CALLIMAQUE 33S
des récits de légendes curieuses (comme celle d'Érich* thonios) introduites dans les entretiens mêmes et formant épisodes. Ce poème nous était fort mat connu, lorsque, en 1893, le déchilTrement d'une tablette en bois nous en a rendu cinquante vers nouveaux, accompagnés d'indications qui ont permis d'évaluer avec vraisemblance la longueur approximative de l'ouvrage ■. Les premiers vers des nouveaux fragments senU)tent contenir une conversation entre Hécalé et la corneille qui avait trahi le mystère de la naissance d'Éricblhonios. On voit, à la fîn de ce passage, pourquoi les corbeaux aujourd'hui sont noirs, tandis qu'ils étaient blancs à l'origine. L'auleurdes (AÏtw} se Irabit icid'unc manière frappante. Les vers qui suivent sont les plus jolis de ceux qu'on a retrouvés; un voisin, tout glacé par le froid du matin, vient réveiller JIccalé, qui s'est endormie en causant :
AlloDs, les mains des voleurs ne sont plus en chasse; voici qoe brillent les lampes matinales; le porteur d'eau chante son refrain; la muison voisine de la rout« s'éveille uu bruit de l'essieu qui crie sous le chariot, et les forgerons nous assommenl en s'assourdissant eus -mêmes.
Tout cela est fort joli, mais combien éloigné de l'épopée proprement dite! On comprend qu'Apollonios et Caliimaquc ne pussent pas s'entendre., l.c poème se terminait parle retour triomphal de Thésée, retour dont le poète nous décrit encore avec une précision érudite certains détails qui devaient avoir une valeur rituelle, et par la mort d'Ilécalé', qui n'a d'ailleurs laissé aucune
1. T. l'arlicle de Tb. Rainach, Revue des Études grecques. 1893, p. t!3-aS6, où les fragmenta de VHécalé eoDt donnâa et traduits. — ' Sur l'eDaambla de VBéciM. l'étn^le de M. Couat (p. 35S-3St), liiea qn'antérieare aux dernières déconcertes, est toujours à llrn. 1 Cf. Couat, p. 387.
jM,Googlc
284 CHAPITRE IV.— LA POÉSIE ALEKANDRINE trace dans lo fragment nouveauy Une épigramnie <îe Cri* nàgoras, dans VAntholo^ie ', montre l'estime que les connaisseurs faisaient de VBêcalé : il est probable que c'était en eiïet du meilleur Callîmaque.
On peut en dire autant des épigrammes qui nous restent sous son nom. Elles n'ont pas seulement l'élégance ordinaire à ce genre de composition ; elles ont du (our et du trait, elles sont vives et spirituelles. Les qualités de Callimaque, si elles n'étaient pas de celles qu'on est en droit d'attendre de qui aborde les grands sujets, convenaient au contraire merveilleusement à de petites pièces (ie circonstance, oii la poésie proprement dite n'est pas indispensable.
La gloire de Callimaque, quoique fort grande de son vivant, eut desadversaircs, nous l'avons vu'. Au total, c'est l'admiration qui domine. Catulle a traduit un de ses poèmes : Ovide l'a beaucoup imité ; Properce l'invoque avec Pbilétas '. Quintilien le met encore au premier rang des élégiaqucs *. Cependant l'opinion contraire avait aussi des défenseurs. Un poète de date inconnue, Antipbane, a écrit sur lui et sur son école, sur celte race maudite de grammairiens qui rongent les grandes œuvres et ncgoùtent qu'Érinna. uneépigramme mordante qui n'est pas sans vérité '. Martial lui reprocbc de n'être qu'un érudit, à qui manque la saveur de la pure humanité '. La juste mesure se trouve peut-être dans le