ÉTYMOLOGIE DU MOT
Mais UQO diii'érence cssenliclle d'exécution len sépare : elle était accompagnée du jeu de la flûte. Elle n*a pu se développer qu'après les progrès de la flûte phrygienne en lonie, et peut-être après la première apparition du nome aulédique^
Les anciens ont beaucoup cherché l'étymologie du mot eXeyo; sans la trouver. Enfermés qu'ils étaient dans la connaissance de leur propre langue, ils ne pouvaient résoudre ce problème. Une conjecture, qui n'a pas été sans séduire même quelques modernes ^, faisait venir ce mot d'un prétendu refrain, e Xeye, qui aurait été une sorte de gémissement usité dans les lamentations funèbres ^ Cette hypothèse s'explique, sans se justifier, par l'emploi de l'élégie primitive dans les chants de deuil. Mais il est beaucoup plus probable qu'il faut chercher Torigine du mot dans la langue de l'un des peuples asiatiques qui ont donné à la Grèce l'usage même de la flûte élégiaque et cette forme particulière du thrène. On incline aujourd'hui à rattacher le grec eXcp; à la même racine que les mots arméniens elégn^ êlegneay^ qui signifient « roseau », « flûte de roseau », et l'on considère comme très probable que la forme IXeyo; n'a été d'abord que la transcription plus ou moins exacte d'un mot phrygien signifiant « flûte » ou « air de flûte », peut-être « chant de deuil
origine carminis elegiact^ 1816 ; J. Ciesar, De carminis grxcor. eUgiaci origine et nolione, Marbourg, 1837; Osann, Zur griech. Elégie, Darmstadt, 1835 ; Welcker, Der Elegos, dans ses Kleine Schri/ten, t. I, p. 56-11 (1844).
1. Clouas est antérieur à Archiloque, selon Plut., de Mus, 5. C'est peut-être l'existence antérieure du nome élégiaque dans le Péloponnèse qui fait que l'élégie, à la différence de Tiambe, s'y est si vite transportée et acclimatée.
2. Welcker, Kleine Schriften, I, 61. Il comparait la formation des mots lù>6ax)rQc, î4Xe|ioç, afXtvoc, etc.
3. Etym. Magn. ; Suidas; Scbol. Aristoph., Oiseaux^ 217. —On trouve l'exclamation ï ï rapprochée déjà du mot ^eyoç dans Euripide, Iphig. Taur. 147, d'après les mss. Mais les éditeurs écrivent alat.
88 CHAPITRE m. — POÉSIE ÉLÊGIAQUE
exécuté sur la flûte » ^ G*est ce que parait avoir signiGé aussi d'abord le mot grec eXeyo;, que tous les grammairiens anciens donnent comme synonyme de Op*?,vo;, lamentation funèbre^. Ce qu'ils ne disent pas, mais ce qu'il faut ajouter, c'est que ce nom ne s'appliquait certainement qu*à une sorte particulière de lamentation, h celle qui s'exécutait avec la flûte. Les tbrènes de l'Iliade étaient accompagnés de la cithare. Le thrëne élégiaque, au contraire, remplaça la cithare par la flûte. C'est ainsi qu'Euripide appelle l'élégie aXupo; eXe^o; ^ L'épithotc est caractéristique et essentielle.
"EXeyo; désigne donc exactement un air, en particulier un thrène, joué sur la flûte ou accompagné par la flûte. Les mots iXeyeîov (sous -entendu [liTpov) et eXeyeîa (sousentendu coStj) désignent le mètre ordinaire de riXcyo; et les poèmes qu'on en forme ^. On sait qu'au point de vue métrique l'élégie est caractérisée par l'alternance de l'hexamètre épique et d'un hexamètre à d<îux « temps vides » qu'on appelle très improprement un pentamètre. Chacun de ces couples ou distiqueSy dont l'unité est marquée par le retour régulier des temps vides ou silences après chaque moitié du second vers, forme une véritable petite strophe d'un dessin très net. On peut ajouter à cela que cette strophe courte et monotone convenait bien à l'expression de la réflexion, de la réflexion triste en particulier, et qu'on s'explique le choix d'un pareil rythme pour des chants funèbres.
C'est avec Clouas que le nom de l'élégie apparaît pour la première fois dans l'histoire littéraire. On attribuait
1. Bôtliclier, Arica, p. 'U. Contredit, il est vrai, parLagarde, Armen. Stud, p. 8 (cité par Christ, Griech. Lit., p. 93).