Fragm
bitative (« il me semble », ^oxseï \u>i); il discute avec finesse et clarté; il porte dans l'expression des idées philosophiques une souplesse insinuante où se révèle déjà le contemporain d'Hérodote.
Après Diogène d'ÂpolIonie, Theure du scepticisme était arrivée. La philosophie grecque, depuis un siècle, s'était élancée dans tous les sens à la recherche de Tinconnu. Nulle difficulté n'avait rebuté son courage. A peine quelques mots çà et là, chez un Xénophane ou chez un Heraclite, sur la difficulté de saisir le vrai ; mais, repoussée d'un côté, elle recommençait de l'autre, avec une invincible espérance. Après tant d'efforts, oii en était-elle ? La porte du temple résistait à tous les assauts; elle restait fermée. Dix fois on avait cru l'ouvrir, et toujours on s'apercevait qu'on s'était trompé. On acquérait chaque jour des notions plus précises et plus justes sur le détail des choses, et les systèmes ingénieux sur l'ensemble de l'univers s'accumulaient. Mais, en s'accumulant, ils se détruisaient les uns les autres, et les notions mêmes les plus justes ressemblaient plutôt à des hypothèses heureuses qu'à des faits prouvés. En revanche, dans cette lutte incessante contre la nature, l'esprit se trempait et s'affinait; ses facultés critiques et dialectiques allaient grandissant. Plus il avait multiplié les efi'orts infructueux, plus il s'était rendu capable d'en découvrir la vanité. La conséquence était forcée : avant de pousser dans de nouvelles directions, il fallait que l'esprit grec fit une halte. Les sophistes et les rhéteurs essayèrent de l'y décider; ils entreprirent de lui persuader que la vérité était inconnaissable, et qu'il y avait mieux à faire que d'user dans une vaine poursuite de l'absolu les forces que tant de travaux avaient accumulées en lui : mieux valait les consacrer à la vie pratique, à l'éloquence des tribunaux ou de l'assemblée ; l'utile avant le vrai. Ces
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conseils furent entendus. Mais, au moment même où ils étaient le plus en faveur, Démocrite, d'une part, reprenait la doctrine de Leucippc, et Socrate de Tautre, ramenant Tutile au vrai par une dialectique subtile, fondait la science de la morale et, sur cette science, toute une philosophie. La marche de la pensée, un instant suspendue, était reprise. Nous n'avons à étudier pour le moment ni les sophistes, ni Démocrite, ni Socrate. Nous nous en tenons à la première période, qui vient de Cnir. La prose philosophique est née ; elle s'est peu à peu formée et assouplie. Elle a été (avec la poésie des Éléates) un instrument d'éducation pour Tesprit. Ce qui lui manque encore, c'est ce degré supérieur de maturité, de souplesse vigoureuse et élégante, cette beauté parfaite enRn qu'elle ne trouvera que dans Athènes, à la fin du v® siècle.
Les premiers historiens grecs sont ordinairement appelés logographcs. C'est le nom par lequel les désigne Thucydide *. Les noms A'histoire et A'historien paraissent n'être entrés dans l'usage qu'avec Hérodote. La différence des noms correspond ici à une différence dans les choses et elle en est même la traduction assez exacte.
Le logographe* est, étymologiquement, celui qui écrit un discours en prose, Wyo;, par opposition au poète qui
1. Thucydide. I, 21, i. Hérodote {II, 143; V, 36; 125) appelle son prédécesseur Hccalée Xo-foicoio;, ce qui revient.au môme que Xo^o- Ypaço;, et s'oppose plus directement à iiroiioi«^c>
2. A côtô de ce nom de logographe^ on employait aussi, plus rarement, celui d'horographe^ bientôt tombé en désuétude et devenu obscur. 'UpoYpaço; vient de Jipo^ (môme racine que* rV) pot), qui signifie « année », pui^î, au pluriel, « annales ». Plutarque (Questions de table, V, 4, 1) dit : Toù; èviayxoù; àp-/atb>; ô)pouç XtYev^^t. (Jlf. G. Mûller, Fragm, hislor. grœcor., t. I, p. xviii.
appelle lui-même sa propre langue eico; ou (tOOo;, et non Xd]fo;;Piadare oppose à plusieurs reprises ^ les Xo^ioi aux âotSo(, les logographes aux chanteurs ; Xoyio; est synonyme ici de Xoyoypàfo;. Le nom du logographe ne constate que sa qualité de prosateur. Le nom de l'historien dit beaucoup plus : IdTopîa signifie primitivement recherche, enquête ; Thistorien, loropixo;, est donc, suivant Tctymologie, un homme qui s'informe par lui-même de la vérité, qui voyage, qui interroge, qui ne se borne pas à transcrire des matériaux à sa portée, mais qui poursuit une véritable enquête sur des faits obscurs ou éloignés. Celte différence de noms est instructive. L'art des logographes, en effet, se distingue de celui des poètes beaucoup plus par la forme du récit, qui est la prose, que par l'esprit scientifique (sinon dans la mesure où le choix seul de la prose est scientifique). Strabon, qui pouvait lire encore la plupart de ces vieux récits, nous apprend que c'étaient presque des épopées en prose : ils gardaient la plupart des caractères de la poésie, au mètre près ; du reste, même absence de critique, même goùl des légendes que chez les poètes -. On sait que Thucydide était du même avis '. Denys d'Halicarnassc, dans son Jugement sur Thucydide *, parle aussi des logographes, et nous donne à leur sujet quelques informations assez précises. Si l'on ajoute à ces jugements des anciens les impressions que suggère l'étude directe des fragments des logographes, on peut arriver à se faire une idée assez nette de leur art.
Les sujets qu'ils traitent sont empruntés au passé le plus lointain : ce sont des fondations de villes (xTiercK;),
t. Pindare, Ném., VI, 51 ; Vyth,, I. 183.
2. Strabon, I, p. 18 : Xûdavteç to iiétpov, tiXXa 6à çvXdtÇavTe; xot itoit,- Tixàt ffuvéypa-J/av ol îcep\ Ka8|jL0v xal ^epexy^T) xai *ExaTaïov,