Polybe, UI
t Polybe. III. 6. 7.
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380 CHAPITRE V. — PÛLYBE
gouvernement. La constilution est la source de toutes les id6es et de tous les actes qui donnent naissance aux entreprises^ et c'est elle aussi qui en détermine la fin '. i 11 serait facile, assurément, de trouver déjà, chez Thucydide ou chez Xénoption, des vues ingénieuses ou profondes sur le caractère d'Athènes et de Lacédémone, sur l'organisation de l'armée Spartiate, sur la constitution des deux cités. 11 y a pourtant une grande différence entre ces vues un peu éparses ki fragmentaires, et la conception si nette de Polybe. Ici, nous trouvons une doctrine, un système, et des applications aussi nombreuses que méthodiques de cette doctrine. C'est là tout autre chose qu'une vue de génie jetée en passant : c'est un progrès considérable et définitif dans la conception même de l'histoire; c'est une étape dans l'évolution de la science historique, qui a commencé par se dégager lentement de l'épopée, et qui, peu à peu- arrive à se constituer comme une science positive, toujours en mouvement, malgré les périodes de déclin et de somnolence. L'objet fmal de l'histoire est d'étudier d'une manière de plus en plus délicate et minutieuse la vie infiniment complexe des nations. Ce sens de la complexité vivante des choses se développe aujourd'hui encore sous nos yeux chez les historiens. L'honneur de l'olybe est d'avoir attaché son nom à l'un des moments de cette évolution ininterrompue. Le progrès dont il est l'auteur n'est pas, sans doute, une création totale de son esprit : les grands novateurs ont toujours des ancêtres. D'autres penseurs, avant lui, avaient étudié les constitutions et en avaient dit l'importance. Isocrate, l'un dos premiers, avait déclaré en termes admirables que « l'àme des cités, c'est leur constitution, qui joue dans chacune d'elles le même rôle que l'intelligence dans le corps des indivi-
i. Polybe. VI, 1, 9.
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SCIENCE DES CONSTITUTIONS ; RÉVOLUTIONS 281 dus '. 0 Les profondes recherches d'Aristolo sur les coostitutiuns des cités grecques et liarbarcs avaient ensuite vulgarisé cette notion. Polybe est leur successeur. Isocratc, en particulier, qui lui a tant appris pour le style, est sans doute aussi, en <}uelque mesure, son principal maître à cet égard. Ce n'en est pas moins un mérite éclalant, chez Polybe, que d'avoir été le premier à faire pénétrer largement cette notion dans l'histoire, et, alors que tant de ses prédécesseurs se perdaient dans une érudition stérile, d'avoir montré par son exemple la voie qui devait conduire aux vérités nouvelles et fécondes. Ses études, demeurées classiques, sur les constitutions de Sparte, de Carthage, do Rome, sur l'organisation militaire des Romains ^, ses considérations sur la phalange * sont des monuments admirables de science historique solide et neuve. Ce n'est pas à dire que certaines erreurs, même graves, ne s'y mêlent pas. Il croit trop que les constitutions sont l'œuvre de législateurs presque surhumains, et qu'elles ont, par leur texte seul, une sorte de vertu mystérieuse qui transforme les hommes. Il attribue à Lycurgue une philosophie politique étrangement réfléchie et consciente. 11 ne voit pas assez, à notre gré, que les constitutions elles-mêmes sont l'expression d'un état social plus que l'œuvre personnelle d'un homme. Ces erreurs inévitables sont ta marque du temps et la rançon nécessaire d'un grand progrès. Elles n'ôtent rien ni à la justesse des vues de détail ni à la profondeur de la conception générale.
Un autre trait essentiel de sa pliilosophic historique, c'est la hardiesse avec laquelle il embrasse dans une vue d'ensemhlo l'évolution totale de ces grands êtres