Fragm. 46, 86, etc
:'), Fragm. 93.
sans s*cn douter, à lexemplc de ses prédécesseurs, alors môme qu'il veut l'écarter ; il éprouve la môme difQculté que Pylhagoro à distinguer l'abstrait du concret, et la mobilité en soi de la forme la plus mobile, qui est le feu. Ne cherchons pas à tout expliquer : car bien des idées restaient confuses dans cet esprit puissant, mais non rompu encore à la dialectique.
Quelques savants sont disposés à chercher en Egypte l'origine des idées d'Heraclite *. Mais les preuves qu'on allègue en faveur de cette hypothèse sont peu convaincantes. La logique des choses, après Ânaximandre et Xénophane, suffisait amplement pour susciter le système de Téternelle mobilité.
C'est sans doute encore dans la première partie de son ouvrage qu'Heraclite, en application de ses principes, exposait ses vues sur la constitution du monde, sur la nature des astres, sur les embrasements périodiques du monde et les renaissances qui s'ensuivaient. Nous laisserons de côté tous ces détails, qui regardent plutôt l'histoire des sciences et de la philosophie proprement dite que celle de la littérature. Au contraire, les deux autres parties de son livre, relatives à la théologie et à la morale, appellent toute notre attention.
Et d'abord, c'est un fait important que cette place distincte donnée à la théologie et à la morale dans un ouvrage sur « la Nature ». La philosophie religieuse et morale n'est pas encore, chez Heraclite, toute la philosophie, comme elle le deviendra chez Socrate, mais elle en est plus do la moitié. La psychologie n'est pas à ses yeux le point de départ de la science : il commence par embrasser du regard l'univers, où il encadre Dieu et l'âme. Mais il les met au centre, et sa pensée ne cesse d'y tendre. D'où vient cette nouveauté? Heraclite est-il,
l. Tannery, p. 175 et suiv.
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comme on l*a quelquefois soutenu, un adepte des doctrines mystiques S et faut-il chercher dans Tinfluence exclusive de ces doctrines l'explication du fait que nous venons de signaler? Ce serait aller trop loin. Heraclite n'est le prisonnier d'aucune secte ; il n'est l'apôtre que de son propre système. Mais il connaît Pythagore et les mystères ; il a lu Xénophane. Ce grand courant de philosophie religieuse et morale qui entraine son siècle ne Ta pas laissé indifférent. Sans s'asservir à personne, il a écouté tout le monde. Il est de son temps, et il répond à sa manière à ce besoin d'une science plus religieuse et d'une religion plus scientiGque que ses contemporains les plus illustres ont tous ressenti.
L'idolâtrie grossière de la foule excite son mépris :
Faire des prières à des statues, c'est parler à des maisons, sans savoir ce que sont les dieux et les héros 2.
La divinité est très puissante et très intelligente :
Le plas sage des hommes, à côté des dieux, n'est qu'un singe 3.
L'homme, comparé aux dieux, est comme un enfant à côté d'un homme *.
Mais qu'était-ce, en somme, qu'un dieu, dans cet écoulement perpétuel de toutes choses ? Un feu plus pur que les autres, une âme plus subtile et plus spirituelle, mais non pas d'essence distincte. Entre l'âme humaine et l'âme divine, il n'y a qu'une différence de degré, que rintervalle d'une étape à une autre dans la voie des
1. Cf. Pfoidcrer, op, cit. Cf. aussi Tannery, p. 176 (explication du fragm. 81, rapproché de ce mot de Jamblique, De Mysteriis, I, 11 : 8ià ToOto elx6T(i); aùxà [L e. xà i&uor^pia] âxsa 'UpâxXeiio; npovtlicsv).