‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 184 sur 514 · SON STYLE · texte numérisé non relu

SON STYLE

presque toujours fastidieux. Son architecture n'est plus celle d'un temple des Muses ; c'est celle d'une usine ou d'une caserne. Son langage n'est plus celui des honnêtes gens d'une cité très artiste : c'est un péle-mèle de termes incolores, do mots sans relief et sans charme, que charrie d'un train toujours égal une phrase unifoF' niément abondante.

Le défaut essentiel du style de Polybe ne vient pas d'une négligence qui serait excusable chez un homme d'action, et qui pourrait être une grâce. Il s'applique à bieu écrire. Il choisit des termes qui, do son temps, devaient appartenir à la langue des gens bien élevés, des termes nobles et savants. Il évite scrupuleusement l'hiatus. Il vise à l'ampleur de la phrase et au nombre. Mais il manque foncièrement d'art. 11 n'a que du savoir et de l'acquis, sans aucune délicatesse naturelle d'oreille et de goût, sans ombre d'imagination verbale et de sensibilité.

Le dialecte de son histoire est la xoivv] iixktx.Tot, c'est-à-dire cet attique moderne, un peu artifir;iel, qu'écrivent tous les prosateurs de son temps. Rien à dire à ce sujet. Mais il l'écrit mal. La langue des gens instruits, au siècle de Polybe, est surchargée de mots abstraits. Les uns sont des termes techniques créés par la philosophie et les sciences; les autres sont le produit naturel d'un état d'esprit nouveau, plus analytique et réfléchi que spontané ou imaginatif. Polybe a une prédilection visible pour celte manière do s'exprimer, qu'il trouve évidemment distmguée. 11 aurait aimé, de nos jours, le jargon parlementaire et le jargon scientifique. Il aurait parlé d' « agissements », de « compromissions », d' « aboutissements », de <t facteurs » et d' « organismes ». De deux manières de rendre une idée simple, c'est la plus abstraite qu'il préljère, aussi naturellement que Xénophon préférait la plus concrète et la

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plus populaire. II abooiJc en élégances banales el fanées, en métaphores usées ^ Chose plus grave, il aime tes grands mots vagues et inexpressifs, les épilhèles qui s'appliquent à tout, parce qu'elles ne conviennent proprement à rien; par exemple, cet adjectif oXiw/epiî {considérable, sérieux), dont il fait un si étrange abus; ou encore ce irposipTijLivo;, qu'il emploie à tout instant. Pour dire que deux adversaires fout trêve sans avoir pu remporter l'un sur l'autre d'avantage décisif (ce que le grec classique aurait dit à peu près ainsi : oJSerÉfw* xpaTïicivTMv Xa[t;:pûç), il écrira : O'jSjv ôXoir^iptî npoTipuim Suvx|tevoi iîtëÉïv xa-r' i'iXrXwi *. Ou encore : Aiiri -XïÎou; îîcî TttOavôtTiTeî £V Tjji xxt' 'ApiuTOréXTiV îoTOpia (on grec classique : icifiavwrefcv tq û-' 'ApinTOTt^ou; ieYÔffcCTov). Et ainsi do suite. Une phrase de Polybe, ainsi bourrée de mots [abstraits ou vagues, n'a presque plus l'air d'être grecque : on dirait une traduction médiocre d'un article do journal contemporain.

Et cette phrase est toujours d'une ampleur prolixe et monotone. Pour obtenir l'ampleur, qui semble être la qualité qu'il prise par dessus tout, il a un procédé très simple : c'est de mettre toujours deux mots où un seul suflirait; il procède par répétitions de synonymes. Ensuite, il assemble ses membres de phrases en périodes qui visent à être isocratiques, mais qui sont surtout fastidieuses ; car, n'ayant ni sensibilité ui imagination, n'étant capable que de disserter d'une façon didactique, il va toujours du mémo pas, sans la moindre variété d'allure, sans le moindre changement de ton. On peut dire sans exagération que la phrase de Polybe n'a vraiment qu'une qualité remarquable, la clarté.

Dans l'ensemble do sa composition comme dans les

1. Par e\einple, iid).i|iov ixxaUiv, pour n£l(|iov noiiTaSai.

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