‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 147 sur 514 · Ten · texte numérisé non relu

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i. Version, i. Vers la» et SQir.

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234 CHAPITRE IV. — LA POÉSIE A.LESANDRINK elles vont trouver Cypris, pour lui demander d'envoyer Éros à la jeune fille. Les déesses n'ont rien de surhumain : ce sont de belles dames d'Alexandrie, élégantes et spirituelles. Cypris est à sa toilette quand les deux autres arrivent. Éros est un enfant gâté, dont sa mère parle avec un gentil mécontentement. On le trouve en train de jouer aux osselets avec Ganymède : Cypris, pour le décider, lui promet un jouet, une sorte de ballon métallique construit jadis par Adraslée pour Zeus enfant. Éros, enchanté, range ses osselets, les compte, les jette dans la tunique de sa mère et s'équipe pour sa nouvelle expédition. On voit le ton léger, te badinage spirituel, fort gracieux parfois, mais fort peu épique. Nous sommes beaucoup plus près d'Ovide que d'Homère ou même do Virgile.

Avec l'amour de Médée, tout va changer. Ce n'est pas qu'ici encore le bel-esprit alexandrin ne reparaisse en maint passage, tantôt sous la forme érudite, tantôt sous la forme du «joli s; mais ces gentillesses passent au second plan et s'effacent; ce qui domine, c'est un sentiment sincère et fort, une vraie passion, et le caractère du poème s'en trouve modillé profondément. Mais est-ce là, dira-t-on, un sentiment épique, au sens propre du mot? Non, sans doute, si l'on s'en tient à Homère; oui, si l'on doit admettre que Virgile aussi, à sa façon, est un grand poète épique : quelle que soit la force des traditions originelles, il est certain que les genres se modifient, et que ces modifications sont légitimes quand elles sont belles. Or Apollonios, en créant sa Mcdée, a créé une très belle chose. 11 a élargi, mais non brisé, te cadre de l'épopée. 11 y a fait entrer l'amour, et il a su peindre cet amour avec assez de puissance à la fois pour le rendre digne des grands noms de la légende, et assez de nouveauté pour laisser une trace impérissable '. ,

1. Sur la Médée d 'Apollonios, cf., outre les études, déjà citées, de

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APOLLONIUS de: flHODES 2âû

La nouveauté de la peinture d'Apoltonios consiste d'abord dans une subtilité d'analyse dont il n'y avait avant lui aucun «xemple. On n'a peut-être pas assez dit combien c'était une chose neuve, & cette date, que d'étudier heure par heure, pour ainsi dire, l'éclosion d'un seotiment dans une &me, d'en suivre les progrès minutieusement, d'en dire les incertitudes, les combats douloureux, et d'arriver peu à pou, sans défaillance, jusqu'à l'explosion finale, décrite avec une vigueur et un pathétique admirables. Euripide, certes, avait été un grand peintre de l'amour. Sa Médée, sa Phèdre surtout, Bont des amoureuses d'une grandeur tragique, mais elles ne nous font pas assister à l'évolution de leur passion: nous n'en voyons que les derniers combats. Ici, l'analyse psychologique est poussée aussi loin que dans un roman moderne. A partir du moment où Médéo a été blessée par ÉroB *, nous la suivons pas h pas jusqu'au terme inévitable. Après l'audience accordée par Éètès à Jason, le souvenir du hérosl'obsède sans relâche*. Un songe achève de la troubler '. Sa sœur Chalcippe, comme la sœur de Didon dans l'Enéide, se fait sans le savoir, et de la manière la plus naturelle, la complice d'Éros*.

La joie, la honte, te désir de mourir déchirent l'Âme de Hédée *. Enfin l'amour est le plus fort; elle mettra au service des Argonautes le secours de sa puissance magique. Elle se rend au temple d'Hécate où Jason doit ta rejoindre : après une attente solitaire et pleine d'angoisses, elle voit venir te héros'. L'entretien s'engage,

CoDal et de M. J. Oirard, l'article de Sainte-Beuve, dans les PortniU fwilemporaiiu, t. V.

i. III, ns-î»3.

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