‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 382 sur 467 · Fragm · texte numérisé non relu

Fragm

moralo se présentait d'abord sous la forme delà politique. Mais de cette partie de son ouvrage, presque tout a péri. Il disait pourtant quelque part que le peuple devait défendre la loi comme une muraille K La pensée est belle, et Ton voit par où elle se rattache à l'ensemble de ses idées: c'est qu Heraclite méprise, nous l'avons vu, Tindividuel et le particulier, plus changeant et plus éphémère que le général ; or la loi participe, plus que le sens propre, de cette « raison commune » (Çuvo; Xdyo;) qui est, à ses yeux, la source suprême de la science et la mesure de la vérité.

La grandeur de la pensée, chez Heraclite, a toujours été reconnue, et plus que jamais peut-être depuis un siècle. Mais, comme écrivain, les anciens le mentionnent surtout pour ses défauts. On le surnommait « Tobscur » (6 (ncoreivo;'). Aristote cherchait déjà la cause de cette obscurité, et croyait la trouver dans la structure de ses phrases, brusques, sans verbes, et qu*on ne savait comment ponctuer ^ . Celte obscurité est incontestable, mais non pas aussi grande que la légende le ferait croire ; et peut-être, là où elle existe, vient-elle moins des mots eux-mêmes, ou d'une forme de phrase vicieuse, que de la nouveauté extraordinaire des idées, du paradoxe fondamental de cette doctrine où les oppositions se résolvent en harmonies, et du choc imprévu, rapide, qui en résulte entre des notions en apparence disparates. Aux yeux des modernes, les qualités du style d'Heraclite l'emportent de beaucoup sur ses défauts. Sa prose n'est pas l'œuvre d'un art achevé, tant s'en faut, ni même peut-être d'un art régulier : mais c'est une œuvre de génie, et elle a sans aucun doute jeté dans l'esprit grec, pour ce qui est de l'art

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