déploiera dans la période attique.
Chose singulière, dans l'incertitude qui règne encore sur la séparation exacte des deux domaines de la prose et de la poésie, ce ne sont pas les systèmes des physiologues, plus attachés à la réalité sensible, qui s'expriment dans le langage de la sensibilité et de Timagination. C'est Xénophane d*abord, ensuite Parménide.. qui exposent en vers la doctrine de TUn, comme si la vivacité de leur enthousiasme était une compensation sufGsante au caractère abstrait de leur système. Empédocle les suit, mais avec plus d'adresse et moins de naïve ardeur métaphysique.
Dans cette floraison de systèmes, ce sont d'abord les Ioniens d'Asie-Mineure, ensuite les Doriens de la Grande- Grèce et de la Sicile qui tiennent le premier rang : mais ceux-ci même ont des Ioniens pour guides, car Xénophane est de Colophon et Pythagore est de Samos. Les Doriens du Péloponnèse et les Éoliens ne seront jamais do grands philosophes. Quant aux Attiques, leur heure ne doit venir qu'avec Socrate. Chacune des races grecques, en somme, reste fidèle à son caractère. L'Ionie, qui a créé l'épopée, crée aussi la science : elle est à Tavant-garde en toute spéculation. La Grande-Grèce et la Sicile sont de race mélangée et active. Les Doriens purs vivent plus qu'ils ne rêvent. Les Éoliens en sont restés à la chanson. Athènes, enfin, recueille les inventions des autres races, les mûrit et les fait servir à la connaissance du monde moral.
Nous venons d'indiquer à grands traits les caractères essentiels de la philosophie grecque dan» cette première
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période. Il nous reste à étudier tour à tour chacun des grands noms qui la représentent. Mais, dans cette revue, ce n'est pas au détail des doctrines que nous aurons à nous attacher : c^est avant tout, nous l'avons dit, au côté littéraire du problème, c'est-à-dire à l'histoire de l'art île penser et d'écrire telle que les œuvres de ces philosophes nous la font connaître. Il arrivera donc nécessairement que la place donnée à chacun d'eux sera parfois différente de celle à laquelle ils auraient droit dans une histoire de la philosophie. Descartes, qui tient uue des premières places dans l'histoire delà philosophie moderne, n'occupe qu'un rang secondaire dans l'histoire de la littérature du XVII* siècle.
§ 2. Les Philosophks.
Thaïes, d'après la tradition unanime de Tantîquilé, ouvre la liste des philosophes aussi bien que celle des Sept Sages. Comme il paraît n'avoir rien écrit *, il n'appartient pas rigoureusement à notre sujet ; mais il en est de lui comme de Socrate : il a plus agi sur la littérature que beaucoup de ceux qui ont écrit ; il fut, selon le mot d'Aristole, le chef et l'initiateur («p'jpoyo;) de toule cette sorte de philosophie -.
Il était né k Milct, d'une vieille famille thébaine qui rattachait son origine aux compagnons phéniciens de Cadmus ^ Il voyagea, dit-on, en Egypte, où il apprit l'arithmétique, la géométrie et l'astronomie. Revenu en Asie-Mineure, il s'occupa des aflaires publiques, s'il est vrai, comme le rapporte Hérodote \ qu'il ait conseillé
1. C'est ce que dit Théophraste» cité par Simplicius, Comm, sur la Physique d'Arûtt,, 6, A. Cf. Diogène Laërce, I, 23.