CHAPITRE V
Manuscrits. Les cinq premiers livres de Polybe nous ont été conservés dans leur intégrité par divers mss.. dont le principal et le plus ancien est le Vaticanus 124 (du xi* siècle); K's autres [Lauretilianus, deux Sfonaeenses, ParUinus I6t8) sont récents et inférieurs^ mais méritent d'être consultés à cause do certaines leçons de provenance ancienne. —Les livres vi-xviii nous sont connus par une suite d'extraits conservés dans an ins. d'Urbin {Urbinas 102), qui contient aussi des extraits analogues dos cinq premiers livres. —Pour les derniers livres, enfin, en debors des citations anciennes, nous en sommes réduits à des extraits disposés logiquement, dans la compilation qne Constantin Porphyrogénéte(x» siècle) avait faitfaire des principaux historiens grecs. Cette compilation comprenait 93 sections dont chacune répondait à un ordre spécial de sujets. Il nous reste deux de ces sections : mpl «pt^etiùï, etKtplàpi-tôî xaixxtiai, conservées surtout dans deux mss. de Munich {Uonaeettset (83 at 187) et dans un ms, de la Bibliothèque de Tours. Des fragments des autres sections ont été retrouvés dans divers autres mss. : un palimpseste du Vatican (Vatkanus 73) édité par Angelo Mai {iripi yvwfuûï); un ms. de l'Escurial, édité par Feder (jrtpi tjriÇoviiiv) ; un ms. du mont Athos (retrouvé par Jlinas, •t aujourd'hui déposé à la Bibliothèque nationale, suppl. gr. 007), publié par Wescher, Poliorettique des Gréa, Paris, 1867. Un certain nombre des fragments provenant delà compilation
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POLYBE 2fll
de Constantin Porphyrogénéte sont extraits des premiers livres de Polybe, dont nous avons le texte complet.
Editions. Les principnles éditions sont cpllesde ;Hervagiui:, Bâie, 1549; Casaubon, Puris, 1609; Schweighauser, Leipzig, 1789-1793; Bekker, Berlin, 1BU, 3 vol.; Dûbner (Bibl. Didot), Paris. 1839 (1865); Dindorf (Bibl. Teubner), I86e-t868; et surtout tes deux plus récentes : la grande édition critique de Hnltech, Berlin (Weidmann), 1867-1871, i vol., et la révision de l'édition Dindorf par Buttner-Wobst, 1862.
Lexique. SchweighAuser a publié à part (Oxford, ISÏ2) te lexicon Polybianum contenu dans le tome vin de son édition.
Traductions. Polybe a été traduit en français par Félix Bouchot (Paris, Charpentier, 1817; 3vol.) — Trad. allemande de Haakh et Kraz, Stuttgart, 1858-18711.
aoiiitoinB.
Introductioa : grandeur originale ds Polybe. \~ I. Biographie. — 11. Ses œuvres. Plan de son B'utoire; état actuel ; queetiona crltiqnea et ehroaologiquea. — TII. Sa coacâptlon théorique de l'hialoire : l'histoire praginatigœ ; les devoirs da rbiatorien. — IV. Comment il s'est préparé k remplir ces devoire : J 1. Sa connaissance des choses. Sa connaUaance des livres ; sa critiqua et son impartialité. 1 2. Sa philosophie historique. — V. Méthode d'eipo* silioQ. — VI. Son art d'écrivain. Composition. Dissertations ; nar- . rations; portralta; discours. Style. — VII. Applications et exemples. — VllI. ConelDsioQ.
Pendant que les beaux esprits d'Athènes et d'Alexandrie s'amusaient à faire des vers ou de l'érudition, Rome était en train de conquérir le monde, et les lettrés
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M2 CHAPITIIE V. — POLYBE
m semblaiont pas s'en apercevoir. L'originalité de Polybe fui de voir ce fait immense, de le comprendre pleinement, d'en- saisir les causes profondes et d'en naesurer les conséquences. L'borome qui sut faire ces choees semble être d'une autre race que ses contemporains : au milieu de tant de cénacles curieux, bavards et fHvoles, il est sérieux, pratique, capable d'action et de réflexion; c'est un politique et un homme d'État; il y a en lui du Romain. L'apparition de son œuvre marque une date considérable dans l'histoire de l'esprit grec : e^t la première fois que cet esprit prend vraiment contact avec Rome, c'est-à-dire avec le monde de l'avenir; et, bien que le génie politique de Polybe soit nécessairement un fait exceptionnel, on peut dire qu'avec lui commence une période nouvelle, où la pensée grecque, trouvant en face d'elle-même quelque chose d'autre et d'également grand, sera conduite à y regarder de plus près.
Polybe était fils de Lycortas, l'ami et le disciple de Pfailopémen, et qui fut^ stratège de la ligue Achéenne après la mort de celui-ci '. Il naquit à Mégatopolis, en Arcadie, entre 210 et 205 sans doute*. 11 est probable qa'il reçut une éducation littéraire et philosophique dJ-
1. Sur la vie de Polybe, notice de Suidas ; nombreuses indiMtions dans Polybe lui-m«me. — Cf. Fusiel de Coulanges, Poij/bt <m la Gré^x conquUe (thèse), Paris, I8SS. Cf. aussi Susemibl, II, p. SO et suiv.
2. Lui.màma doub dit (XXIV, S} qu'il n'avait pas, en ISI. l'&ge d'être ambasiadeur (probablement trente ans; cf. XXIX, 9,6). D'antre part, il devait avoir au moins dii-buit ans en 190, s'il eet vrai qu'il fit partie, comme le croit Mommeen (R&m. Geêck.. 1* édit., l. II, p. 149), des vcavlnat envoyés par la ligue Achâenne au secovrs d'Eumène contre les Qalales (Polybe, XXI, 9).
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goe de sa oaissanco : on trouve en effet dans ses œuvres la preuve qu'il avait beaucoup étudié Isocratc et les pbilosoplies du iv* siècle '. Mais la vie pratique et politique le saisit de bonne heure, comme il était naturel dans ce milieu et à cette date, près de Philopémen et de Lycortas. En 190, il semble avoir fait ses premières armes dans une armée de secours envoyée par les Achcens à Eumènc menacé par les Galates *. En 183, après la mort de Pbilopémen, c'esL k lui qu'écbut l'iionneur de rapporter les cendres du héros, victime des Messéniens '. En 181, n'ayant pas encore l'âge légat d'être ambassadeur, il est cependant chargé d'accompagner son père en Egypte, pour renouer une alliance avec Ptolémée Epiphane *. On le trouve ensuite étroitement mêlé, par la parole et par l'action militaire, à toute la vie politique de la ligue Acbéenne, pendant la lutte de Rome et de la Macédoine (171-168) : il est du parti delà neutralité, CD 171, avec son père '; mais en 169, quand la ligue se décida, malgré l'avis de Lycortas, et peut-être sur l'avis de Polybe lui-même *, à se déclarer en faveur des Romains, il fui nommé hipparque, Arcbon étant stratège ', On le voit alors négocier avec les généraux romains sur l'envoi d'un contingent et trouver
1. Sa connaissance approfondie de Platon et des péripalâlkiens pourrait s'expliquer par ses relations uliérieurcs avec Pani'tios, qu'il connat k Rome chez les Sci|;ion3 : mais on voit que plusieurs élèves d'Arcésilas étaient sortis de Mi^e^'^P""^' °^ Polylie a pu les conoaltre. Cf. Scala, Die Sludien de* Polybios, StullgHrdt. 1B90, p. Sl- 51. Quant à l'influence d'Iaocrate sur Polybe, elle est très profonde, pins qu'on ne le dit peut-être gdnéralement, et semble impliquer une éducation littéraire fondée sur les principes isocratiques,
S. V. plus haut, note 2.