‹ Histoire de la littérature grecque (volume 3)Chapitre 93 sur 467 · P. LXKX et GII · texte numérisé non relu

P. LXKX et GII

Mais il est probable que, dans cette partie du recueil comme dans le reste, la plupart des vers sont do Théognis. D'où viennent-ils, en effet, s'ils ne sont pas de lui, et pourquoi les a-t-on ainsi rattachés aux Sentences du poète de Mégare? On a proposé sur ce point toutes sortes d'hypothèses * ; mais ce qu'on ne peut nier, c*est que beaucoup d'entre eux, à ne considérer que le style et la versification, aient tout à fait l'air d'être authentiques '. Il faut donc supposer que le faussaire (placé par les uns au iv® siècle avant Jésus-Christ, par les autres dans la période Byzantine!) avait merveilleusement réussi, dans un grand nombre de cas, à imiter la manière du poète auquel il voulait prêter ses propres inventions, et qu'en outre il avait eu la bizarre idée d'attacher cette sorte d'appendice au recueil le moins fait pour Tappeler. Il est plus simple d'admettre que Théognis, en morale comme k tous égards, était de son temps et de son pays, et que cet épilogue suspect présente à peu près la même proportion de vers authentiques que le reste du recueil. Ajoutons tout de suite, pour n'y plus revenir, que si le fond des choses y est ce qu'on sait, l'expression pourtant y reste plus mesurée et plus chaste qu'elle ne l'est parfois chez les poètes grecs dont la réputation est le moins suspecte. Pour conclure sur toutes ces questions d'authenticité, on peut dire que la figure de Théognis, malgré les interpolations, apparaît en somme avec netteté dans ses principales lignes, et que si, sur tel ou tel vers en particulier, il est parfois difficile de se prononcer avec décision pour ou contre l'authenticité, dans l'ensemble, malgré tout, nous le connaissons assez bien. Cela est vrai non seulement de sa physionomie morale et littéraire, mais aussi de sa biographie même, à la condition d'exiger moins

i. Cf. A. Couat, p. 285, 2. Id., p. 286.

des dates et des faits précis que le caractère général des événements qu'il a traversés.

Suidas ^ et saint Jérôme ^ disent que Théognis vivait dans la 59® Olympiade (344-541). On sait que c'est le moment où Uarpagos, le général de Cyrus, soumit la Lydie et Tlonie. Or, dans deux passages du recueil de Théognis, il est question de la frayeur que les Mèdes causent à la Grèce ^ Comme, dans le second de ces passages, on voit que le poète est un Mégarien, il n*est pas douteux qu'ils no soient de Théognis. Est-ce à l'expédition d'IIarpagos que ces vers faisaient allusion ? Les anciens évidemment l'ont cru ; c'est pour cela qu'ils l'ont fait vivre dans la 59* Olympiade; mais nous ne savons pas sur quels indices ils fondaient cette opinion. Quelques modernes veulent que ces vers se rapportent aux guerres médiques proprement dites ^. Comme il est question d'un danger à venir et qui semble encore éloigné, on pourrait, dans cette hypothèse, les supposer écrits au moment des premières difficultés entre Darius et les Grecs, dans les dernières années du vi* siècle. Mais il est téméraire de rejeter, sur une simple hypothèse, ce qui paraît avoir été l'opinion des anciens, appuyée sans doute sur des documents aujourd'hui perdus : quoi qu'il en soit, Théognis a dû vivre vers le milieu et dans la seconde moitié du VI® siècle '.

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