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Histoire de la littérature grecque

Introduction : traoslormation politique du monda grec ; ronséquuncoa littéraires^ les divers ccotreâ intellectuels. — J. A.thèDes. GoadJtions politiques nouTelles ; les Renres littéraires ; le nouvel esprit attique ; le nouveau dialecle attiqua. — II, Lee autres capitales littéraires : Aleiandrie ; PerRame. Les centres secomi aires (l'Asie- Mineure, la Sicile, les Iles. Aatioche, Tarse, etc.) Lrs dialectes poétiques et la xoivr,. — III. Conclusion. Esprit (lOnéral de cette période littéraire; qualités et défauts ; ressembUncea et différences avec les époques antérieures et postérieures. Méthode à suivre dans t'eipoeition do cette liistoire.

Le règne d'Atexandro accomplit dans le monde grec une transformation profonde : ce n'est pas seulement Athènes qui disparait du premier rang, où elle n'avait guère cessé de se maintenir depuis tes guerres médiques : c'est la vieille Grèce tout entière, la Grèce des cités indépendantes et rivales, ardentes à se disputer l'hégémonie, qui est irrémédiablement brisée avec Athènes et qui perd & jamais sa primauté politique. Désor-

Bist. de !■ Litl. grtcqu*. — T. V. 1

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2 CHAPITRE I". — CARACTÈRES GÉNÉRAUX mais la Macédoine, les nouveaux royaumes semés par Alexandre à travers l'Orient vont devenir les facteurs essentiels de la vie politique du monde g;rec, prodigieusement élargi. Les Antipater, les Ptolémée, les Ântiochus refoulent dans te loiotain de l'histoire les Nicias, les Cléon, les Démostliène, les Phocion. Des peuples immenses, à demi barbares ou formés par de vieilles civilisations que la Grèce connaissait mal, entrent dans le cercle de l'hellénisme. De nouvelles cités, à moitié grecques et à moitié orientales, plus peuplées, plus riches que les anciennes, dos cités à la mesure de cet hellénisme nouveau, surgissent comme par enchante ment. L'hellénisme n'est plus seulement en Grèce; il est partout où les armes d'Alexandre ont pénétré, et il y brille parfois d'un si vif éclat qu'il y semble plus chez lui que dans sa patrie d'origine et qu'on est sans cesse tenté d'oublier combien il y est superficiel.

Une pareille révolution politique, la plus grande que le monde ail vue avant l'empire romain, no pouvait manquer d'avoir des conséquences immenses pour la littérature. La vieille capitale littéraire des deux siècles précédents, Athènes, avait désormais des rivales plus jeunes, et toutes diiïérenles, dans ces villes nouvelles qui s'appelaient Alexandrie, Antioche, Tarse, Pergame. Elle-mùme, d'ailleurs, ne ressemble plus à ce qu'elle avait été autrefois. Ni le Grec d'Alexandrie, ni l'Athénien du iii° siècle ne sont le même homme que l'Athénien contemporain de Thucydide ou de Platon. Les œuvres, par conséquent, diffèrent aussi. D'une manière générale, on peut dire que la différence essentielle est celle-ci : la littérature grecque, durant la période d'indépendance nationale, avait toujours vécu de la vie même de la cité, dont elle avait reflété très fidèlement l'évolution naturelle : c'était une littérature populaire, traditionnelle, une littérature de « plein air ». Désor-

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mais, la cité n'élant plus que l'ombro d'elle-même, la. littérature devient à la fois plus individuelle et plus cosmopolite, plus savante aussi ; elle ne sort plus d^ entrailles mêmes de la cité; c'est une littérature d'école, de cénacle, de bibliothèque, de cabinet, moins marquée de traits régionaux et qui exprime surtout la. culture grecque en tant qu'elle est, par tous pays, )a culture des gens bien élevés. Avant d'entrer dans le détail des Faits, il faut jeter un coup d'œil sur les divers théâtres où cette littérature se développe et sur les conditions d'existence qu'elle y trouve.

' Athènes, & première vue, semble avoir peu changé. Un voyageur qui l'aurait quittée au temps du procès de la Couronne aurait pu la revoir, trente ans plus tard, sans être trop dépaysé. Il y aurait retrouvé les mêmes monuments, le même peuple vif et curieux, presque les mêmes institutions, en tout cas les mêmes fêtes religieuses, les mêmes concours dramatiques et lyriques, parfois aussi les mêmes querelles personnelles, les mêmes enthousiasmes et les mêmes dénigrements. Une élude plus attentive l'aurait pourtant vite averti que l'antique décor encadrait une pièce nouvelle. Cette vie politique apparente n'était plus qu'une ombre. Pendant dix ans, de 318 à 308, Démétrius do Phalèrc avait été, au nom de Cassandre, le maître d'Athènes, un maître à la main légère et à la parole fleurie, mais un maître imposé par la Macédoine> Ensuite était venu Démétrius Poliorcète, à qui les.Ath^iens donnèrent le titre de roi. Plus lard, le .joug de l'étranger sembla parfois s'alléger. Mais en -somme, aux moments mêmes où il fut le

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4 CHAPITRE 1". — CARACTÈRES GÉNÉRAUX moins lourd, Athènes n'eut plus guère que des libertés municipales, et toute vie politique vraiment activelui fui fermée. Même la vie des affaires alla s'affaiblissant. Le Pirée recevait toujours des navires, mais il n'était plus le principal entrepôt du commerce dans le monde grec. Les flottes et les caravanes prenaient ia route d'Alexandrie. De plus en plus, Athènes glissait vers ce demi silence des vieilles capitales déchues, où le passé tient plus de place que le présent et où le goût des belles curiosités survit au désir de l'action. Elle avait encore très grand air et le souvenir de sa gloire passée lui faisait une auréole. La lincsse de l'esprit et la délicatesse du goût, naturelles sur le sol de l'Attiquo, s'y étaient encore affermies par l'hérédité d'une longue culture. On. venait toujours à Athènes comme à la patrie de l'atticisme. Mais ce mélange d'activité pratique et de spéculation, qui avait donné à l'ancien atticisme son caractère unique de pondération et d'harmonie, avait disparu, et la noble cité des Périclès et des Thucydide tendait à devenir une ville-musée, ou encore une ville de disputeurs oisifs et de beaux-esprits.

Dans cette atmosphère, beaucoup de genres littéraires qui avaient fleuri au v* et au iv» siècle vont s'étioler. Ne parions pas de l'épopée, qui est morte depuis longtemps, ni du lyrisme, qui est devenu déjà depuis un siècle un article de production courante et banale plutôt qu'une forme d'art vraiment vivante; ni enfin de la tragédie, qui n"a plus, au iv* siècle même, qu'une existence assez factice. Mais l'éloquence qui, sous ses troia formes historiques, a rempli du bruît de ses périodes, pendant plus d'un siëele, la place publique, les tribunaux, les réunions, que va-t-elle devenir? Elle subit une complète éclipse. Les discours délJbératifs, d'abord, ont disparu avec l'activité politique. Les tribunaux, il est v'rai, continuent d'entendre des plaidoyers, mais la vie-

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et l'éclat s'en sont retirés : il n'y a plus d'affaires politiques, plus de ces causes bruyantes qui étaient l'épilogue ordinaire des luttes delà tribune aux harangues; et quant aux affaires civiles, après un siècle de rhétorique et d'exemples oratoires, c'est un métier plus qu'un art de les plaider : beaucoup sans doute y réussissent, mais on ne sait plus leurs noms, qui n'intéressent que leurs clients. L'éloquence d'apparat, enfin, ne peut guère, après Isocrate, faire autre chose que se répéter ; tous les secrets du bien dire sont connus; ils le sont même trop : on ne peut plus, dans cette voie, frapper beaucoup les imaginations; la rhétorique va devenir affaire d'école et instrument d'éducation plus encore qu'objet d'art et de pratique solennelle. Voilà donc bien des genres qui meurent ou qui déclinent. Que reste-t-il? Il reste d'abord, en poésie, la comédie, mais la comédie dite « nouvelle », celle de Ménandro; comédie de moeurs privées, de fine observation psychologique, de morale facile, fidèle image de cette société polie et spirituelle ' ; ensuite certains genres secondaires, parfois satiriques, comme les SiUes de Timon. Il reste surtout deux grandes voies ouvertes à l'activité intellectuelle et où la foule des esprits se précipite avec une ardeur incroyable : l'une est celle du savoir proprement dit, sous ses formes diverses, histoire du passé, connaissance des choses naturelles, étude et recherche de tous les faits positifs de tout ordre ; l'autre est celle de la spéculation philosophique et morale qui s'attache à régler la vie humaine. La science de la nature et la philosophie avaient été jadis une seule et même chose ; elles tendent maintenant à se séparer, à mesure qu'il entre dans la science de la nature plus de recherche positive et d'érudition, et, dans la philosophie,

1. Cette comédie a été étudiée précédemment, au tome III, à caQH des liens étroits qui la rattachent à la comédie antérieure.

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6 GHAPITBE l". — CA^BiCTÈBES GÉNÉRAUX plus de préoccupation morale. De ces deux ordres d'aclivilé^ il est difficile de dire lequel, au m* siècle, a été le plus fécond r le nombre des écrits historiques, érudits, scientifiques, est immense, comme celui:des ouvrages philosophiques. Iklais c'est certainement la philosophie qui fait le plus de bruit dans le monde et tient le premier rang; d&ns la pensée des contemporains. Les érudits sont isolés et silencieux. La philosophie, au contraire, s'organise en écoles qui ont des chefs, des disciples nombreux, des établissements presque officiels, une tradition, toute une hiérarchie et une continuité qui sont le ciiractère des grandes institutions. Ces écoles attirent en foule les étrangers. Jeunes gens et hommes faits s'y enrôlent comme dans dos ordres religieux et y restent généralement fidèles. Elles se disputent d'ailleurs entre elles, et le bruit de leurs discussions remplit Athènes, comme, au moyen âge, les querelles d'Abailard et de S. Bernard,ou des Dominicains et des Franciscains, remplissaient l'Université de Paris. Les cigales dont parlait Socrate dans le Phèdre ne sont pas mortes; elles continuent de babiller sans relâche : l'Académie, le Lycée, le Portique, le jardin d'Epicure retentissent de leurs disputes. Les philosophes sont si bien à la mode que c'est d'eux que se moquent les satiriques, un Timon, par exemple, dans ses Silles, un Philémon dans ses comédies.

L'esprit attique, dansces emplois nouveaux, conserve quelques-unes de ses qualités essentielles : la curiosité intelligente et vive, la finesse déliée, le goût de la simplicité élégante, et même une certaine indépendance incoercible de la pensée, sinon du caractère : la foule, qui élève des statues aux tyrans, les cbansonne ; les philosophes, docilement soumis au régime macédonien, s'enivrent d'une liberté intellectuelle illimitée. Le sentiment de l'art pourtant s'affaiblit à certaiiiE égards : il se

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