SON OUVRAGE EST-IL ACHEVÉ
raconté par Hérodote est la prise de Sestos par les Grecs en 478. Les uns disent que cet événement ne termine rien, que la guerre continue jusque vers 4i7, et qu'Hérodote n'a pu s'arrêter do propos délibéré sur un fait insignifiant. Les autres répondent qu'à cette date la grande guerre est finie, et que d'ailleurs le dernier chapitre de louvrage a tous les caractères d'une conclusion conforme aux habitudes de l'art d'Hérodote. Chacune des deux thèses renferme une part de vérité. Il est certain que la prise de Sestos a été suivie do beaucoup d'autres faits de guerre, et on ne voit pas bien pourquoi Hérodote, qui a vu le rétablissement de la paix après la mort de Cimon, n'aurait pas eu l'intention de raconter jusqu'au bout la lutte entre les Grecs et les Barbares. D'autre part, cette prise de Sestos fait époque : la lutte, ensuite, change de caractère ; de défensive, elle devient offensive du côté des Grecs, et l'empire athénien se prépare ; il y a donc 15, sinon une limite finale, du moins une coupure. De plus, cette coupure a été rendue sensible par l'art de l'écrivain ; car, en finissant, il remonte par une anecdote rétrospective jusqu'au temps deCyruset nous donne ainsi, sous forme anccdotique, Texplicalion morale de toute l'histoire des Perses, de Cyrus à Xerxès : le récit du dernier chapitre fait pendant au discours d'Artaban dans le vu® livre. Il est donc probable que, si Hérodote a formé le projet de donner une suite h ce qui subsiste de son Histoire, il considérait du moins qu'il en avait vraiment achevé une partie distincte et importante*.
L'un des principaux défenseurs de l'opinion qui considère l'ouvrage d'Hérodote comme n'ayant pas atteint
blî^me Thucydide de n'avoir pas rempli tout son programme, sans songer que riiistorien a pu mourir auparavant : cette naïveté ôte du poids aux clogos do Dcnys.
1. Peut-ôtro les trois quarts (l** Crésus, Cyrus et Gambyse ; 2® Darius ; 3» Xerxès on Grèce).
son terme naturel, M. Kirchhoff, attache une grande valeur, pour la démonstration de sa thèse, à ce fait que Thistorien, parlant d'Éphialte S promet dédire plus tard la raison qui le fit tuer par Athénadès, et n'a pas tenu sa promesse; M. Kirchhoff en conclut que le récit d'Hérodote n*a pas été amené jusqu'au point où Tauteur avait dessein de le conduire. Mais Targumenl n'est pas décisif: le récit de la mort d'Ephialte devait peut-être, dans la pensée de Thistorien, se rattacher à quelqu'un des faits qui sont racontés dans les deux derniers livres- ; il suffirait, dans ce cas, pour expliquer l'absence de la narration promise, do supposer un oubli de Tauteur, à qui le temps a pu manquer pour une dernière révision'. Ce qui rend probable, malgré tout, la thèse contraire à l'achèvement complet de l'ouvrage, c'est bien moins l'ab sence de tel ou tel détail que la difficulté d'imaginer pour quelle raison l'auteur aurait renoncé de parti pris à raconter jusqu'au bout l'histoire qu'il avait entrepris d'écrire et qui n'est pas terminée entièrement par la prise de Sestos.
Une question analogue se présente à propos de deux autres passages de ses Histoires. Au livre I, à deux reprises différentes*, Hérodote, parlant du siège de Ninive et do la liste des rois de Babylone, renvoie le lecteur, pour des détails complémentaires, à ses « récits assyriens \ » Les deux indications sont données au futur.