Bergk, Griech. Literalurgesch, t. II, p
6. Diogéno Laërce, au contraire, dit : ocvIyvo) 8ià to-j xi^pvxo;.
vrions accepter le témoignage d'Athénée. Heureusement Théognis est beaucoup plus explicite : il mentionne à plusieurs reprises la flûte du festin \ Même en admettant que deux ou trois de ces passages, recueillis dans les Sentences de Théognis, soient en réalité de Mimnerme ou de quelque autre poète plus ancien, il on reste encore plusieurs dont l'origine est incontestable. Un surtout est décisif *. Théognis promet à Kyrnos l'immortalité grâce à ses vers, et il dit que les jeunes hommes, au son de la flûte^ le chanteront dans les festins. Ces <( jeunes hommes » ne sont pas, comme on l'a parfois supposé, des choreutes; le pluriel véoi avSpe; n'indique pas que plusieurs de ces jeunes hommes chantent ensemble et en chœur, ce qui exclurait l'idée d'une élégie; on voit par tout le contexte qu'il s'agit des jeunes hommes qui se réunissent dans les festins (Ootvr,^ Se xat eiXaTctVYicri TzoL^iQtrr) et qui boivent ensemble en chantant tour à tour des élégies au son de la flûte. On chantait donc encore l'élégie au temps de Théognis. Et on ne peut même pas dire, avec certains érudits, qu'on y chantât seulement certaines élégies courtes, à la façon de celles de Mimnerme, où les poètes célébraient le vin, le plaisir, la jeunesse : Théognis parle des élégies adressées à Kyrnos, dont Je plus grand nombre, on n'en peut douter, étaient des élégies surtout morales et gnomiques. Athénée s'est donc trompé ; Chaméléon, plus exacl, a manqué, semble-t-il, de précision. Il est certain qu'au moins jusqu'au v^ siècle, Télégie a été chantée habituellement. — S'ensuit-il qu'elle le fût toujours ? Nullement. Le poème et l'accompagnement, dans l'élégie, étaient moins étroitement liés que dans les
1. Théognis, v. 241, 533. 939, 943, 1041, 1055 (passages cités par Bergk).
2. V. 237-252. Rornhardy, Giiech. Liter., 1. 1, p. 533 (3« éd.), conteste Tauthenticité de ce passage, mais par des raisons purement « subjectives». Bergk la défend (Rhein. Mus. t. 111, p. 206 sqq. et 396 sqq.).
chants cilharédiqucs. Si le poète chantait ses propres vers, ce qui devait être l'habitude, il est clair qu'il ne ]K)uvaît lui-mcmc s'accoinpagmM' : il avait besoin d'un joueur de flùle. Tandis qu'un ïerpandre, tout en chantant, pouvait jouer de la cithare, un Mimnerme, à moins de faire dire sa poésie par un autre, avait besoin que la joueuse de ilùte Nanno lui vînt en aide. La force des choses établissait ainsi entre le texte et la musique une séparation que les citharèdes ne connaissaient pas. On ne peut guère douter que ce fait incontestable n'ait entraîné de bonne heure ses conséquences naturelles et que l'élégie ne se soit parfois, dès le sixième siècle, adressée à des lecteurs. T/apparition de Tépigr anime, simple inscription métrique, suffirait à le prouver. Mais on ne peut dire quelles élégies ont été chantées, quelles autres ont été simplement lues ou récitées.
De très habiles connaisseurs ont cru trouver dans l'élégie, en dehors et au dessus du distique, une sorte de strophe formée de quatre ou cinq distiques réunis par le sens et terminés par une ponctuation forte : chaque élégie serait ainsi composée d'un certain nombre de ces strophes, toutes égales entre elles *. L'existence de ces strophes est à priori peu probable : car c'est le distique lui-môme qui est la véritable strophe de l'élégie. Il serait d'ailleurs surprenant que la prétendue strophe élégiaque eût toujours été marquée par une interruption complète de la phrase alors que les strophes du lyrisme choral, incontestables celles-là, l'étaient rarement. Mais, en fait,
1. H. Weil, IJeher Spuren slrophischer Composition hei den alten griech. Elegikern (dans lo Rhein. Mus., nouv. série, t. XVII). — Je ne parle pas du système de Leutsch (P/it/o/. XXIX, p. 210-213 et 549), qui a voulu retrouver dans l'élégie les sept parties du nome de Terpandre. On a prétendu aussi les voir dans les odes do Pindare. Les sept parties du nome de Terpandre ont fait beaucoup déraisonner.
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ces coupures régulières n'exislent pas K La pensée, dans une même élégie, groupe tantôt trois, tantôt quatre, tantôt cinq distiques, et il n'y a pas de règle rigoureuse à établir. Ce qui est vrai, c'est que ces groupes d'idées, s'ils ne forment pas des strophes exactement symétriques, forment du moins des divisions naturelles et comme des paragraphes bien équilibrés. L'instinct de la composition les a rendus non toujours, mais souvent égaux. L'emploi du distique, qui groupe les vers deux par deux, y a contribué en multipliant les coupures après un vers de chiffre pair. Il n*y a rien là qui ressemble à une loi positive de structure musicale; mais c'est une habitude de la pensée, un pli devenu familier, et qui donne à la composition do l'élégie une physionomie assez marquée.
L'élégie, pendant deux siècles, a été traitée par des poètes de races différentes. Ioniens d'Asie-Mineure, Doriens, Athéniens. La diversité des races se montre jusqu'à un certain point dans les œuvres; on ne saurait pourtant fonder sur ce principe des divisions trop tranchées : Tyrtée, qui chante à Sparte, et l'Ephésien Callinos, se ressemblent beaucoup. Les différences chronologiques ne sont pas plus décisives : Mimnerme, que les anciens ont quelquefois appelé par un bizarre anachronisme un épicurie?ij est presque contemporain du belliqueux Callinos. Ce sont les circonstances, c'est le génie personnel du poète qui déterminent son inspiration, et celle-ci est très variée. Etudier ces poètes, c'est se donner le spectacle de cinq ou six sortes d'âmes très différentes, placées dans des conditions variables, et qui en ont subi le contre-coup. Nous les prendrons à tour de rôle, dans l'ordre des temps, sans chercher à établir d'autre classification. Nous no possédons plus guère que des débris de leurs œuvres.
1. On n'arrive à les rendre régulières qu'en supposant çà et là des additions postérieures, hypothèse toujours fragile.
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Mais ces débris, en ce qui regarde plusieurs au moins d'entre ces poètes, sont assez beaux et assez caracté* ristiques pour nous permettre de restituer leur physionomie.
Ajoutons enfin que, dans tout ce qui précède, nous n'avons en vue que l'élégie ancienne, celle du vu® et du vi» siècle. Dans la période altique, l'élégie, devenue un genre secondaire, n'a laissé que de rares vestiges. Dans la période alcxandrine, elle eut une renaissance; mais, comme il arrive toujours, en revenant à la lumière au milieu d'une civilisation renouvelée, elle se renouvela elle-même, si bien que l'élégie alexandrine, mère de l'élégie romaine, est presque un autre genre littéraire que l'élégie des ïyrtée, des Solon et des Tliéognis.
L'un des plus anciens, le plus ancien peut-être des poètes élégiaques grecs, est Callinos d'Ephèse. Mais il est impossible de fixer avec précision l'époque où il vivait. Les érudils de l'antiquité en étaient réduits sur ce point à des raisonnements, c'est-à-dire à des conjectures. Strabon remarque que Callinos parlait quelque part de Magnésie du Méandre comme d'une ville florissante, landis qu'Archiloque l'avait vue malheureuse et ruinée; il en concluait que Callinos avait dû vivre avant Ârchiloque K L'art de Callinos, moins souple et moins savant que celui d'Archiloque, semble conûrmer celle conjecture, mais nous avons si peu de vers de Callinos, et d'ailleurs la loi du progrès technique dans les arts est sujette à tant d'exceptions, que cette raison n'a par elle-même que peu de force. D'autre part, le même Callinos, toujours suivant Strabon, avait mentionné la ruine de Sardes par