Flach, p
2. Sur Solon, cf. Prinz, De Solonis Plutarchei fontihus, 1867; Begemann, Quseiiiones So/oneae, Gcettinj^en, 1875-1878; Leutsch, article dans le PhilohguH en 1872; Schubert, de Crœso et Solone fabula, Kœnigsberg, 18G9 (programme) ; L. Gerrato, Sui frammenti deicarmi Soloniani, Turin, 1877.
droit et délicat de la vie, aimée dans ses grâces, allègrement subie dans ses tristesses, victorieusement défiée dans ses pièges et ses épreuves; largeur et souplesse de la pensée, à la fois pratique et spéculative; justesse naturelle, aisée, pondérée, hardie et prudente, qui pense bien et dit bien, sans effort comme sans mollesse. Athènes, disait un poète, est la Grèce de la Grèce *. Toutes les qualités des diverses races helléniques s*y rencontrent et s'y combinenl. Xénophon remarquait que le dialecte attique était un mélange du dorien et de Tionien - : le tempérament d'Athènes est comme son dialecte, un mélange de quahtés opposées, un alliage rare et précieux qui a plus d'éclat et de douceur, plus de souplesse et plus de résistance que chacun de ceux dont il est formé. Solon est un pur Atlique, un des plus nobles exemplaires de Tatticisme, mais en outre un Vieil-Altique, un Athénien de la première moitié du vi*' siècle, encore étranger aux grandes agitations intellectuelles et morales du siècle suivant, soumis d'esprit et de cœur aux antiques leçons de la sagesse religieuse, sachant ce qu'il pense et ce qu'il croit, toujours sûr de pouvoir se réfugier, au sortir des luttes de la vie pratique, dans la citadelle sereine des idées. La vie de Solon et sa poésie se tiennent par des liens étroits, (lelleci est sans cesse le reflet de celle-là, et toutes deux sont le produit de la même âme. Aussi, quoique la vie de Solon appartienne surtout à Thistoire politique, il n'est pas inutile d'en rappeler les principaux faits, et surtout le caractère général, pour mieux faire comprendre ses vers : l'homme d'état explique le poète.
1. *EX).a6o; *EXXà; 'AOrjvat (dans rôpitaphe d'Euripide atlribuéo, à tort sans doute, à Thistorien Tliucydide). Bergk, Poet. lyr. gr., H, p. :)92 (3« éd.).
2. Xénophon, ou plutôt l'auteur inconnu do Topuscule intitulé : *AOr,vata)v rcoXiTsîa (II, 8).
Solon, fils d'Exékestîde, naquît vers 640 *. II appartenait à Tune des plus illustres familles d'Athènes, celle des Codrides. Malgré sa noblesse, il se trouva d'abord presque pauvre, son père ayant, dit-on, compromis sa fortune par ses libéralités. Solon voulut redevenir riche et se mit, tout jeune encore, à faire du commerce. Il voyagea, refit sa fortune et rentra dans Athènes. Ces débuts montraient en lui un esprit libre de préjugés, actif, apte aux aflaires. Il avait sans doute, au mon)ent de son retour, une trentaine d'années. L'état où il retrouva sa patrie (vers 610) était lamentable : au dedans^des discordes profondes, une aristocratie à la fois lyrannique et impuissante, un peuple écrasé de dettes, des campagnes dépeuplées par l'émigration et la fuite, un état de malaise moral et religieux créé par le remords des violences parfois sacrilèges (comme le meurtre de Cylon) où les luttes civiles avaient conduit les partis ; au dehors, une faiblesse telle que Tile de Salamine, en vue du Pirée, était devenue la proie des Mégariens et qu'Athènes semblait renoncer définitivement à y rentrer jamais. Dans cet état de choses, Solon révéla tout de suite les admirables ressources de son génie. Il léchaufTa d'abord, par ses vers, le patriotisme et la confiance : il unit les citoyens contre l'ennemi du dehors et reconquit Salamine. II fit ensuite venir le Cretois Epiménidc, sorte de prophète, véritable médecin des maladies morales, qui savait par quelles cérémonies expiatoires les dieux irrités se laissent fléchir. La paix religieuse était rétablie. Athènes put alors, en toute sécurité de conscience, prendre part à la guerre sacrée, où elle soutint la cause du temple de Delphes : c'était une manière encore de gagner la faveur du dieu. La place de
1. Pour l'ensemble do la vie de Solon, notre principale source est la biographie de Pliitarque, malgré les lô^ondes qui l'encombrent. La vie (le Diogène Laorce (1, 45 etsuiv.) a peu de valeur, en dehors des citalions do Solon qu'elle contient.
Solon dans la cité grandissait de jour on jour. Etranger aux partis, sa sagesse et son honnêteté le faisaient respecter do tous. Les riches, dit Piutarquo \ le considéraient parce qu'il était riche, et les pauvres parce qu'il était honnête. Ajoutons que sa sagesse était souriante, amie des plaisirs raisonnables, toute illuminée de bonne grâce et de poésie; son honnêteté n'avait rien d'étroit ni de mesquin : ses voyages, l'expérience des affaires, la comparaison des différentes cités avaient singulièrement enrichi et élargi rintelligence naturellement curieuse do celui qui plus tard, dans la vieillesse, écrivait ce beau vers : « Je vieillis en apprenant chaque jour quelque chose. » Par la supériorité de son esprit et par la grâce attrayante de son caractère, Solon avait toutes les qualités nécessaires à un arbitre. Ce fut le rôle que ses concitoyens lui donnèrent. En 594, ils le nommèrent archonte en le chargeant de régler la question des dettes. Solon prit l'ensemble des mesures que l'histoire désigne d'un seul mot par le nom de <7ev(7a;(9eva, « l'allégement du fardeau », et qui sont d'ailleurs mal connues -. Il est clair cependant qu'il mit dans ses réformes autant de décision que de prudence ; car la grosso question des dettes, incessamment agitée dans d'autres états, disparut alors d'Athènes pour toujours. Il y eut d'abord de la surprise et du mécontentement, à la fois parmi les riches et parmi les pauvres : preuve qu'il avait été modéré jusque dans ses hardiesses ; mais bientôt on lui rendit pleine justice; des cérémonies religieuses consacrèrent ses réformes, et de nouveaux pouvoirs lui furent donnés pour appliquer les grandes qualités dont il venait de