‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 401 sur 467 · Thucydide, I · texte numérisé non relu

Thucydide, I

4. Ch. 5 et 23. Ces deux passages sODt fort importants pour la connaissance des logographes.

LES LOGOGRAPHES 537

dos généalogies en grande partie mythiques (yeveaXoyiai), Ils écrivent pour perpétuer la gloire des races nobles, pour honorer la ville h laquelle ils appartiennent, pour charmer la curiosité naïve d'un public peu philosophe ; ils racontent les événements naturels ou surnaturels dont le souvenir était conservé dans les vieilles annales des temples et des cités, bornant leur rôle à rédiger ces souvenirs trop brefs et probablement à les rendre plus agréables en les enjolivant de détails empruntés à la tradition orale. Ils ont d'ailleurs un goût vif pour les péripéties romanesques K Des détails circonstanciés, loin de les mettre en défiance sur la vérité du fond, leur semblent une condition nécessaire de la vraisemblance, comme dans un poème épique. —Nul regard, par conséquent, sur l'ensemble du monde ancien, ni même sur l'ensemble du monde grec : leurs récils ont un caractère local, comme les archives où ils puisent, comme les traditions qu'ils interrogent; c'en est même Tintérêl, car ils ajoutent ainsi de nouveaux matériaux au trésor des légendes nationales. Nulle critique non plus; s'ils se séparent des anciens poètes, c'est surtout pour opposer aux récits de leurs devanciers les fables de leur propre cite*, qu'ils croient plus vraies parce qu'ils ne savent pas douter encore de ce qu'ils ont toujours entendu raconter autour d'eux. — La narration suit son cours avec simplicité, sans philosophie, sans éloquence, sans pathétique, mais non sans grâce. Les logographes, comme les philosophes ioniens du môme temps, écrivaient dans le dialecte ionien vulgaire ; ils écrivaient comme tout le monde parlait autour d'eux : mais ils maniaient leur langue avec ce naturel aisé qui a été le privilège de Tlonie, et, comme le fond et la forme s'accordaient chez eux à mer-

1. (^îarptxal TcspiTiéTS'.ai tco>.Ù to r,).t6iov £'/£iv toT; vOv ooxoO^ai. Denya d'IIalicarnasse, Jugement sur Thuc.^ c. 5.

voillc, la naïveté aimable de leur style plaisait encore aux contemporains raffinés de Denys d'Halicarnasse *.

L'histoire ainsi comprise n'est nullement encore cet ample tableau de la vie nationale que nous trouvons chez les grands écrivains classiques ; elle n'est presque pas une œuvre de science, puisqu'elle manque do critique, et elle est à peine une œuvre d'art, puisqu*elle manque de composition : ce n'est en réalité qu'une sorte de chronique naïve qui prélude à la vraie histoire.

Il y a pourtant des différences à noter entre les logographes et un progrès à signaler du vi® au v* siècle. Il y a aussi une distinction à faire entre ceux d'entre eux qui ne font que raconter en prose des généalogies ou de vieilles chroniques fabuleuses, et ceux qui sont en outre des géographes, comme llécatée de Milet. La géographie, à cette date, ne va pas sans recherches personnelles et sans voyages. La comparaison des divers peuples éveille presque nécessairement Tesprit critique. EnHn les connaissances dérivées de cette source ont d'ordinaire un caractère plus positif que celles qu'on emprunte aux vieilles traditions.

Les logographes furent nombreux, surtout au v® siècle. Ce genre de récits charmait la curiosité de la Grèce. Thucydide lui-même, qui s'en indigne, le constate ^. Une trentaine de noms sont arrivés jusqu'à nous, mais les œuvres ont péri, sauf quelques courts fragments. Aussi l'histoine littéraire, celle du moins qui s'attache aux œuvres plus qu'aux noms, a-t-elle peu à s'arrêter sur cette période. Huit ou dix noms, choisis parmi les plus importants, et quelques fragments particulièrement

1. Denys d'Halicarnasse, ibid, — Quelques logographes, qui ne sont pas Ioniens de naissance, écrivent en dialecte ionien par imitation : mais les plus renommés comme écrivains sont ués en lonie (Hécatée, Phérôcydo, Xanthos).

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