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218 CHAPITRE IV.— LA POÉSIE ALEXANDBINE iesétrangetés, lesmiraclea romanesques, les métamorphoscB;il yade l'Ovïdeàchaque pagedanaceshyinnes,c'eslà-dire de l'esprit, sans aucun mélange de piété. Il j fait môme une place à ses querelles littéraires : \'Bt/mne à Apollon se termine d'une façon singulière par une allusion mordante à son ennemi Apollonios de Rhodes. Les interprèles s'en sonl étonnés; on a quelquefois supposé que Callimaque avait dû écrire ces vers après coup, dans une révision de son poème; mais l'iiypotlièse est inutile: Callimaque se souciait plus de sa grande querelle que du dieu de Cyrène, et il a trouvé l'occasion bonne pour en dire un mot.
L'art de l'écrivain traduit fidèlement son inspiration. — Dans la composition de ses hymnes, il cherche surtout le moyen de dérouler en bon ordre des morceaux où paraîtront son enthousiasme de commande, sa merveilleuse érudition, son habileté à raconter; et il s'en tire avec beaucoup d'adresse. Il commence d'ordinaire par l'enthousiasme. Viennent ensuite, au hasard apparent des évocations, en réalité dans un ordre chronologique exact, les allusions rapides aux légendes qu'il ne tient pas à développer; enfin la légende principale, celle où il mettra tout son art, toutes ses politesses à Ptolémée, toutes ses inventions de mythographe érudit et spirituel. La pièce se termine en générai par des vœux et dos allusions. Il ne faut pas chercher dans cet art de composition l'unité supérieure d'impression qui fait la beauté d'une ude de Pindare : aucun sentiment profond ne domine Callimaque; il fait une oeuvre d'habileté savante, une mosaïque patiente et ingénieuse. — Son style présente le mémo caractère. Le dialecte des hymnes est d'ordinaire un ionien plus ou moins composite : deux fois seulement, des circonstances particulières l'ont amené à se servir du dorien. Peu lui importe : il est savant, il connaît et manie tous les dia-
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CALLIM&QUE 310
lectes lîUéraires de la Grèce. Son vocabulaire est puisé à toutes les sourc-es : il est riche, amusant, composite; il manque de pureté, et parfois de clarté. A côté d'un terme archaïque, rare et obscur, on trouve un mot de la langue commune : cela fait une bigarrure qui traliit à la fois beaucoup de savoir et un certain manque do celte qualité plus précieuse qui produit dans les œuvres d'art l'harmonie. Il a du moins le mérite de n'être ni vague ni banal; ses mois, quelle qu'en soit l'origine, ont un sens précis; l'idée est nettement rendue; avec plus de netteté, il est vrai, que de poésie : sa précision a quelque chosede dur; on y voudrait plus de grâce, plus de mollesse, un peu plus d'images et de rêve. Sa phrase est vive, brève en général, toujours nette et bien découpée. Il sait à la fois la dérouler avec élégance et la briser en petits membres courts pour simuler une émotion qu'il ne ressent pas. A ne regarder que l'extérieur, on dirait presque du Théocrite : c'est la même rapidité légère et forte, la même musique tour à tour caressante et haletante. Seulement, ce n'est là qu'une apparence : si l'on écoute les paroles de la chanson, on les trouve sèches et prosaïques '. — Sa versification aussi rappelle celle de Théocrite, par l'abondance des dactyles, par l'usage fréquent de la césure bucolique, par l'habileté à mettre en bonne place un grand mut, par l'emploi discret de la fîa de vers spondaïque, par la coupe heureuse de la phrase poétique et l'allure dégagée de l'ensemble *. Mais, ici encore, cette ressemblance est super- 6cielle : tout ce qui est du métier, Callimaquc le possède en perfection. Ce qui lui manque, c'est le don inné d'accommoder cette forme impeccable à des sentiments qui l'exigeât et la justiûeot; c'est, en un mol, cette petite
1. Voir, par exemple, daoa VBipme à Zeui, les vers 3B-41, 1. Cf. Conat, p. 2SS.
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220 CHAPITRE IV. — LA POÉSIE ALEXANDEINE hose mystérieuse qui distingue le très habile versifiateur du véritable poète.
Les autres œuvres de Callimaquc, que nous connaisans mal, devaient cependant ressembler beaucoup à ea Bi/mnes par leurs côtés les plus importants.
Parmi ses poèmei é!égîaque.s, les plus célèbres laient, outre VHijmne à Pallas, son grand ouvrage des ttuses (AtTw) et le poème sur La chevelurede Bérénice. - Celui-ci avait inspire à Catulle tant d'admiration u'il l'avait traduit littéralement '. L'original grec est crdu, mais la traduction de Catulle nous en donne une dèle image. C'est un jeu d'esprit par le fond et par la >rme. La reine Bérénice, au moment oii son mari allait arlir pour une expédition militaire, avait promis de conicrcr unebouclede ses cheveux à Aphrodite, afin d'assusr au roi un heureux retour. Le vœu accompli, la boucle B cheveux disparut du temple. L'astronome Conoii, bon )urtisan, déclara qu'elle avait été transformée en ne constellation qu'il venait de découvrir dans le ciel, ïltimaque fait parler la chevelure : elle raconte comlent elle est devenue constellation,, et elle regrette Eilamment son premier séjour. Sur ce canevas léger, le L>ëte brode tour à tour des vers astronomiques, puis es descriptions spirituelles et un peu libertines de l'alour conjugal, enfin des maximes assez inattendues sur I sainteté du mariage. Tout cela forme un badinago jsez agréable, mais fait trop songer aux petits puèles [1 xviii* siècle. — Le poème des Causes était une œure beaucoup plus considérable ^. Il comprenait quatre vrcs, ainsi qu'on le voit par les citations des graralairiens. Ces citations, malheureusement, sont trop peu