PROCÉDÉS D'EXPOSITION
que prophète. Même si l'on est tenté de discuter certaines de ses prophéties, on ne peut s'empôcher d'admirer la hauteur sereine de son esprit, et cette foi profonde dans la science (OcupCct), si souvent justiliée par les faits. D'où Jui vient cette manière de penser? Est-ce du stoïcisme proprement dit, comme le croit Susemibl ? On sait en effet que les stoïciens, à l'exemple d'HéracHtc, admettaient des périodes du monde, terminées chacune par une résorption dans le loutj et suivies d'une résurrection des parties. Il me paraît plus vraisemblable que Polybe a puisé ces idées dans le trésor commun do la philosophie. La succession des formes de gouvernement était, depuis Platon et Aristote, un lieu commun de la science politique. Polybe cite formellement Platon dans le passage où il espose sa théorie '. Je ne vois pas qu'il fasse autre chose que l'abréger à sa façon. L'originalité de sa conception est moins dans le fond des choses que dans la nouveauté de cette application à des faits concrets et & une histoire o pragmatique, n
Les formes de l'exposition historique, au temps de Polybe, se trouvaientà peu près fixées par l'usage, de la manière suivante : longues préfaces, sinon en tète de chaque livre, du moins en tête de chacune des grandes divisions de l'ouvrage; narration suivie, plus ou moins oratoire, encadrée (depuis Timée) d'indications chronologiques minutieuses, coupée de descriptions géographiques parfois fort étendues, de digressions érudites, étymologiques, mythiques, de discussions et d'anecdotes de toutes sortes ; discours enfin, oii l'historien, moins
1. Polybe, VI. 5, 1 lEl^kcitiuvi ui tiïiv Itipoit (lAv f tlotrifuiv).
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préoccupé de vérité que de style, faisait montre de son
éloquence.
Polybe, avec son sérieux d'homme d'État et son respect de la vérité, a rejeté de cet héritage plusieurs choses, les digressions simplement curieuses ou mythique», les anecdotes vaines, et eafm les discours oratoires. 11 agardo tout le reste, en le modifiant parfois quelque peu.
Pour les étymologies, mythes, curiosités simplement amusantes, non à dire : la chose allait do soi.
La suppression des discours est une réforme beaucoup plus remarquable. Ici, en effet, ce n'est pas seuicmcnl l'abus parfois ridicule de ses prédécesseurs immédiats que Polybe rejette : c'est la tradition tout entière de l'histoire classique, depuis Hérodote et Thucydide, qu'il renie. La réforme était si hardie qu'elle ne trouva pas d'imitateurs : après Polybe, on revint universellement à l'usage traditionnel. Pour se décider à la faire, il fallait de graves raisons. Polybe, en effet, en avait de très sérieuses, d'ordre rigoureusement scientifique, et qu'il a nettement déduites. Il ne méconnaît pas l'importance extrême des discojirs dans la réalité : loin do là, il ies considère comme le fondement de l'histoire et l'âme des faits '. Mais plus les paroles réellement dites ont d'importance, plus il est nécessaire de les reproduire exactement. Lui-même, quelquefois, en a donné l'exemple '. Mais la plupart des historiens n'ont aucun souci de cette fidélité littérale : ils refont les discours suivant un idéal arbitraire, ils les imaginent « tels qu'ils devaient être » (ûî Ssr pYiOvivcti), Ce n'est plus Jà do l'histoire, c'est-à-dire un exposé fidèle des faits; c'est un exercice de rhétorique '. Dans ce passage, Polybe a en vue Timée, chez
1. 'ûiTii xifâXata lâv itféitwv ivrt xa\ ouvlxti vii* i\if Inopiav (XII. 35 A, 3).
2. Polybe, XXXVI, 1, 3. Cf. III. 109 (diacoura de Lucius .^milinsi.