‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 110 sur 514 · Eusebe, Chronique, II, p. tlB · texte numérisé non relu

Eusebe, Chronique, II, p. tlB

2. ( tément d'Alex., Slrom. I, 303 D. Cf. Valckenaer, De Aritlobuio Judaeo, philosophû peripalelico Âltxandriae, Lejde, ISOG (Susemlhl. II, p. GS9).

jM,Googlc

ÉCBIVAINS JUDÉO-ORECS 153

ment il dômonlrait aux païens (car c'est à eux qu'il s'adressait) que la sagesse de leurs philosophes dérivait des sources juives. Philosophe et lettré, Aristobule n'écrivait pas le grec des Septante ; mais cela ne veut pas dire qu'il fût un grand écrivain.

C'est encore à des Juifs d'Alexandrie qu'il faut rapporlerdiversécrita apocryphes inspirés, comme l'ouvrage d'Aristobule, par le désir de rapprocher la pensée juive de la pensée grecque : on fabriqua des vers d'Orphée et de Phocylide. des ouvrages d'Hécalée, des oracles sibyllins. Le Pseudo-Orphée, le Pseudo-Phocylide n'ont aucune valeur littéraire., mais témoignent d'un état d'esprit curieux. Nous avons mentionné plus haut les ouvrages qu'on attribuait à Hécatée d'Abd(!re Sur les Juifs et Sur A braham : on n'en connaît guère que les titres.

Quant aux oracles sibyllins, on sait que, dans leur état actuel, ils forment un amalgame confus de vers prophétiques d'origines variées '; parmi les diverses Sibylles auxquelles on les rapportait, il en est une qu'on appelait Chaldéenno ou Juive. C'est elle qu'on regardait comme l'auteur des oracles qui forment le lU' livre do nos éditions. Beaucoup de ces oracles sont visiblement d'époque récente et même chrétienne, mais une partie au moins d'entre eux semblent appartenir k la période alexandrine. Le seul intérêt littéraire de ces cantons prophétiques est de nous montrer que, dans la colonie juive d'Egypte, la connaissance familière des vieux poêles grecs était assez répandue pour permettre la fabrication et la diffusion de semblables pastiches. Ils sont d'ailleurs ai peu poétiques qu'on nous excusera

t Éditéa par Alexandre, Paris, 1869 (î* édition), et rÈceinmeol jarRzacb, Leipzig IFreylag), 1891.

jM,Googlc

154 CHAPITRE III.— RHÉTORIQUE, HISTOIRE, ETGde les avoir mentionnés dans ce chapitre avec les autres productions de l'inspiration judéo-grecque.

Après ce long voyage à travers tant de médiocres productions en prose, revenons à la poésie, qui nous montrera du moins un peu d'art véritable et parfois une veine encore pure de délicat hellénisme.

jM,Googlc

jM,Googlc

Études grecques, 1893i p. 558-566, — Priocipales éditions : Erneati, Leyde, 1761 (2 vol., avec trad. latine, notes, etc.) ; Meineke, Berlin, 1861 (les Hymnes seulement).

Akatos. — Ms. de Venise, Marcianui 476, avec scholies. — Éditions de Butlmann, Berlin, 18Î6; Bekker, Berlin, (828; Kœchly, Paris, 1851 (dans les Foetae hucoliei, t. II, de la Biblioth. Didot).

Apollonios de Rhodes. — Mss. principaux : Laurenlianvs XXXII, 9, du xi^ siècle [le célèbre mss. d'Eschyle et de Sophocle), et Guelferbytanus, du xiii" S. ; types de deux familles. — Édition critique de Merkel, Leipzig, 1834. Éditions de Wellauer, Leipzig, 1828; Lehrs (dans VBésiode Didot), Paris, 1862; Merkel, Leipzig, (882 (dons la bibl. Teubner, avec introd. critique). — Trad. française de De la Ville de Mirmont, Bordeaux, 1892.

Anthologie.— L'Anthologie dite de Constantin Céphalas nous a été conservée par le Palatintis 23, du xi" siècle, découvert par Saumaise à Heidelberg en 1808. Celle qu'on appelle l'Anthologie Planudéenne vient d'un ms. de Venise, Vendus 481, de la main même de Planude. D'autres mss. de Paris (2720) et de Florence (lvii, 29) renferment une troisième Anthologie, dite H de Tliessalos », et une quatrième {Sylloge Crameriana) se trouve dans le ms. de Paris 352 du suppl. grec. Cf. Ouvré, . Méléagre de Gadara, p. 9-13. — Principales éditions : Brunck, Strasbourg, I78S; Jacobs, Leipzig, l"9i-t81t (13 volumes, oi^ les pièces sont classées par auteurs, dans l'ordre chronologique) ; Bibl. Tauchnitz, Leipzig, 1819 ((872), 3 vol. ; Dilbner, bibl. Didot, Paris, 186i-l872, 2 vol. avec Irad. latine. — La trad. latine, en vers, de Hugo Grotius, est excellente; elle a paru dans l'éd. de Boscli (Utrecht, 1793) et dans celle de Dûbner-Didot. Trad. française de Dehèque, Paris (Hachette), 1863.

Pour les autres poètes alexandrins, voir les indications données au cours du chapitre.

jM,Googlc

INTRODDCnON

Somuaihb.

IntroductioD. — I. Les premiers maîtres de l'élégie et de l'épigramme aleisodrines. PhilélHB.Herinésianai. PbanoclèB. Alexandre d'Ëtolie. Asclépiadede Samos. Simias de Bhodes. Posidippe. Hédytos. Bel-esprit et érudition. — II. I>b8 réalistes. Sotadès, RbiDton, etc. Ud fragment de mime anonyme ; Uérodas. —III. Lea grands artistes alexandrins. Théocrite. Léonidas de Tarente. — IV, Les poètes académiques. Gallimaque. Aratos. ApoUonios de Rhodes. — V. Un poète bizarre: Lycophron. — VI. Les « épigonee > et imitateurs. Épopées d'Eupliorion de Chalcie, de Rbianos, d'Archias. Poèmes didactiques d'Ératostbène, de Nicandre. Élégies d'Ératostbène. VOaritlyt. Idylles de Bion, de Moscbos. Les épigrammes de Dioscoride, d'Alcée de Messéne. d'Antipater de SidoD. de Méléagre, de Pbili>dème, d'Archiae. La Couronne et les Anthologie*. Conclusion.

Si nous avons commencé l'étude des œuvres alexandrincs par celle de tant d'écrits en prose où l'érudition la plus curieuse, mais parfois la plus sèche, s'exprimait en unstylo incolore, c'est que cette érudition laborieuse est vraiment le caractère essentiel do l'époque et que la poésie même en subit l'influence. Les poètes de ce temps ne sout plus, comme jadis en Grèce, les disciples inspirés d'une tradition ancienne et toujours vivante, chantant pour le peuple, dans des fêtes animées de l'esprit du peuple, en relation étroite avec la vie même de la nation. Il n'y a plus de nation, plus de cité proprement dite; il n'y a plus de peuple qui vive d'une vie à la fois littéraire et morale dans l'enceinte de la cité. Il n'y a que des individus, dont l'immense majorité s'absorbe dans la vie matérielle de chaque jour, traversée parfois de rêves sensuels ou mystiques, tandis qu'une petite élite relit les vieux chefs-d'œuvre. Les poètes écrivent poiir cette élite, quelques-uns sont eux-mêmes

jM,Googlc

158 CHA.PITRE IT. — LA. POÉSIE ALEXANDRINS des érudits; tous sont des hommes d'étude. Us ne s'occupent guère du peuple, qui ne parle pas la même langue, qui n'a ni la même éducation ni la même âme. Leur public est un cénacle. Leur poésie s'adresse à des lettrés, qui lisent un poème comme un traité de grammaire, à tête reposée, dans le silence de leur cabinet de travail, ou qui l'écoutcnt réciter dans une réunion de beaux esprits. De là une transformation profonde du fond et de la forme. Les sujets traités ne sont plus les mêmes, ni la manière do les traiter ; composition, style, versilicatioQ, tout change. Les genres anciens disparaissent, ou s'altèrentsi fortement qu'ils en deviennent mé- ^connaissables; d'autres naissent ou se développent. Un Pindare, un Eschyle, un Aristophane, transportés dans la Grèce du m" siècle, s'y seraient trouvés étrangement dépaysés. Le fond de toute poésie, désormais, c'est l'amour. A mesure que la vie de chacun est devenue plus étroitement individuelle, le plus fort des sentiments individuels a passé au premier plan dans la littérature comme dans la vie. Cet amour est surtout sensuel et quel<jucfoîs passionné : le plus souvent, il se réduit à une galanterie assez fade. Le mal de cette génération est le trop de littérature : on pourrait lui appliquer, à plus juste titre encore qu'aux. Romains du i" siècle, le mot de Sénèque sur ses contemporains : litterarum intemperanlia laboramus. L'excès de littérature dessèche les sentiments les plus naturels, et les gâte par le bel esprit, par l'étalage de l'érudition, ou au contraire par une affectation de fausse naïveté. It y a de tout cela chez les poètes alexandrins : ils chantent souvent des « Iris en l'air », ou s'en donnent l'apparence; car ils semblent moins possédés par leur passion que soucieux de montrer leur savoir mythologique ou de jouer spirituellement la simplicité. L'artdo la composition faiblit, comme il arrive toujours quand la sincérité du senti-

jM,Googlc

IHTRODDCIIOH 16{f

ment diminue : car c'est la préoccupation sincère d'une idée dominante qui maintient d'un bout à l'autre l'unité de ton et l'harmonie j quand le bel esprit l'emporte, il s'amuse aux détails, il s'attache au « morceau », et n'a plus la force de lier l'ensemble. Le style, au cuotrairc, devient l'objet d'une étude raffînéc : ces poètes lettrés, qui écrivent pour d'autres lettrés, ont le culte de la forme; jamais on ne connut mieux l'art de ciseler une phrase; jamais on ne mit plus de soJni plus d'effort, plus de savoir dans le choix des mots ; jamais on ne fut plus artiste d'intention. Le succès ne répondit qu'en partie à tant d'efforts : si la netteté de la phrase fut incomparable, l'inconvénient |d'écrirc une langue déjà presque morte, ou du moins profondément artificielle, se fit trop souvent sentir chez les plus habiles. La versification, enGn, par cela seul qu'elle s'adresse surtout à des lecteurs, change profondément de caractère. Les rythmes lyriques reculent sur toute la ligne; l'hexamètre simple ou le distique élégiaquc tondent à se substituer à la variété des anciens mètres; en revanche, la facture de ces doux mètres préfén'îs acquiert une précision et une finesse inconnues . Dans cette transformation radicale de l'art, les genres eux-m<^mes sont atteints. L'épopée devient une œuvre de cabinet; le vieux lyrisme n'a plus l'occasion de se produire que dans quelques cérémonies traditionnelles des pays d'ancienne langue grecque ; ;la tragédie, déjà compromise par l'abus de la rhétorique au iv' siècle, tourne de plus en plus à l'exercice d'école; la comédie ne survit guère qu'à Athènes. D'autre part, l'élégie amoureuse et mythologique, le mime, la poésie Satirique, la bucolique, l'épigramme, l'hymne officiel et mondain se développent. Tous ces genres, chose remarquable, .ne comportent guère qu'une étendue restreinte; les artistes de ce temps ont pleinement conscience, en général.

jM,Googlc

que la brièveté est une loi nécessaire de leur art savant et minutieux ; les Callimaque, les Théocrite lo savent et le disent, malgré l'opposition d'ApoUonios de Rhodes; en cela, ils sont vraiment artistes, car ils saisissent avec justesse les conditions essentielles de l'accord à établir entre la nature de leur inspiration et la forme extérieure de leur art.

L'histoire de cette production poétique, & la fois abon- .'.dante, très diverse, et fort maltraitée par le temps, est diflîcile à présenter d'une manière tout h fait satisfaisante. L'ordre Ichronologique est souvent impossible à établir avec rigueur. La division par genres, fréquemment adoptée par les historiens, a le double inconvénient de trop négliger l'ordre des temps, et de correspondre mal à ce fait capital que beaucoup de poètes alexandrins traitent à la fois plusieurs genres. Nous essaierons de montrer avec plus de précision et de souplesse l'évolution générale de l'art dans cette période confuse. Laissant entièrement de côté la nouvelle comédie attique, dont il a été parlé plus haut et qui n'a rien de vraiment alexandrin ', négligeant aussi les productions tardives du lyrisme proprement dit (poèmes d'isyllos à Ëpidaure ', hymnes dciphiques '), qui ne sont qu'un pâle reflet de la littérature antérieure, nous nous attacherons exclusivement aux œuvres caracté- Hstiques du m* et du ii* siècle, et voici à peu près ce que nous tâcherons de mettre en lumière : 1^ d'abord

t. Cf. t. III.

2. Texte publié, d'après une inscription sur marbra, par Kavvadias. 'EfTitupU^puaioV-, I88S, p. 66 et suit. ; et. Wilamowitz-MœlleDdorfT, hylla$ von Epittauroi. Berlin, 1886 (t. IX des Fhihl. LnUrtuch.) — Isylloa vivait au début du m- siècle.

3. Fouilles de Delphes. CF. Bulletin de corretp. hetUn.. lB9i et ISgS, articles de H. Weit et Th. Reinacb. — Ces bymnes sont de la fin du iii* siècle : le grand Intérât de cette découvarte est dans les notes musicales qui accompagnanl le texte.

jM,Googlc

Page 1