BÉDAGTION DE SON OUVRAGE
S*agit-il, dans sa pensée, d*un épisode destiné à entrer, comme les « récits libyques * », dans sa grande histoire, et qui aurait pu s'intercaler, par exemple, au troisième livre, à propos de la prise de Babylone par Darius ; ou bien s'agit-il d'un ouvrage distinct? Ce qui peut d'abord incliner l'esprit vers la seconde hypothèse, c'est qu'Aristote fait allusion quelque part à un détail rapporté dans les « récits assyriens ' » : Aristoto ne donne pas le titre de l'ouvrage, il est vrai, mais il parle expressément du récit d'Hérodote relatif au siège de Ninivo; or, c'est justement à propos de ce siège qu'Hérodote lui-même renvoie pour la première fois à ses « récits assyriens » ; la coïncidence est frappante. Aristote avait donc encore ces « récits » sous les yeux; comme ils ne Ggurent pas dans la grande Histoire, il faut bien admettre qu'ils furent publiés séparément. Mais il reste à se demander si Hérodote, après les avoir écrits comme un ouvrage distinct, n'avait pas l'intention de les faire entrer plus tard, lors d'une révision définitive, dans le corps même de son histoire générale; ils n'y auraient formé qu'un épisode de plus, à côté des récits libyques, des récits sur la Scythie et de tant d'autres. Cette hypothèse est rendue presque certaine par la manière dont s'exprime Hérodote : il parle deux fois des « récits assyriens » en se servant du futur. Il a donc en vue non pas tant un ouvrage déjà publié que la forme nouvelle sous laquelle il compte l'utiliser dans son histoire.
Ce problème particulier nous amène naturellement h
i. C'est ainsi qu*Hôrodote lui-môme (II, 161) désigne les récits destinés à former une partie de son iv® livre.
2. Hist. des Anim., VIII, 18 (p. 601, A, 31, Bekker) : Ta jxlv ouv YOipi']/wvu'/a.., aTiota 7câ(i7iav i<TTÎ ' àXX* *Ilp6SoTo; r,Yv6ei toOto ' 7teiiotr|xe Tfàp TÔv T^; {tavTeîa; npisSpov àeTov èv ttj 8nriYT^<iei t^ irepl tt|V uoXiopxfav TTjv N(vou itîvovta. La variante *II<i(oSo; (au lieu de *IIp6ôoTo;) est êans importance. Quant à la conjecture de Bergk, *IIp6S(i>pot;, elle est tout à fait arbitraire.
examiner la question générale de la formation de l'ouvrage d'Hérodote. Hérodote a-t-il composé d'abord une série de récits détachés, sans lien entre eux, qu'il a plus tard rajustés et refondus, ou bien a-t-il congu et exécuté son ouvrage d'un seul jet ?
Il y a, nous l'avons vu, dans les Histoires, un certain nombre de passages qui ne peuvent avoir été écrits que dans les premières années de la guerre du Péloponnèse, c est-à-dire tout à fait à la fin de la vie d'Hérodote. Il est improbable, a priori, que l'historien n'eût rien écrit jusque-là. Ce qui rend la chose plus improbable encore, c'est la tradition d'après laquelle (conformément d'ailleurs à l'usage des logographes) il fît, vers 416, une lecture partielle de ses récits. Aujourd'hui môme, un écrivain qui produit un ouvrage de longue haleine n'altend guère, pour donner son premier volume, que le dernier soit prêt : il détache très souvent de son travail des fragments, et les premiers parus ne sont pas toujours ceux qui, dans la publication définitive, tiendront la première
lace. Hérodote a dû faire ainsi. Rien ne prouve qu'il n'ait pas lu aux Athéniens, dès 446, quelques fragments de ses derniers livres, consacrés à leurs exploits dans la seconde guerre médique, sauf à remanier plus tard les mêmes morceaux et à les compléter pour les publier avec l'ensemble de son ouvrage. Quant à essayer de fixer la date relative où les diverses parties de l'œuvre totale ont été composées, c'est une entreprise souvent tentée, mais demeurée jusqu'ici absolument vaine. Les uns*, notant que les allusions à des faits récents se trouvent toutes dans les cinq derniers livres de l'ouvrage, en concluent que ces livres furent écrits tout à fait à la fin de sa vie, assez longtemps après les quatre premiers. Les autres*
1. Kirchhoff, AbhandL der Berliner Akad,, 1868, p. 1, et 1871, p. 47.
2. Bûdinger, Zur JEgyptischen Forschung Uerodots, Vienne, 1873 ;