PLAN DE SON OUVRAGE
L'Histoire d'Hérotloto forme aujourd'hui neuf livres, dont chacun, dans les manuscrits, porte le nom d'une Musc. Suivant Lucien, ce serait à Olympie, à la suite d'une lecture complète de son ouvrage, que les Grecs, dans un mouvement d'admiration, auraient ainsi designé chacun des livres qui le composaient ^ Le caractère légendaire de l'anecdote n'a pas besoin d'être démontré. D'ailleurs il est certain que cette division môme en livres ne remonte pas à Hérodote. D'une manière gi^nérale, ce sont les Alexandrins qui ont les premiers divisé les longs ouvrages en livres à peu près égaux ^. Pour Hérodote, en particulier, il est visible que la coupure est parfois très artificielle, par exemple enlre le second et le troisième livre. Quand il renvoie lui-môme à quelque partie antérieure ou postérieure de son ouvrage, il n'emploie jamais le mot livre (PiSX^ov) : il se sert d'un mot très vague, discours QM récit i^yj^oi^^)^ qu'il détermine au besoin par un nom propre (« dans mes récits libyques »). Ce mot ne représente pas nécessairement une coupure proprement dite. Sur la division primitive de l'ouvrage, nous n'avons aucune indication positive : si nous voulons nous en faire quelque idée, ce ne peut être que par induction (avec beaucoup d'incertitude par conséqueni), d'après le contenu des récits.
Voici, en quelques mots, l'ensemble et l'enchaînement de ces récits. D'abord, l'histoire de Cr^sus, et, à ce propos, un coup d'œil sur le passé de la Lydie, puis sur les
à Hérodote : c'est un ouvrage manifeBtement apocryphe et de basse époque ; l'auteur n'est même pas d'accord avec le véritable Hérodote (II, 53) sur le temps où vivait Homère, i. Lucien, Hérori., i.
2. Aussi, pour plusieurs écrivains antérieurs à l'époque aloxandrino, pour Thucydide, par exemple, il y avait plusieurs manières différentes de diviser et de compter les livres.
3. C'est le nu)t même dont les logographes avaient tiré leur nom. Xénophon l'emploie encore do la môme manière qu'Hérodote.
cités grecques de ce temps ; ensuite, la lutte de Crésus contre Cyrus (avec retour sur l'histoire antérieure des Grecs) et la fin de Thistoirc do Cyrus (conquête de TIonie; prise de Babylone et digression sur Babylone; guerre des Massagètes). Suite de Thistoire des Perses : conquête de TÉgypte (longue digression sur TÉgyptc), guerre do Scythio (digression sur les Scythes), révolte de rionie qui prélude aux guerres médiques. Guerre de Darius contre les Grecs. Enfin, Xerxès, et la seconde guerre médique.
Tel est Tenscmble de Touvrage. Les questions préliminaires à résoudre, ou du moins à discuter, sont les suivantes : L'ouvrage est-il fini ? Est-il arrivé, dans toutes ses parties, à sa forme définitive ? At-il été composé d'un seul jet, ou peut-on y distinguer certaines parties plus anciennes et d*autres plus récentes ? Comment ces parties diverses se sont-elles ajustées les unes aux autres ? Quelles traces peut-on saisir de la division primitive de tout l'ouvrage ? Enfin quelle est, au point de vue littéraire, l'importance de ces questions?
La première, celle de savoir si l'œuvre d'Hérodote est arrivée au terme que la pensée de l'historien lui assignait d'avance, est fort controversée ^ Le dernier fait
1. Principaux ouvrages en faveur do la thèse qui consiste à soutenir que l'ouvrape est inachevé : Dahlmann, Herodotos, nus seinpm Biich sein Lehen, Altona, 1821; Kirchlioff, Veher die Abfassungszeit ries Jlerodotischen Geschichtswerkes, 2» éd., Berlin, 4878, puis, du m^me autour (en réponse à un travail de M. Gomperz), Ueôer ein Selbsici' tat llerodots, dans les Ménnoires de l'Acad. de Berlin, 1885 ; ajouter la plupart des derniers historiens de la littérature grecque (Borgk, Situ, Christ). — En sens contraire : Gomperz, Herodoleische Sludien, Vienne, 1883, puis Ueher den Abschluss des Uerodoteischen Geschichlswerkes, dans los Mémoires de l'Acad. de Vienne, 1886, p. 507 et suiv. ; et Ed. Meyer, dans le Hheinisches ^fus.» t. XLIT, p. 146. — Denysd'IIalicarnasse, dans sa lettre à C,n. Pompée Sur les principaux historiens, c. 3, admirait la manière dont Hérodote avait choisi la limite finale de son récit. Il est vrai que, dans le même chapitre, il