‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 57 sur 467 · Ibid., c. 3 : èXsycÎwv te xal &i:â)v 7roir,Tr,v · texte numérisé non relu

Ibid., c. 3 : èXsycÎwv te xal &i:â)v 7roir,Tr,v

a. Ibid., c. 9 (et 8).

4. De Mus., c. 8 : év àp/r^ yàp èXeifeia |ie(AeXoicoir,ji.éva ol aùXwSol r,oov.

d'autres inspirations qu'un temple ou qu'un tombeau. L'élégie proprement dite est probablement sortie de cette nouveauté des circonslances. La transition d ailleurs dut être graduelle. Le plus ancien poète élégiaque que nous connaissions, Callinos, avait peut-être composé une élégie en l'honneur de Zeus. Mimnerme, qui lui csl de peu postérieur, passait pour avoir joué, sinon composé, un nome aulédique appelé Kradias ^ On saisit là, ce semble, le passage du nome élégiaque à l'élégie proprement dite ^. Ajoutons que si les salles de festins semblent avoir offert à l'élégie modifiée son cadre le plus ordinaire, il n'en fut pas toujours ainsi. Solon récita, dit-on, son poème de Salamine sur l'agora. Tyrtée peut avoir chanté quelquefois dans des gymnases ou sur quelque place réservée aux exercices militaires de la jeunesse aussi bien que dans les syssities lacédémoniennes. Il en est do même de Gallinos.

L'élégie, au rythme ferme et net, est un des genres lyriques où la personne du poète se met en scène le plus franchement. Il blâme ou il loue; il moralise; très souvent il exhorte. Il fait presque office d'orateur : tantôt orateur politique et populaire, qui cherche-à exciter dans les âmes les sentiments belliqueux et patriotiques ; tan-

1. Hipponax, dans Plut. De Mus., c. 8: xa\ àXXoç iaxiv âpx«îo; v6fio; xoiXoû|i£voc KpaSia; 6v fTjo-iv 'Iicncuva^ M((ivep{Aov aùXr)(rat. — Volkmann, après d'autres, croit que ce nome était aulétiquo, non aulédique, ot que Mimnerme dut se borner à l'exécuter. Mais Plutarque ajoute : èv àpxYJ Y^P i^ET^ÎA [ie[isXono(7)[iiva ol aûX(i>So\ r^Sov. Cette phrase no peut signifier qu'une chose : c'est qu'on ne doit pas être surpris de voir Mimnermo, poète élégiaque, auteur d'un nome aulédique, attendu que les poèmes aulédiques étaient précisément alors en distiques élc^giaques. La pensée de Plutarque (ou du compilateur) n'est donc pas douteuse. Il est seulement vrai que son explication peut être fausse et qu'Hipponax semble avoir parlé seulement d'exécution musicale.

2. Le nomo élôgiaquo parait d'ailleurs avoir duré encore après rapparition de la véritable élégie.

tôt orateur philosophe, qui devise sur la vie humaine, sur ses plaisirs et ses maux ; toujours tourné vers la pratique et pressé de conclure K L'élégie est souvent comme une première manifestation poétique du génie oratoire qui sommeillait alors en Grèce ou qui, du moins, s'épanchant en improvisations éphémères, n'avait pas encore trouvé sa forme artistique et durable. Beaucoup de poèmes élégiaques sont intitulés Exhoî'tations, 'TxoOrixai; ce titre en dit à merveille la vraie nature. Non seulement on exhorte les autres, mais on s'exhorte soi-môme; Solon avait composé des TTcoOyixai ei; éaurov. Lors môme qu une élégie ne porte pas ce titre, elle pourrait souvent le porter. Rien d'ailleurs de plus varié que le ton de l'élégie : comme la personne du poète ne craint pas de s'y montrer, le ton du poème est déterminé par son humeur individuelle plus que par des règles générales. Il y a des élégies graves ; d'autres moqueuses ou légères ; d'autres doucement philosophiques. Ce qui domine pourtant, c'est le sérieux pratique et le goût de moraliser : il y a là une faculté nouvelle de l'esprit grec qui grandit et qui crée une forme d'art appropriée.

Ce besoin d'agir pratiquement sur les esprits, de les enseigner, de les exhorter, devait conduire à chercher sur tous sujets la formule définitive qui est l'expression naturelle de la loi. Aussi la poésie élégiaque est volontiers sentencieuse, ou, comme disaient les Grecs, gnomique. Elle Test à tel point que le nom même de poésie gnomique a fini par devenir presque synonyme de poésie élégiaque, du moins pour cette période de la littérature grecque, bien qu'il ne désigne en réalité qu'un des traits de cette poésie. La période qui s'étend de Callinos à Théo-

1. Dion Chrysost. Or. II, p. 74 (Reisko) : fifo; U tiva ajTÔ)v (rtôv

s'jovTa xac\ itapaivoOvTa >xvXî$ov xal Ge^YviSo;.

woirjjiaTwv) 8T,(X0Tixà XeYotT* av, (jupiêouXs'JovTa xac\ itapaivoOvTa toï; itoX- XoT; xal tStwTai;, xaOaicep, oljxat, xà ^a)xvXî$o

gnis est celle où l'esprit grec, s*éloignant do Tépopée, s'achemine vers la prose. Pendant deux siècles, un effort immense de réflexion s'opère en tout sens pour classer et codifier les idées reçues, pour formuler les règles instinctives suggérées par l'observation, pour atteindre en toutes choses à la loi. C'est le temps des Sept Sages, à qui la tradition attribue tout le trésor des plus vieux proverbes grecs. C'est le temps où Ton place l'existence du fabuleux Esope. L'élégie prend sa part de ce travail collectif : comme elle aspire à gouverner les âmes, elle réfléchit sur le bien et sur le mal, sur le but de la vie, sur la destinée, et elle en donne des leçons, qu'elle enferme dans des formules brèves et profondes. A la fin surtout do cette période, elle fait de parti pris ce qu'elle avait fait d'abord par rencontre et d'instinct. Elle tend peu à peu à n être plus, dans Phocylide par exemple, que gnomique. Elle est alors comme une autre forme de poésie didactique appliquée spécialement à la morale.

Le mythe proprement dit tient chez elle peu de place ; en général, elle ne raconte pas, elle exhorte. Quand il apparaît dans l'élégie, c'est d'ordinaire comme le fondement religieux .de la morale, ou parce que le poète s'adresse à un dieu; il est rare qu'il s'y développe en récits à la manière des mythes de l'épopée ou même ainsi qu'on le voit chez les Simonideet les Pindare.

Comme nous n'avons plus que des fragments d'élégies, sauf peut-être deux ou trois poèmes assez courts qui paraissent enliers (encore n'est-ce pas certain), nous ne pouvons juger sur des documents tout à fait irrécusables la composition do ces pièces. Il n'est pourtant pas impossible d'en concevoir quelque idée. Plusieurs fragments sont étendus. Les uns formaient le début d'une élégie, d'autres le milieu ou la fin. Ce qui domino partout, c'est le caractère libre, simple, direct, d'une composition où les maximes et les conseils sortent sans cesse les uiis

des autres, où une sorte de dialectique latente, née de rémotion du poète, chemine sous la poésie, pressée d'arriver au but qu'elle n'oublie jamais. Non que l'analyse et renchaînement des idées y soient de mémo sorte que dans une dissertation ou un discours : Tanalyse est moins subtile et l'encliaînement moins rigoureux ; le poète afGrme plus qu'il ne prouve et juxtapose ses idées plutôt qu'il ne les lie en arguments. Mais l'émotion dominante est sérieuse et forte ; elle suffit à maintenir l'unité de ton et à créer un courant naturel qui ressemble à un progrès logique.

Pour le style, Télégîe doit beaucoup à l'épopée. La couleur générale du dialecte, en quelque pays que le poète soit né, est toujours ionienne : le fond de la langue est épique; les épithètes diles homériques n'y manquent pas ; des formules familières à \ Iliade et à V Odyssée s'y rencontrent. — Et pourtant les différences aussi sont grandes : à tout prendre, l'effet d'ensemble n'est plus le même. Le dialecte d'abord est quelque peu rajeuni ; des formes postérieures à Homère y apparaissent ; de plus, ce dialecte est mélangé, et d'une autre façon que celui (rilomère; ce n'est plus le vieil éolien qui le colore çà et là d'un reflet archaïque : c'est le dorien vivant, contemporain, qui, chez les élégiaques de race dorienne, insinue par endroits ses formes favorites, ou le dialecte attique qui, chez un Selon, perce sous le costume ionien. Les mots nouveaux et composés, chers à la poésie lyrique, n'apparaissent que par exception; mais d'autre part, les épithètes sont moins nombreuses que dans l'épopée ; à chaque instant, on trouve des vers entiers qui ne renferment que des substantifs et des verbes ; la langue est nette et sobre; la fermeté de la pensée se traduit par la sobriété du vocabulaire. En passant d'Homère aux élégiaques, on éprouve (toutes proportions gardées) quelque chose du sentiment qu'on a quand

on passe de la langue française du xvi^'siècle, luxuriante et riche, à celle du xvii®, exacte et abstraite. Gardonsnous d'exagérer. Dans la poésie grecque, l'imagination et le sens de la beauté plastique ne sauraient jamais perdre tous leurs droits; mais la sévère raison a certainement grandi dans Tintervalle, et s'est fait une plus large place ; les comparaisons, moins fréquentes que chez Homère, sont plus précises et plus serrées. — La phrase aussi a pris une autre allure. Elle aime encore parfois à s'étendre en liberté, avec ampleur et grâce ; mais, d'ordinaire, elle est plus ramassée, plus énergique. La forme du distique Vy sollicite : c'est un moule où la pensée s'enferme naturellement ; très souvent la phrase finit avec le second vers. Non que ce soit le moins du monde une règle, comme il est arrivé dans la poésie latine; c'est tout au plus une tendance. L'habitude ne va pas jusqu'à la raideur, mais elle donne au style de la fermeté. Le pentamètre, avec sa double coupe si nette et le parallélisme de ses hémistiches, met le mot en saillie et grave l'idée; il semble fait pour l'antithèse. C'est la grâce de l'élégie grecque d'avoir su éviter le péril d'une forme qui pouvait devenir un peu raide et d'en avoir tiré de la force sans dureté. Après des vers nettement coupés, pleins de sens, brefs et impérieux, l'esprit grec, toujours souple et mesuré, sait glisser légèrement d'un distique à l'autre, et déployer une belle phrase harmonieuse et facile.

Vint-il un moment, dès la période classique, où l'élégie, primitivement chantée et accompagnée du jeu de la flûte, s'affranchit de cette association et se contenta, comme Tépopée, de la simple récitation, ou jnôme s'adressa surtout à des lecteurs ? La question est controversée. Des textes de grammairiens anciens répondent affirmativement, mais ne sont pas tout à fait d'accord sur la date de cette transformation. Un passage de Ghaméléon

Page 1